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Couverture du roman UNE NUIT AVEC LE MILLIARDAIRE

UNE NUIT AVEC LE MILLIARDAIRE

LE POINT DE VUE DE DECLAN Il y a des bruits que l'on n'oublie jamais. Le claquement sec d'un tir dans la nuit. Le souffle court d'un homme qui comprend qu'il va mourir. Je croyais avoir laissé ces sons derrière moi, enfouis quelque part dans les montagnes d'Afghanistan. Londres devait être différente. Civilisée. Sûre. Je me trompais. Ce soir-là, en traversant une rue mal éclairée, j'ai entendu un cri. Un cri aigu, paniqué, qui a traversé mon crâne comme une décharge électrique. Mon corps a réagi avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passait. Les réflexes ne disparaissent jamais vraiment. On peut quitter l'armée, mais l'armée ne vous quitte pas. Je les ai vus dans la ruelle : deux hommes traînant une jeune femme vers une porte métallique. Elle se débattait faiblement, comme si son propre corps la trahissait. Ses bas étaient déchirés, ses cheveux noirs collaient à son visage humide de larmes, et son regard... son regard était vide. Pas seulement terrifié. Vide. C'était ce qui m'a frappé le plus. Ce n'était pas la première fois que je voyais la peur. Mais chez elle, il y avait autre chose. Une résignation silencieuse. Comme si elle savait que personne ne viendrait. Je n'ai pas réfléchi. Je ne me suis pas demandé qui elle était, ni ce qu'elle faisait là. Je n'ai pas pesé les conséquences. J'ai simplement avancé. J'ai frappé. Et j'ai continué jusqu'à ce que ces types soient au sol. Quand je l'ai prise dans mes bras pour l'éloigner de là, j'ai senti à quel point elle était légère. Trop légère. Son souffle était irrégulier, son corps instable. Elle avait été droguée. Je me suis dit que je faisais ce que n'importe quel homme décent aurait fait. Je me trompais encore. Parce qu'en la sauvant cette nuit-là, je venais d'ouvrir une porte que je ne pourrais plus refermer. Et je n'avais aucune idée que cette fille, perdue dans une ruelle de Londres, allait bouleverser l'ordre soigneusement contrôlé de ma vie. LE POINT DE VUE DE THEADORA On ne se réveille pas un matin en décidant de vendre sa dignité. On y arrive par petites concessions, par fatigue, par désespoir. Quand Travis m'a parlé de ce travail de serveuse en costume, j'ai voulu y croire. Trois cents livres, c'était suffisant pour payer une partie de ma dette et éviter de dormir dehors encore une nuit. Je n'avais pas le luxe d'être méfiante. Dès que j'ai franchi la porte du club, j'ai compris que quelque chose n'allait pas. Les murs violets, les regards insistants, l'odeur entêtante d'alcool et de parfum bon marché... tout criait le mensonge. Mais j'étais déjà à l'intérieur. On m'a habillée. Maquillée. Servie des verres que je n'aurais pas dû accepter. L'alcool a brûlé ma gorge plus vite que d'habitude, et ma tête s'est mise à tourner. Les conversations autour de moi devenaient floues, comme si je les entendais à travers de l'eau. Puis j'ai entendu le mot "enchères". Au début, je n'ai pas compris. Pas vraiment. Jusqu'à ce que je voie les filles défiler sur la scène. Jusqu'à ce que j'entende les montants annoncés. Jusqu'à ce que je réalise qu'on parlait de virginité comme d'un objet de collection. De la mienne. Quand j'ai compris que j'avais été droguée et qu'un homme était prêt à signer un chèque pour m'emmener, quelque chose en moi s'est réveillé. Pas la force. Pas le courage. Juste l'instinct brut de survie. J'ai couru. Je ne me souviens pas clairement de la ruelle, ni des visages. Seulement de la peur qui me comprimait la poitrine et de mes jambes qui refusaient de m'obéir. Puis il est apparu. Un homme grand, solide, avec un regard dur et maîtrisé. Il s'est battu pour moi sans poser de questions. Il m'a portée comme si j'étais fragile, comme si j'avais de la valeur. Je ne savais pas qui il était. Je ne savais pas qu'il appartenait au monde des hommes riches et puissants que je fuyais. Je savais seulement qu'il ne m'avait rien demandé en échange. Et c'était peut-être ce qui me terrifiait le plus. Parce que les hommes ne donnent rien gratuitement. Et je pressentais que cette histoire avec lui n'était pas terminée.
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Chapitre 3

Declan

- Tu as juste besoin de t'envoyer en l'air.

