
Une nuit, son héritage méconnu
Chapitre 3
Point de vue de Chloé :
Le couloir de l'hôpital s'étendait sans fin devant moi, les murs blancs stériles se brouillant alors que je marchais. L'appel faible de Julien, « Chloé ! », résonnait dans mes oreilles, mais je l'ai bloqué, chaque pas un acte délibéré de défi. Je ne me retournerais pas. Pas cette fois.
Mon téléphone a de nouveau vibré. Gaëlle. J'avais besoin d'elle. J'avais besoin de noyer l'amertume, l'humiliation, la douleur cuisante qui me déchirait. J'ai hélé un taxi, donnant au chauffeur l'adresse de Gaëlle dans le Marais.
« J'ai besoin d'un verre, Gaëlle », ai-je annoncé dès qu'elle a ouvert sa porte, son visage un mélange d'inquiétude et de pitié. « Un très grand, très fort verre. »
Elle n'a pas posé de questions, m'a juste conduite à son bar bien approvisionné. Nous nous sommes assises sur son canapé moelleux, les lumières de la ville scintillant loin en dessous, alors que je descendais verre après verre de liquide ambré. La chaleur s'est répandue dans mes veines, émoussant les arêtes vives de ma douleur, mais sans les effacer.
« Je n'arrive pas à y croire », ai-je marmonné en faisant tourner les glaçons dans mon verre. « Il a utilisé mon argent. L'argent de Charles. Pour la sauver. Hélène. »
Gaëlle a hoché la tête, son expression sombre. « Je l'ai toujours suspecté, Chlo. La façon dont il la regardait… ce n'était jamais juste une relation mentor-étudiante. Pas après Catherine. Hélène était sa pénitence. »
« Pénitence », ai-je ricané, un rire amer s'échappant de mes lèvres. « Et moi, j'étais juste… une distraction commode ? Un distributeur de billets ? »
« Tu essayais de le percer à jour », a dit doucement Gaëlle. « Tu l'aimais. »
« Et regarde où ça m'a menée », ai-je craché, levant ma main gauche, dépourvue de toute bague de fiançailles. « Utilisée, humiliée, et le cœur complètement brisé. »
L'alcool commençait à faire son effet, brouillant les contours de ma colère, la remplaçant par un profond sentiment d'injustice. « Il ne m'a jamais aimée. Pas une seconde. Tout était pour elle. Pour le fantôme de Catherine. Et sa sœur, copie conforme. »
Mon téléphone a de nouveau vibré, contre la table basse. J'ai jeté un coup d'œil. Le nom de Julien.
« Il vient probablement ici », a observé Gaëlle, ses yeux se rétrécissant. « Il sait que tu viens toujours chez moi quand tu as des ennuis. »
« Qu'il vienne », ai-je bredouillé, un défi téméraire bouillonnant en moi. « Qu'il voie ce qu'il a perdu. Qu'il voie que j'en ai fini. »
Juste à ce moment-là, la sonnette a retenti, un son dur et insistant. Gaëlle m'a regardée, une question dans les yeux. J'ai rencontré son regard, une lueur féroce dans le mien. « Ne réponds pas. Laisse-le attendre. »
Mais avant que Gaëlle ne puisse bouger, des coups violents ont commencé à frapper la porte, accompagnés d'un cri agressif. « Ouvre, salope ! Je sais que tu es là, Dubois ! »
Mon sang s'est glacé. Ce n'était pas Julien. Cette voix… elle était familière, mais pas d'un souvenir agréable. Elle était grossière, en colère, menaçante.
« Qui est-ce ? » a murmuré Gaëlle, la peur brillant dans ses yeux.
Je me suis levée, chancelant légèrement, mon esprit essayant de percer le brouillard induit par l'alcool. Puis ça m'a frappée. Marc David. Un acteur mineur dans une offre de rachat hostile contre le groupe Dubois que Charles avait récemment écrasée. C'était un opportuniste impitoyable, connu pour ses sales coups. Mais que faisait-il ici ?
Les coups se sont intensifiés, faisant trembler le cadre de la porte. « Tu crois que tu peux baiser la famille David et t'en tirer comme ça, Dubois ? La petite princesse à son papa va payer ! »
Mon père. Mon estomac s'est noué. Charles m'avait prévenue des rancunes persistantes, mais je n'avais pas vraiment cru que quelqu'un serait aussi effronté.
« Il est là pour moi », ai-je dit, un frisson parcourant ma colonne vertébrale. « À cause de Charles. À cause de l'entreprise. »
« Il faut appeler la police », a dit Gaëlle, attrapant déjà son téléphone.
Avant qu'elle ne puisse composer le numéro, la porte s'est ouverte en éclats avec un grand CRAC. Marc David, flanqué de deux hommes costauds, a fait irruption dans l'appartement. Ses yeux, brillant d'une joie malveillante, se sont immédiatement posés sur moi.
« Tiens, tiens, si ce n'est pas la puissante Chloé Dubois », a-t-il ricané en s'avançant vers moi. « Plus si puissante maintenant, n'est-ce pas ? Ta famille pense qu'elle peut piétiner les gens. On est là pour vous donner une leçon. »
« Sortez d'ici, Marc ! » a crié Gaëlle, se plaçant protectricement devant moi. « J'appelle la police ! »
Un des sbires de David a brutalement poussé Gaëlle sur le côté. Elle a trébuché, tombant au sol avec un cri de douleur. Mon sang n'a fait qu'un tour.
« Ne la touche pas ! » ai-je hurlé, me jetant sur lui, propulsée par une rage soudaine et alimentée par l'alcool. Mon poing a heurté sa mâchoire, un craquement satisfaisant résonnant dans la pièce. Il a reculé, stupéfait, un filet de sang apparaissant au coin de sa bouche.
David a ri, un son sombre et glaçant. « T'as du répondant, hein ? J'aime ça. Ça rend les choses plus amusantes. » Il a attrapé mon bras, sa poigne comme un étau, me tirant vers lui. Son autre main s'est enroulée autour de ma taille, me serrant contre lui, son haleine fétide chaude sur mon visage.
« Ton entreprise va couler, Dubois », a-t-il murmuré, ses yeux brillant. « Et tu vas être un dommage collatéral. Tout comme ton précieux fiancé t'a utilisée. »
Ses mots, chargés de venin, ont touché une corde sensible. Julien. La trahison, la manipulation. Tout a fusionné en une explosion de colère, bien au-delà de tout ce que j'avais ressenti auparavant. Cet homme, osant me rappeler ma douleur, osant me toucher, osant menacer ma famille.
Ma vision est devenue rouge. J'ai levé mon genou de toutes mes forces, visant son entrejambe. Il a haleté, me relâchant, se pliant en deux avec un grognement de douleur.
« Salope ! » a-t-il rugi, se tenant. Son visage s'est tordu en un masque de fureur. « Tu vas le regretter. »
Il s'est jeté sur moi, sa main levée, prêt à frapper. Je me suis préparée, mon cœur battant la chamade, prête à me battre.
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