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Couverture du roman Une campagne inédite

Une campagne inédite

Sophie, bibliothécaire dévouée, est intriguée par Damien, un lecteur dévorant les ouvrages de sa médiathèque. Une complicité naît entre eux, menant la jeune femme à soutenir Damien dans ses premiers pas d'écrivain hésitant. Parallèlement, Sophie s'investit dans la réélection du maire et convainc son nouvel ami d'intégrer le comité de soutien. Entre littérature et militantisme, le duo s'apprête à vivre une aventure politique humaine, parsemée de surprises et d'instants inoubliables.
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Chapitre 3

Une semaine plus tard, Damien revient à la bibliothèque avec trois livres à rendre. Sophie se fait une joie de constater qu’il vient systématiquement les jours où elle se trouve présente, même s’il ne s’agit peut-être que d’une pure coïncidence : elle a au moins le plaisir de le rencontrer et de pouvoir, même brièvement, s’entretenir avec lui.

— Bonjour, Monsieur Carville.

— Bonjour. Vous pouvez m’appeler Damien si vous le souhaitez. En m’appelant « Monsieur », vous me faites prendre une bonne dizaine d’années et je ne suis pas spécialement pressé de passer dans le clan des quadragénaires.

— Entendu, dit Sophie un peu surprise mais ravie de la demande. Vous avez déjà lu ces trois livres ? Enfin, se reprend-elle, je ne sais pas pourquoi je vous pose cette question qui peut vous paraître indiscrète. Cela ne me regarde pas en fait.

— Je ne suis pas de votre avis. Il est normal qu’une bibliothécaire s’intéresse aux mouvements des livres de sa médiathèque. Et je vais donc répondre à votre pertinente question : j’en ai lu un en entier (qu’il lui montre) et j’ai survolé les deux autres afin d’en extraire la quintessence qui pouvait m’être utile.

Puisque Sophie n’a pas l’impression d’être indiscrète, elle ose demander tout à coup, alors qu’elle enregistre les retours sur son ordinateur :

— Vous vous intéressez à l’écologie ?

— Je viens juste de terminer d’écrire l’histoire d’une vie d’un ami septuagénaire, décédé d’un cancer il y a quelques mois et qui avait consacré beaucoup de temps, sa retraite et fin de vie, à la permaculture. Ancien ingénieur agronome, il me confiait les résultats de ses réflexions, de ses propres essais, pratiques et recherches. Il possédait lui-même un jardin urbain en périphérie de la ville. Cet homme passionné et ingénieux, avec des théories avant-gardistes, méritait d’être connu. Il n’en a pas eu le temps et j’ai souhaité rendre hommage à son travail. Je me suis donc lancé dans l’écriture d’un ouvrage que j’ai intitulé « La permaculture, une vie, notre avenir ».

— Ah, cela est formidable, s’exclame Sophie. Je suis admirative. Le titre est déjà fort éloquent à lui seul et je comprends mieux la nécessité pour vous de vous pencher sur le sujet.

— Je me documente en effet. Vous savez, la permaculture est une véritable éthique ou une philosophie basée sur la prise en compte de la nature, de l’Être humain et du partage équitable au sein de la société.

— Très intéressant et bien dans l’actualité de la prise de conscience des hommes d’aujourd’hui.

— Il préconisait de remettre en cause tout le système politique qui prône le productivisme, la domination du marché, la consommation, etc. Pour cet homme extraordinaire, lucide et fascinant, il fallait modifier notre façon de vivre ensemble, notre conception de l’aménagement du territoire, notre approche de l’environnement… Sa vision s’avérait riche, pertinente et porteuse à bien des égards. Dans son propre jardin, il cultivait la terre en préservant sa fertilité naturelle. Je ne peux pas tout vous expliquer en quelques phrases…

— J’imagine bien puisqu’il vous a fallu écrire un livre entier ! Je vous félicite pour la réalisation de cet ouvrage ! Il faut des auteurs comme vous pour faire évoluer les idées et faire bouger les choses.

— Il ne s’agit que d’une bien modeste contribution. C’est Monsieur Campos qui aurait dû écrire son autobiographie… Je pense si souvent à lui et il m’a laissé tant de documents !

— Il doit être fier de vous et vous savoir gré de cette entreprise, de là où il se trouve… Sans doute ne s’est-il pas livré à vous par hasard ? Vous êtes publié ? demande Sophie, parce que j’aimerais beaucoup le lire, enfin vous lire, bafouille Sophie, un peu troublée.

Damien ébauche un demi-sourire qui montre à Sophie qu’elle a touché une corde sensible.

— Oh non, et je n’ai d’ailleurs aucunement cette prétention. Les éditeurs n’attendent pas après moi, ils reçoivent tellement de propositions ! J’écris pour sa mémoire et m’occuper l’esprit, voilà tout. Un récit comme celui-ci, quand bien même le thème de fond abordé est intéressant, ne retiendra pas l’attention, d’autant plus que j’intègre des poèmes dans le récit de ses aventures. Son jardin et ses propos respiraient la poésie ! Il préconisait un doux retour aux sources, le respect de notre terre et du cycle naturel de la vie censé en assurer la pérennité !

