
Une grossesse qui a tout changé
Chapitre 3
Quelques heures plus tard, Aurora entra dans la librairie de Madame Armand, toujours son carnet à la main. La libraire, comme à son habitude, était occupée à ranger une pile de livres, mais elle leva les yeux en voyant la jeune femme arriver.
"Ma chère, tu as l'air préoccupée," dit-elle en ajustant ses lunettes.
Aurora soupira et posa son carnet sur le comptoir. "C'est cet homme. Elias Vaillant. Il me poursuit presque."
Madame Armand haussa un sourcil, intéressée. "Et qu'est-ce qu'il te veut ?"
"Il veut que je publie mes poèmes. Il dit que j'ai du talent et que mes mots devraient être lus par d'autres."
La libraire fit une pause, un sourire malicieux se dessinant sur ses lèvres. "Et pourquoi pas ?"
"Parce que ce n'est pas ce que je veux !" s'exclama Aurora, visiblement frustrée. "Je ne veux pas que mes écrits soient jugés, critiqués, ou pire... qu'ils deviennent quelque chose qui ne m'appartient plus."
Madame Armand posa une main réconfortante sur celle d'Aurora. "Je comprends tes craintes. Mais parfois, partager ce que l'on a en soi peut apporter plus de bien que de mal. Peut-être que cet homme voit quelque chose en toi que tu n'as pas encore remarqué toi-même."
Aurora resta silencieuse, son regard fixé sur les étagères pleines de livres.
"Réfléchis-y," ajouta la libraire doucement. "Tu n'as rien à perdre à au moins écouter ce qu'il a à dire."
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Pendant ce temps, au Saint-Céleste, Clara Dumont observait Elias depuis son bureau. L'homme était assis dans le salon de l'hôtel, une pile de documents devant lui, mais son attention semblait ailleurs.
Clara, toujours en quête de nouvelles opportunités pour attirer l'attention, décida de s'approcher. Elle portait une robe ajustée qui soulignait ses courbes et un rouge à lèvres éclatant qui ne laissait aucun doute sur ses intentions.
"Alors, Monsieur Vaillant," commença-t-elle en s'asseyant à côté de lui, "comment se passe votre séjour ?"
Elias leva les yeux, clairement agacé par l'interruption, mais il cacha son irritation derrière un sourire poli. "Bien, merci."
"Vous semblez très occupé," continua-t-elle, ignorant son ton distant.
"Je le suis."
Clara ne se laissa pas décourager. "Si jamais vous avez besoin d'un guide local, je serais ravie de vous faire visiter les environs."
"Merci, mais je préfère explorer par moi-même."
Elle plissa les lèvres, vexée par son manque d'intérêt. Mais son attention fut soudain attirée par la feuille de poème qui dépassait légèrement de sa veste posée sur le fauteuil.
"Ce papier... C'est l'un de ces poèmes, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle avec un sourire curieux.
Elias fronça les sourcils. "Comment le savez-vous ?"
Clara haussa les épaules, l'air faussement innocent. "Oh, Saint-Clément est une petite ville. Les rumeurs circulent vite."
Elias, maintenant sur la défensive, rangea rapidement la feuille dans sa veste. "Aurora mérite qu'on respecte sa vie privée."
Clara éclata d'un rire cristallin. "Aurora ? Cette fille est beaucoup trop renfermée pour comprendre ce que vous lui offrez. Mais vous savez, moi, j'ai toujours rêvé d'écrire quelque chose."
Elias se redressa, clairement impatient de mettre fin à la conversation. "Clara, si vous avez un projet en tête, je serais ravi d'en discuter une autre fois. Pour l'instant, je dois travailler."
Clara se leva, piquée au vif mais déterminée à ne pas abandonner. "Très bien, Monsieur Vaillant. Mais souvenez-vous, je peux être une alliée précieuse ici."
Elle partit en lançant un dernier regard appuyé, laissant Elias seul avec ses pensées.
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De retour chez elle, Aurora observait la carte de visite d'Elias posée sur sa table de chevet. Ses doigts hésitèrent à la toucher, comme si elle brûlait. Ses pensées étaient un chaos de doutes et de questions.
