
Un mariage sous contrat
Chapitre 3
La compassion que j’ai éprouvée pour Stephane quand il a évoqué les problèmes de santé de son père céda le pas à l’irritation. Pour tenter de me calmer, je prend ma veste et mom sac à main, puis je contourne mon mari pour ouvrir la porte de la loge .
Alors qu’il était réapparu dans mon existence depuis une bonne demi-heure, je me demande soudain pourquoi je ne l’avais pas mis à la porte immédiatement. Nous n’avons rien a nous dire. Mais à quoi bon se leurrer ? Il m’attirait, voilà pourquoi.
— Tu penses que tu peux me renvoyer, puis exiger que je revienne d’un simple claquement de doigts ? Rapide comme l’éclair, il surgit devant moi et il me barre le passage.
— Laisse-moi sortir ou j’appelle la sécurité !
— La sécurité ? Dans un endroit pareil ? Je serais curieux de voir comment ils régleront une discussion entre un mari et sa femme.
Toute la douleur et la colère que je gardais en moi depuis cette nuit-là remontèrent à la surface et me donnaient le courage d’affronter l’homme qui avait brisé mon cœur et anéanti mes rêves de vie heureuse.
— Je ne me considère pas comme ta femme. Nous sommes mariés depuis dix mois et c’est la première fois que je te vois.
— Nous nous sommes mariés par devoir, Fleur, ne l’oublie pas. Et, aujourd’hui, notre devoir nous impose de rentrer à Abidjan. Ensemble.
— Je n’ai pas le temps de discuter avec toi, Je dois rentrer.
— je t’accompagne,Ma voiture est au coin de la rue, dit Stephane en me saisissant par le bras.
Ce contact provoque aussitôt une vague de chaleur dans tout mon corps.
— Mon appartement aussi.
— Tu vis ici ? .
Il m’a presque chassée de sa luxueuse maison , pendant dix mois, il ne s’était pas soucié de ce que j’étais devenue. Et, maintenant, il avait le culot de s’offusquer de l’endroit où je vivais?
— Qu’est-ce qui ne te convient pas dans cette rue ? Il réfléchit pendant quelques secondes avant de répondre :
— A vrai dire, la seule chose qui ne me convienne pas est qu’elle n’est pas a Abidjan .
Décidément, il n’en démordrait pas !
— Je ne comprends pas ce que tu veux, Stephane . C’est toi qui m’as renvoyée chez moi. J’étais persuadée que la prochaine fois que j’entendrais parler de toi, ce serait par ton avocat, pour une procédure de divorce. Alors, je n’irai nulle part avec toi. On a besoin de moi ici et maintenant, et je suis en retard. Alors, si tu veux bien m’excuser…
Sans attendre de réponse, je presse le pas. Je n’avais pas inventé une fausse excuse, j’ai effectivement promis à Anne , l’amie avec laquelle je partage l’appartement, que je rentrerais tôt ce soir. Comme je pouvais m’y attendre, toutefois, Stéphane m’a suivit. Seigneur ! Je n’avais vraiment pas besoin de cela en ce moment. Mais autant régler cette histoire au plus vite, en le persuadant qu’un divorce était la meilleure solution pour nous deux.
— Tu n’as pas trouvé un meilleur endroit pour vivre ? Qu’as-tu fait de tout l’argent que je t’ai envoyé ? Cet argent devait te permettre de vivre comme la femme de Stéphane sacré .
— Ça ne te regarde pas !
Par une mystérieuse réticence, je ne lui dit pas que je n’avais jamais reçu le moindre centime de lui. Voulais-je inconsciemment lui laisser penser que j’ avais tout dépensé à tort à travers ? Peut-être. En effet, plus l’opinion de Stéphane à mon égard serait mauvaise, plus il serait disposé à accepter de divorcer. A présent, nous sommes entrés dans le hall de l’immeuble à la splendeur fanée, et je monte l’escalier menant à mon appartement. Une fois sur le palier, je me tourne vers Stephane .
— Puisque tu as absolument voulu me suivre jusqu’à chez moi, tu vas devoir patienter le temps que je vérifie si Noah va bien et que je paye la baby-sitter. Ensuite, je pourrai t’accorder quelques minutes, pas plus, et tu t’en iras.
— Qui est Noah ?
— Le fils de ma colocataire
* * * Stéphane
Depuis que jai franchi le seuil de ce maudit club, j’avais l’impression d’être entré dans un monde irréel. Que ma femme travaille et vive dans l’un des pires quartiers de Paris, voire d’Europe, me mettait hors de lui. Comme à l’entrée du club, j’hésitais un instant avant de pénétrer dans l’appartement. J’Avais vraiment envie que cette femme revienne dans ma vie ? Cette femme dont je découvrait chaque jour une nouvelle turpitude ? A cet instant, elle se tourne vers moi un doigt sur les lèvres pour m’ intimer le silence, et j’éprouvais un étrange pincement au plus profond de moi-même .
A quoi bon le nier ? En dépit du mépris qu’elle m’inspirait, je désirais Fleur de toutes les fibres de mon corps. De plus, je considére qu’elle m’appartient, et j’entend bien faire valoir mes droits matrimoniaux. Quoi qu’il m’en coûte....
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