
Vendetta orientale
Chapitre 2
From : XiJin1@gmail.com
To : VladPout1@gmail.com
Date : 24DEC12
Subject : Mon séjour
Mon voyou slave,
Cela fait des jours que j’ai envie de t’écrire, mais impossible de trouver un moment tranquille. Mes généraux sont vraiment incompétents.
Je t’ai déjà expliqué mille fois que le sushi c’est japonais, pas chinois ! Tu le fais exprès, ce n’est pas possible ou alors tu es vraiment nul en gastronomie. Appelle-moi, je ne sais pas moi, mon nem ou mon rouleau de printemps ou mon… chou chinois. Notre cuisine est quand même assez riche pour te permettre de me trouver un petit surnom affectueux. Cela m’agace que tu me donnes un surnom étranger. Fais attention, je pourrais être moins docile que les dernières fois si tu continues. Je te rappelle que mon peuple est le champion dans le domaine de la torture.
Tu m’as bien fait rire avec ton palais doré : dire qu’on prétend que ce sont les riches Chinois qui n’ont jamais peur du mauvais goût12. Désolé de te dire cela, mon grand amour, tu agis parfois comme les nouveaux fortunés ! Je ne prétends pas que c’est un compliment, mais ne le prends pas non plus comme une critique. De ma bouche, c’est un commentaire constructif.
Remarque, j’ironise, mais je crois que je suis un peu jaloux. Il est très difficile pour moi de posséder une résidence secondaire dans mon propre pays. Bon, si tout va bien, je pourrais t’inviter bientôt à Taïwan ou à Hong-kong. Ce n’est pas pour rien que je me consacre à la récupération de ces régions. Si l’Occident n’y avait pas fourré son nez, comme d’habitude, ce serait déjà fait ! Mais ce n’est que partie remise. Bientôt, mon peuple me sera plus soumis que le tien ne t’est fidèle. Et je ne compte pas m’arrêter là. Prochainement, l’Europe tout entière me mangera dans la main. Tu penses que ton plan sera le meilleur ? Crois-moi tu vas perdre sur ce coup-là. Mes scientifiques ont mis au point un procédé diabolique. Nous allons conquérir le monde. Alors, nous pourrons nous aimer comme tout un chacun. Notre amour sera plus fort au grand jour. Il ira grandissant, grandissant et ces belles Russes qui te plaisaient tant ne seront plus qu’un souvenir charmant.
Mon voyou slave, je suis prêt à tout pour faire de toi le plus heureux des hommes. Tu vas comprendre le sens du mot passion, celle que les romanciers français décrivent dans leurs livres. Tu vas connaître l’amour que décrivent les poètes du siècle des Lumières. Tu verras que tu ne pourras plus te passer de moi. Je sais déjà que tu vas me supplier de ne plus jamais te quitter ! Il nous faudra patienter encore quelque temps, mais Nikita n’a-t-elle pas affirmé : « Se faire attendre, c’est se faire désirer3? »
Laisse-moi te soumettre l’ébauche de mon plan : mon équipe planche sur un virus, extrêmement contagieux, mais à la mortalité plutôt faible. Au début, il sera testé sur les Ouïghours, une ethnie minoritaire dans mon pays et dont personne ne se préoccupe. Je ne voudrais quand même pas risquer de décimer mon peuple : notre seule force, c’est notre effectif. J’aurais l’air fin si tous les Chinois disparaissaient ! Pour l’instant, il n’est pas tout à fait au point. Ils m’ont demandé dix ans pour procéder aux tests nécessaires, je leur en ai accordé sept. Tu verras, en décembre 2019, je vais lancer la grande opération et devenir le maître du monde. Évidemment, ce seront des équipes chinoises et russes qui découvriront le vaccin en premier, puisqu’il sera déjà préparé depuis longtemps ! Il faudra d’ailleurs prendre garde à respecter un certain délai, sinon cela pourrait paraître suspect.
Je meurs d’impatience de connaître ton opinion, mais je me rends compte que sur le papier, le plan a l’air nul. Pourtant, je suis convaincu qu’il a été méticuleusement préparé. Même si je te fais pleinement confiance pour l’anonymat de ces échanges, je préfère ne pas t’en dire plus pour l’instant. Je me réjouis de me blottir dans tes bras, sur ta couverture en vraie peau de léopard, que tu as abattu toi-même en Afrique et ramené en souvenir de ce continent qui, bientôt, comme les quatre autres, nous appartiendra. La douceur de son pelage me rappelle la douceur de ta peau.
Mon voyou slave, ton regard bleu acier occupe toutes mes pensées. Je me réjouis de connaître ta solution, mais je doute fort que tu puisses m’égaler. Que le meilleur gagne ! Je t’aime…
Ton bel étalon
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