Les yeux noisette de Carson brillaient de malice

- Évidemment, venant de toi... Tu penses toujours avec ta queue, déclarai-je avec un sourire en coin.

Je m'appuyais contre le bar en bois et sirotais ma bière brune.

Souvenirs, éditions reliées usées, bouteilles antiques poussiéreuses et tasses reposaient sur des étagères en verre derrière le bar. Un samedi soir, le pub irlandais animé était bondé de clients. J'aurais préféré un endroit plus calme, mais mon camarade de l'armée avait envie de se mêler à la foule.

- Mec, après la merde qu'on vient de voir, je préfère me concentrer sur les choses agréables de la vie.

Il frotta sa tête rasée.

Je ne pouvais pas le contredire. Une jolie femme avec des courbes sexy était bien plus appréciable que de devoir gérer des kamikazes.

- Tu penses qu'ils auront un toit ici ? interrogeai-je, me référant à la famille que nous avions aidée à évacuer d'un village en Afghanistan.

Il souffla.

- Pas sûr. Ils sont trop nombreux.

Je secouai la tête de frustration. J'avais rejoint les forces spéciales du Special Air Service (S.A.S.) pour protéger ceux qui étaient moins chanceux que moi, mais au final, la décision de qui méritait d'être protégé ou non revenait à un politicien.

- Hé, Dec, essaie de ne pas y penser.

- Plus facile à dire qu'à faire après ce qu'on a vu.

- On est rentrés il y a quelques jours seulement. Faut qu'on s'envoie en l'air.

Son attention se porta sur deux filles qui riaient de l'autre côté du bar.

Leurs yeux se posèrent sur nous, nous détaillant, puis elles s'approchèrent en se déhanchant.

- Bingo. C'est parti, lança Carson avec un sourire accueillant.

- Tu peux les prendre toutes les deux.

- Oh, mec, ce que t'es ennuyeux.

Son sourire s'effaça. Il reprit :

- Ça va prendre du temps.

- Ouais, confirmai-je. Mais je ne peux toujours pas oublier l'image de Jackson pendu à cette putain de corde.

- T'aurais rien pu faire. Arrête de te blâmer.

Je soupirai, accablé par la culpabilité de ne pas avoir sauvé notre camarade de l'armée de son pire ennemi : lui-même.

- On aurait tous dû être là pour lui. Il dépérissait à vue d'œil. Bordel, on a tous échoué.

- Il était déjà perdu quand il a rejoint les forces. Tu le sais.

Une fille se rapprocha tellement que son parfum sucré et entêtant m'envahit les narines.

- Salut, intervint-elle en souriant. Vous passez une bonne soirée ?

Carson me fit un clin d'œil discret.

- Je peux vous offrir un verre, les filles ? proposa-t-il.

- Je pense qu'elles ont déjà assez bu, prévins-je en m'éloignant d'une fille dont l'épaule nue frottait contre la mienne.

Je n'avais pas envie de ça. Ni de grand-chose d'autre. La seule raison pour laquelle j'avais rejoint Carson pour un verre, c'était parce qu'il m'avait pratiquement supplié.

- Je suis Nina et voici Wendy.

La grande blonde vacillait un peu en parlant.

Carson était déjà en train de la déshabiller du regard, à en juger par l'étincelle dans ses yeux.

- Alors, que faites-vous dans la vie ? s'intéressa Wendy.

Ses yeux alternaient entre moi et Carson, jusqu'à se fixer sur moi. Plus petite et pulpeuse que son amie, et portant un haut moulant qui révélait ses seins parfaitement ronds, elle était sexy, savait se mettre en valeur et prendre soin d'elle. Malgré ses traits fins et sa peau hâlée, je n'étais pas d'humeur pour une aventure d'un soir.