Madame Armand avait peut-être raison. Mais ouvrir son univers à quelqu'un comme Elias, avec son assurance presque arrogante, lui semblait terrifiant.
Elle prit son carnet, le serra contre elle et se laissa tomber sur son lit. Ses poèmes étaient son refuge, son monde. Les partager reviendrait à se dévoiler, à se rendre vulnérable.
Elle regarda la carte une dernière fois avant d'éteindre la lumière, décidant de laisser cette question pour demain.
Dehors, la lune brillait faiblement à travers les nuages. Elias, dans sa chambre d'hôtel, observait lui aussi la nuit, pensif. Il avait croisé des talents difficiles, des personnalités complexes, mais Aurora Moreau était différente.
Et il savait qu'il ne pouvait pas la laisser disparaître.
La nuit était tombée sur Saint-Clément, enveloppant la petite ville côtière d'une brume légère. Les lampadaires diffusaient une lumière vacillante qui se reflétait sur les pavés humides. Dans l'obscurité paisible de sa chambre, Aurora contemplait la carte de visite laissée par Elias. Le nom "Elias Vaillant" inscrit en lettres noires élégantes semblait la narguer, lui rappelant qu'elle ne pouvait pas ignorer cet homme indéfiniment.
Au rez-de-chaussée, le téléphone sonna. Aurora sursauta légèrement avant de descendre en peignoir, ses chaussons traînant sur le parquet. Sa mère, Louise, déjà installée devant une tasse de thé, décrocha.
"C'est pour toi," dit-elle, tendant l'appareil à Aurora.
Aurora prit le combiné, perplexe.
"Allô ?"
"Bonsoir, Aurora," dit la voix grave et assurée d'Elias. "Je m'excuse de vous déranger si tard, mais j'ai quelque chose d'important à vous proposer."
Aurora soupira. "Je vous ai déjà dit que je ne suis pas intéressée."
"Ecoutez-moi juste une minute," insista-t-il. "Demain soir, il y a une lecture publique à la Maison des Arts. C'est une soirée dédiée aux nouveaux talents littéraires. J'aimerais beaucoup que vous veniez."
"Pourquoi ?" demanda-t-elle, méfiante.
"Pour écouter, observer... et peut-être réaliser que vos mots ont une place dans ce monde."
Aurora hésita. "Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée."
"Madame Armand y sera. Et Paul Laurent, le journaliste dont je vous ai parlé. Vous n'avez rien à perdre."
"Je... Je vais réfléchir," finit-elle par dire avant de raccrocher.
Louise la regarda avec curiosité. "Encore ce monsieur Vaillant ?"
"Oui," répondit Aurora, songeuse.
"Il semble déterminé," ajouta sa mère.
"Un peu trop, peut-être," murmura Aurora en remontant les escaliers.
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Le lendemain, Aurora se rendit à la librairie, espérant trouver un refuge dans l'odeur familière du papier et l'atmosphère tranquille des rayonnages. Mais dès qu'elle franchit la porte, Madame Armand l'accueillit avec un sourire énigmatique.
"Alors, ma chère, vous avez décidé d'y aller ?"
Aurora haussa les épaules. "Je ne sais pas. Cet homme est... persistant."
"Et il a raison de l'être," répondit Madame Armand en croisant les bras. "Tu es bourrée de talent, Aurora. Il est temps que le monde le découvre."
"Je ne suis pas prête."
"Personne ne l'est jamais vraiment," dit la libraire en posant une main sur son épaule. "Mais parfois, il faut juste sauter le pas."
Paul Laurent entra à ce moment-là, vêtu d'un manteau usé et portant son inséparable carnet de notes.
"Tiens, Aurora !" s'exclama-t-il. "Tu seras là ce soir, j'espère ?"
Elle fronça les sourcils. "Vous aussi, vous êtes au courant ?"
"Bien sûr. Elias a fait circuler l'invitation dans tout le cercle littéraire local. Ce sera une belle soirée."
"Je ne suis pas sûre de vouloir y aller," répondit-elle, mal à l'aise.
Paul la fixa avec un mélange de sérieux et d'encouragement. "Écoute, Aurora. Il n'y a rien de mal à écouter. Et peut-être que tu seras surprise par ce que tu apprendras."
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