
Un rêve, un espoir: L'espoir de vivre un rêve...
Chapitre 3
11 h 15
La nuit fut courte pour Cassie. Elle se trouvait toujours chez Lorenzo, collée contre lui, ce n’était pas dans ses habitudes mais pour une fois elle avait juste envie de vivre.
Vivre sans se poser de questions, sans penser à rien, juste profiter de chaque instant.
Elle regrettera plus tard. Elle réveilla son bel apollon d’un baiser.
⸺ Bonjour le Beau au bois dormant.
⸺ Bonjour la princesse déjà bien éveillée. Tu n’as pas bien dormi ? Notre fin de soirée ne t’a pas plu ?
⸺ Oh que si, notre soirée m’a plu de A à Z, mais il faut que tu saches quelque chose.
⸺ Je t’écoute, même si je me doute de ce qui va suivre.
⸺ Non, je ne pense pas… Ce qui s’est passé cette nuit entre nous, ce n’est pas dans mes habitudes. En général, j’aime quand il y a du défi. J’aime voir que le mec me désire, qu’il me séduise chaque jour un peu plus. J’ai besoin de lui montrer qui je suis, me dévoiler petit à petit. Je ne veux pas te donner l’impression d’être une fille facile qui se jette à corps perdu dans n’importe quels draps !
⸺ Je t’arrête tout de suite, à aucun moment, tu ne m’as donné cette impression. Nous sommes des adultes, plus des ados. Nous avons évolué au fil des siècles. Nous sommes en 2021, les idées ne sont plus les mêmes que dans les années 50. On a laissé libre cours à nos envies, je pense qu’on était consentants tous les deux. Tu dégages beaucoup trop de classe pour que j’aie cette mauvaise image de toi. Ne te torture pas le cerveau.
⸺ Tout ce que tu viens de me dire me rassure vraiment. J’avais juste envie de profiter pleinement, sans me préoccuper du lendemain.
⸺ J’ai passé une nuit fabuleuse avec toi Cassie. Je ne l’oublierai jamais, quoi qu’il se passe entre nous.
⸺ Moi non plus. Il va falloir que j’y aille. Retour à la dure réalité.
⸺ Ce n’est pas une fin en soi. Je te laisse mon numéro, tu en fais ce que tu veux. Fais-en juste bon usage.
⸺ OK, je le garde avec moi, précieusement.
Elle l’embrassa pour lui dire au revoir, se leva, rassembla ses vêtements, se rhabilla et rentra chez elle. Sur le chemin, elle repensa à sa folle nuit, la tendresse de Lorenzo, le plaisir qu’elle avait ressenti, la première fois depuis longtemps qu’elle s’était sentie vivante. Il lui a fait découvrir des zones de son corps jusqu’alors inexplorées, des sensations, dont elle n’avait même pas idée.
« En rentrant, il faut absolument que j’appelle Arthur, après tout c’est grâce à lui que j’ai peut-être rencontré l’homme de ma vie ! »
11 h 30
La nuit fut courte pour Arthur. Son cerveau n’a pas voulu effacer ces images de la soirée. Il a cessé de ruminer vers cinq heures du matin, quand le sommeil a enfin été le plus fort. Tout devait se passer tellement différemment. Ils devaient être collés l’un à l’autre toute la soirée, elle devait se rendre compte de leur forte complicité, il devait lui avouer ses sentiments, il aurait fini par l’embrasser…
Cela devait être tellement parfait !
Au lieu de ça, c’était un cauchemar. Si seulement juste un jour, juste une fois,elle pouvait se rendre compte à quel point il l’aimait, à quel point il la désirait. À quel point il ferait tout pour elle ! L’amour peut rendre fou !
Il alla se préparer, une chemise décontractée mais chic, un pantalon classe, un peu de gel dans les cheveux, un soupçon de parfum, et hop ! Le voilà parti à la conquête de celle qu’il aimait. Il n’était pas trop tard pour le lui dire. Il n’est jamais trop tard pour dire à quelqu’un qu’on l’aime. Arthur sortit de chez lui, marcha jusqu’à chez l’élue de son cœur d’un pas décidé. Sera-t-elle chez elle ? Aurait-elle passé la nuit chez ce mec ? Non, non, pas ce genre de pensées…
Soyons positifs, se dit Arthur.
Arrivé devant son immeuble, il appuya sur sa sonnette, tremblant.
Après d’interminables secondes, la porte s’ouvrit, elle était là, tout pouvait prendre un grand tournant, là, maintenant, dans les prochaines heures. Elle l’attendait à sa porte. Elle était tellement belle. Mais pourquoi portait-elle les mêmes vêtements que la veille ?
⸺ Tu as de la chance, je viens juste de rentrer. Ça va ? Tu as passé une bonne soirée ?
⸺ Comment ça ? Tu viens de rentrer ? Ta soirée était bonne alors !
⸺ Arthur, si tu savais. C’était génial, magique même ! Et c’est un peu grâce à toi tout ça !