- Nous venons de finir notre dernière mission en Afghanistan.

Ses yeux bruns s'illuminèrent.

- C'est pour ça que vous êtes si grands et musclés.

Elle toucha le bras de Carson.

- Comme à la télé ? Vous sautez en parachute et rampez dans des jungles remplies de créatures dangereuses ? interrogea son amie.

Carson me jeta un coup d'œil complice et sourit.

- Ce n'était pas exactement la jungle amazonienne, mais on a rencontré des créatures dangereuses.

- Principalement des êtres humains, marmonnai-je.

Les filles rirent alors que Carson leur tendit des boissons. Il regarda mon verre vide.

- Un autre ?

Je secouai la tête.

- J'y vais. Je suis fatigué.

- Alors il ne reste plus que moi.

Il avait l'air sur le point d'être jeté dans une cage de tigres. D'habitude, il n'avait peur de rien. Un mètre quatre-vingt-dix de haut, musclé comme un bodybuilder, bref, le type que vous vouliez avoir dans votre équipe pour assurer vos arrières.

- Je suis sûr que tu vas t'en sortir.

Ça n'aurait pas été la première fois qu'il se serait retrouvé dans une situation de harem. Si on pouvait qualifier le duo de filles de harem.

J'étais plutôt du genre à préférer un tête-à-tête. Mais Carson aimait ses petites aventures.

Nina se blottit contre moi.

- C'est trop triste que tu partes.

- Derrière ces airs de star de cinéma, Dec est extrêmement barbant.

Je penchai la tête et souris.

- Lire ne fait pas de moi quelqu'un de barbant.

- C'est tout lui ! Pendant qu'on sort faire la fête et s'amuser, il aime se pelotonner avec un livre.

Je reniflai.

- Rien ne vaut un peu d'éducation.

- J'aurais cru que tes études dans des écoles prestigieuses à trente mille livres l'année t'auraient apporté une éducation suffisante...

- Non seulement tu es grand, avec de magnifiques yeux bleus, mais en plus tu es riche ? ajouta Nina avec un air émerveillé.

- Il vient de l'une des familles les plus riches du Royaume-Uni. Un milliardaire très convoité.

Je levai les yeux au ciel et secouai la tête.

- Je me casse.

- Oh, ne pars pas. Je n'avais jamais rencontré de milliardaire sexy, avant.

Je me penchai vers Carson et murmurai :

- Merci, mec.

Il haussa les épaules.

- Assume, Dec. Tu es un bon parti.

Je lui adressai un signe de la main.

- À plus.

Juste avant que je parte, Carson lança une de ses blagues salaces, et les filles éclatèrent de rire.

Mon téléphone vibra, et en constatant que c'était mon frère, je répondis.

- Ethan.

Je m'éloignai des groupes de passants qui s'agglutinaient dans l'avenue principale et me réfugiai dans une petite rue tranquille.

- Hey, frérot, quoi de neuf ? salua Ethan.

- Je suis à Londres. Je viens de rejoindre un ami.

Je me frottai la barbe, me rappelant qu'il était temps de me raser.

- Un ami avec un « e » ?

- Non, juste un pote de l'armée.

- Je pensais que tu passerais ton temps à te taper avec la moitié de Londres. Si j'avais été privé de chattes pendant trois mois, à vivre dans un trou paumé loin de tout, ça serait ma priorité à mon retour, rit-il.

- Espèce de frimeur, grognai-je. Carson a dit quelque chose du genre. Mais non, je rattrape juste mon sommeil. Je ne suis pas vraiment d'humeur à baiser à droite à gauche.

Il siffla.

- Tu as changé.

- Mes jours dédiés aux galipettes sont révolus depuis des années, Ethan.

- Dommage pour toi. Les femmes adorent les hommes en uniforme. Peut-être que je pourrais emprunter le tien un jour.

- Pas question, ricanai-je.

Les stigmates de la guerre ne collaient pas vraiment avec le rôle de playboy.

- Pourquoi est-ce que le sujet des femmes revient immédiatement à chacune de nos conversations ?