— Ah, voilà pourquoi vous lisez aussi des recueils de poésies, s’exclame Sophie spontanément, en réalisant dans la foulée qu’elle vient de se trahir en montrant clairement qu’elle s’est penchée sur ses centres d’intérêt littéraires…

— Exactement, enchaîne Damien amusé, presque en train de rire. J’apprécie énormément la poésie : j’aime la lire et l’écrire, lui la vivait. La vision planétaire de Monsieur Campos mérite bien un mélange de prose et de poésie…

— Moi aussi j’apprécie la poésie, dit Sophie, avouez que c’est étonnant.

— Je reconnais, ajoute Damien, qui commence à trouver la situation de plus en plus cocasse. Trop peu de gens y sont sensibles malheureusement et les éditeurs n’acceptent plus d’éditer des recueils de poésie, d’ailleurs. Alors, voyez, je suis bien loin d’être publié !

— Je sais que vous ne me connaissez pas et que vous allez peut-être me trouver inquisitrice ou mal élevée, mais je voudrais vous demander une faveur. Vous n’êtes pas obligé de me l’accorder bien sûr, mais je serais vraiment honorée si vous acceptiez…

— Demandez toujours… Au pire, vous essuierez un refus, dit calmement Damien.

— Vous allez penser que je ne suis vraiment pas gênée, hésite Sophie

— Si vous ne me dites rien, je ne peux pas deviner, explique Damien.

— Vous accepteriez de me confier votre ouvrage ? J’aimerais tellement le découvrir. Comme je m’intéresse au développement durable également… N’ayez crainte : j’en prendrai le plus grand soin. Et surtout, je ne le montrerai à personne bien évidemment. Ne croyez surtout pas que j’aie à dessein de l’usurper. Enfin, vous voyez ce que je veux dire…

— Je pourrais me méfier en effet, dit Damien, mais quelque chose me pousse à croire que je peux vous faire confiance. En fait, je ne pensais pas le faire lire à qui que ce soit, à vrai dire, et l’idée m’enchante.

— Je le mettrai même sous clef chez moi lorsque je ne le lirai pas, si cela peut vous tranquilliser.

— Je ne m’inquiétais pas outre mesure, vous savez. Je n’avais carrément pas envisagé une telle proposition. Elle est tout à mon honneur : qui, à part vous, voudrait s’intéresser aux bafouilles d’un écrivain novice méconnu ?

— Votre compagne par exemple, tente Sophie, soucieuse d’en apprendre plus à son égard.

— Je ne l’aurais pas même fait lire à mes parents. Sans doute ne l’auraient-ils pas seulement apprécié ? Ils sont loin de Corabières, la ville qu’ils ont longtemps habitée. De toute façon, ils ont bien d’autres soucis. Mes écritures n’auraient pas eu grande valeur à leurs yeux. Les idées n’y sont pas de moi en plus ! L’écologie et le devenir de

— Vous vous sous-estimez peut-être, dit Sophie.

— Je ne pense pas, non. J’aime vraiment écrire, il s’agit d’une extraordinaire aventure, mais de là à produire un texte de qualité… Vous jugerez par vous-même, en fait.

— Puis-je en déduire que vous acceptez de me le confier ? demande Sophie.

— Tout à fait, répond Damien, mais à la condition que vous me disiez ensuite sincèrement ce que vous en pensez, sans hésiter à me fournir une critique négative. Je ne suis pas susceptible et j’y vois peut-être l’unique chance de pouvoir m’améliorer.

— Vous me demandez de vous servir de critique littéraire en quelque sorte ?

— Oui, c’est ça. J’accepte si vous êtes vous-même d’accord pour endosser le rôle. Vous allez me servir de cobaye ! Si mon écriture s’avère indigeste, vous allez ensuite vous sentir obligée de la poursuivre… C’est à vos risques et périls !

— J’aime le risque ! lance Sophie radieuse. Affaire conclue alors ! Mais c’est vous qui me mettez la pression en fait… Je n’ai peut-être pas du tout la carrure d’une critique littéraire !

En plus, je n’y connais rien en permaculture ! Mon retour risque de ne pas être à la hauteur et vous allez en pâtir : au final, c’est vous qui vous exposez !

— J’en prends le risque aussi, dit Damien en souriant. Quelle plus grande joie pour un auteur que d’être lu ? J’ai déjà beaucoup de chance !

— On tope alors ? demande Sophie.

— On tope ! dit Damien en lui tendant sa paume ouverte.

À cet instant, une dame d’un certain âge entre dans la médiathèque avec sa petite-fille à la main.

Sophie, toute contente, s’empresse de leur souhaiter la bienvenue lorsqu’elles lui adressent ensemble un gentil bonjour.

— Je vous laisse, dit Damien. Je ne suis pas le seul à avoir besoin de vos conseils. Vous serez là demain à la même heure ?

Sophie, un peu perturbée, réfléchit et répond :

— Non, c’est ma collègue, Maud, qui sera là. Mais après-demain, je reprends le flambeau.

— Parfait. Je vous amènerai mon tapuscrit dans deux jours. Cela me laisse le temps de le relire attentivement pour enlever les ultimes dernières coquilles. À bientôt alors.

— Si vous en laissez, de toute façon, cela me donnera l’impression de me rendre utile, dit-elle en lui faisant un clin d’œil. À bientôt.

Sophie ne se reconnaît plus : voilà qu’elle fait des clins d’œil à un parfait inconnu ! Elle ! Si réservée d’habitude ! Elle réalise ainsi combien elle s’avère motivée par la nouvelle tâche qui va lui incomber…

Toute joyeuse, elle s’élance vers la mamie et sa petite-fille pour les aider dans leur quête et leur prodiguer quelques conseils.

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