Elle lui sauta dans les bras, l’embrassa sur la joue. Arthur avait peur de comprendre.
⸺ Cassie où veux-tu en venir ?
Il la repoussa.
⸺ Quand je suis partie du bar hier soir, je n’étais pas seule. Je n’ai pas osé te le dire et puis je savais pas où cela me mènerait. Mais ma nuit avec lui était tellement bien… Ce matin,avant de partir,on a eu une conversation très intéressante. On est arrivé à la conclusion qu’on avait envie de se revoir et advienne que pourra.
Arthur était sans voix. Pourquoi était-il venu déjà ? Il la scruta, l’air perdu.
⸺ À t’entendre, on croirait presque que tu es amoureuse !
⸺ Je n’irai pas jusque-là, mais je ressens quelque chose de fort déjà.
⸺ En ayant passé juste une soirée avec lui ? Hé ben, cela ne te ressemble pas. Toi qui as toujours le nez fourré dans tes bouquins, j’ai dû te supplier pour que tu sortes une fois avec nous, et encore tu n’étais même pas vraiment avec nous ! Julie et Pierre n’ont même pas eu le temps de te dire qu’ils partent demain pour un voyage à l’autre bout du monde pendant un an ! Tu ne leur as pas laissé le temps de te dire grand-chose !
⸺ C’est vrai que je n’ai pas beaucoup profité de vous pour le coup. Ils partent pendant un an ? J’étais tellement absorbée par autre chose. Si j’avais su, je serais restée avec vous plus longtemps ! Pour ma défense, j’ai fait la rencontre de Lorenzo, je n’ai rien demandé, tout s’est fait tout seul. Tu aurais fait la même chose si tu avais rencontré une fille qui t’avait fait craquer.
« Mais la personne qui me rend dingue c’est toi ! » pensa Arthur.
⸺ Non, j’aurai fait les choses à l’inverse. J’aurai pris le numéro de cette demoiselle, je lui aurai dit que j’étais venu avec des amis que je n’avais pas vus depuis longtemps mais que je la recontacterai avec plaisir si elle le souhaitait aussi. Tout simplement !
⸺ Arthur, ne le prends pas mal, tu sais que je t’adore, mais je ne veux pas avoir à me justifier. Ni auprès de toi, ni auprès de personne. Tu m’as presque suppliée de venir, ce que j’ai fait, donc tu ne vas pas m’en vouloir maintenant !
⸺ Laisse tomber, tu ne comprends rien. Comme d’habitude d’ailleurs, tu ne comprends jamais rien ! Reste dans ton monde de bisounours. Quand tu t’en rendras compte que ce mec t’a juste ajouté à son tableau de chasse, ne viens pas pleurer surtout. Que tu te fasses avoir comme ça, cela me dépasse. Bref, tu es assez grande pour savoir ce que tu dois faire. Je ne te proposerai plus de venir en soirée avec nous, sois tranquille, je ne voudrais pas te « supplier » à nouveau, ni te divertir ou pire encore, te distraire.
⸺ Arrête ton cinéma complètement stupide. Et dis-moi plutôt pourquoi tu es là. Tu voulais me dire quelque chose ?
⸺ Non, rien, laisse tomber. Je me suis trompé. Cela n’a plus aucune importance.
Il s’en alla vers la porte, le regard humide. Cassie essaya de le retenir mais en vain.
⸺ Arthur, ne pars pas, parle-moi, au nom de notre amitié ! Tu comptes vraiment pour moi !
Sans même se retourner, il passa la porte, pensant ne jamais la revoir. Le cœur déchiré, brisé, humilié, il venait de faire une croix sur sa potentielle grande histoire d’amour. Mais bon, rien n’est tracé, rien n’est figé dans le temps, peut-être qu’un jour elle s’en rendra compte. Pour le moment, il va falloir qu’il continue à vivre sa vie, sans elle. Il était venu pour se libérer, lui avouer, se mettre à nu, il voulait agir, enfin, mais il repart avec un goût d’inachevé, une rage, une colère, un sentiment d’échec. Tout se finit avant même d’avoir commencé. Mais s’il fallait qu’il passe par là pour avancer et aller plus loin, alors il le ferait.
Cassie s’allongea sur son lit, perturbée par ce qui venait de se passer. Elle n’avait jamais eu de dispute de ce genre avec lui. D’accord, ils s’étaient toujours pris la tête sur les nanas avec qui il sortait où sur les mecs avec qui elle sortait, mais ce n’était jamais à ce stade-là. Elle ne comprenait rien, l’agressivité dont il avait fait preuve, son corps raidi, son regard froid. La nuit qu’elle avait passée avec Lorenzo était digne d’un rêve, elle baignait encore dans ce joli rêve, et elle voulait juste le partager avec son meilleur ami. Non, vraiment, elle ne comprenait rien à son comportement. Bizarrement, elle se sentit très seule… et triste !
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