- Elles sont agréables à évoquer, à regarder et à déshabiller. Tu n'as pas viré de bord, j'espère ?

- Non. Je suis toujours amateur de femmes. Je ne cours juste plus après.

- Et depuis quand as-tu eu besoin de leur courir après ? Elles te jettent toutes leur culotte à la figure quand elles te voient.

Je ris à cette exagération ridicule de mes anciennes expériences.

- Il va y avoir un dîner ici la semaine prochaine. Cleo demande souvent de tes nouvelles. En fait, la moitié des filles que je croise parlent de toi. Tu es très populaire.

- Comme toi, rétorquai-je.

En repensant au luxe qui m'attendait maintenant que j'avais quitté l'armée, j'aurais dû être enthousiaste, mais je me sentais vide.

- Je rentre à Bridesmere demain.

- J'ai hâte de te voir, commenta-t-il.

Contrairement à certains frères, nous n'avons jamais été en compétition. Au contraire, nous étions plutôt proches.

- Il se passe tellement de choses ici. Je pourrais en faire un documentaire. Ou alors, je songe à inscrire la famille à une émission de téléréalité.

Il aimait jouer avec le fait que je tenais à ma vie privée.

- N'y pense même pas, petit con.

- Je savais que ça te ferait réagir, lança-t-il en riant.

- Comment va papa ?

J'avais à peine rattrapé mon sommeil et j'avais eu besoin de cette semaine pour m'acclimater à être le fils d'une riche dynastie et non à gérer des situations folles avec des soldats désabusés, des civils en détresse, et négocier avec des hommes qui auraient pu ou non vouloir me faire exploser.

- Papa n'est presque jamais à Merivale ces jours-ci.

- Encore ?

Ce n'était un secret pour personne que nos parents ne s'entendaient pas. Le divorce aurait été la meilleure option, mais avec autant d'argent en jeu, ils préféraient se disputer.

- Tu sais que tu es passé aux infos ? On a un héros dans la famille.

Mon frère adorait l'humour pince-sans-rire, adepte de l'ironie mais avec un ton neutre. Du coup, j'ignorais s'il me taquinait ou me félicitait.

- Je n'ai fait que mon boulot.

Mes épaules se tendirent.

- Tu as sauvé une putain d'école d'une explosion, Dec. Tu mérites les honneurs.

Je restai silencieux.

- C'est bon de savoir que tu es de retour pour de bon. Ne pas pouvoir t'embêter a été une torture pour moi, ricana-t-il.

Je soupirai de soulagement, reconnaissant du changement de sujet.

- Comment va Savvie ?

- Elle est à Paris.

- Pour quoi faire ? À part du shopping, bien sûr ?

Ma sœur de vingt-sept ans était l'archétype de la riche héritière, flânant dans la vie en vêtements de designer et changeant de petits amis aussi souvent que de coiffure.

- Probablement pour un garçon, devina-t-il. En parlant de garçons, Will traîne souvent par ici.

- C'est le partenaire commercial de papa. Rien d'étrange à ça, non ?

- Justement. papa n'est presque jamais à la maison. Il est à Londres quasiment tout le temps. Mais Will est toujours là. Je pense qu'il couche avec maman.

- Tu disais déjà ça l'année dernière.

Retour aux drames familiaux.

- Tu le verras par toi-même. Ils ne se cachent même plus. Tu restes à Merivale ?

- Peut-être pour quelques nuits, mais je compte m'installer dans le village.

- Dans ton église réhabilitée ?

- Oui. Elle est prête. L'architecte m'a envoyé les photos. J'aime beaucoup.

Une vague d'excitation me traversait en pensant à cette église géorgienne du XVIIIe siècle que j'avais rénovée en ma nouvelle maison.

- Je te verrai demain, alors.

- Eh oui. À demain.

Je raccrochai et m'avançai dans les rues bondées. Ça faisait du bien d'être rentré, mais la ville n'était pas mon endroit préféré. J'avais besoin d'exorciser un peu de cette merde mentale qui m'avait suivi depuis l'Afghanistan. Et le meilleur endroit pour me retrouver, c'était le village côtier où j'avais grandi.

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