Couverture du roman Un jour à l'aube

Un jour à l'aube

8.2 / 10.0
En quête d'un renouveau pour briser sa solitude, Julia s'installe dans une demeure isolée au cœur des montagnes enneigées. Pourtant, ce départ idyllique tourne court lorsque son passé ressurgit. Entre les traumatismes d'enfance qui la consument et les gémissements sinistres qui s'élèvent des profondeurs de sa nouvelle propriété chaque nuit, son rêve s'efface devant l'horreur. Julia devra affronter une réalité terrifiante où les murs de sa maison semblent abriter un secret macabre.

Un jour à l'aube Chapitre 1

Prologue

C’est un bruit qui me fait sortir de mon lit…

Un bruit que je connais, que je suis persuadée d’avoir déjà entendu et pourtant, je n’arrive pas à mettre une image sur ce qui l’a provoqué. Mais il m’a réveillée et il faut maintenant que j’aille voir d’où il peut bien provenir. Je n’ai aucune envie de m’engager dans ce long couloir sombre, pourtant mes pas me guident déjà dans sa direction. Je passe ma main le long du mur pour trouver l’interrupteur et éclairer mon chemin qui me semble très long pour attendre mon but : la petite chambre à quelques mètres, ou à des kilomètres, de la mienne. La nuit est entrecoupée de flashs lumineux générés par l’ampoule du plafonnier en fin de vie… Et chaque nouvelle seconde d’obscurité, j’ai l’impression de sentir une respiration dans le creux de mon oreille. Un souffle léger et pourtant extrêmement présent qui me donne la chair de poule. J’essaye d’accélérer pour fuir cette terrifiante sensation qui m’oppresse, mais je n’arrive plus à bouger. Je suis tétanisée sur place et c’est alors que je la vois. Au bout du couloir se dessine une frêle silhouette de femme enveloppée d’un long manteau en laine gris, dont la large capuche lui recouvre le visage. Entre deux flashs, elle se rapproche un peu plus… Pour se retrouver face à moi et je ne peux plus rien faire pour lui échapper. J’essaye d’appeler au secours mais aucun son ne sort de ma bouche et bien qu’elle ne soit plus qu’à quelques centimètres de moi, je n’arrive toujours pas à distinguer ses traits. Ce visage inexistant me glace de terreur et celle-ci atteint son paroxysme lorsque j’entends les mots doucereux qui parviennent à mes oreilles :

— Viens ma chérie, viens voir maman…

Ses mains glacées se posent sur mes bras pour m’empoigner, puis elle laisse échapper un cri. Un hurlement inhumain qui me vrille les tympans…

Première partie

Bénis sont les gens dont la vie est sans crainte, sans doute, pour qui le sommeil est une bénédiction qui vient toutes les nuits et n’apporte que doux rêves.

De Bram Stoker

1

Pour la deuxième fois en quelques secondes, ma main tâtonne le mur à la recherche de l’interrupteur et la lumière me ramène dans mon deux pièces qui me sert, pour la dernière nuit, de logement. J’embrasse du regard l’ensemble de la pièce et à mon grand soulagement, il n’y a ni couloir ni femme démoniaque tapie dans l’ombre. C’était encore ce cauchemar, ce cauchemar terrifiant… Et même si c’est une certitude, il me faut un certain temps pour trouver le courage de me lever et aller dans la salle de bain. Lorsque je me retrouve devant le miroir, je suis livide et de mes doigts tremblants j’écarte les cheveux qui collent à mon front. Je suis en sueur et pourtant je suis glacée de l’intérieur. Je m’asperge le visage d’eau fraîche et les gouttes qui perlent sur ma peau produisent l’effet inverse… Au lieu de m’apaiser, elles ne font que raviver les images effrayantes de mon rêve. La femme sans visage vient de ressurgir dans mon esprit et j’arrive à distinguer son manteau dégoulinant d’eau, comme si la pluie s’était abattue sur elle avec violence. Cela fait des années que je fais ce même cauchemar et c’est la première fois que je vois ce détail. Je ne sais pas si cela à une réelle importance, probablement aucune… Pourtant, je m’essuie avec précipitation pour tenter de chasser cette corrélation que mon esprit vient de créer entre elle et moi. Tandis que je tente de redonner un rythme plus raisonnable aux battements désordonnés de mon cœur, je prends le temps de regarder mon reflet dans le miroir et je suis forcée de constater que j’ai mauvaise mine. Mon teint est encore plus clair que d’ordinaire, mes yeux noirs sont cernés et les mèches brunes qui entourent mon visage ne font que renforcer cette impression de pâleur qui s’accentue tous les jours un peu plus depuis un an. Je secoue la tête pour éviter que de nouvelles pensées désagréables l’envahissent et mon regard se porte sur les valises entreposées à l’entrée… La cause probable de cette nouvelle terreur nocturne. Pour essayer de chasser une bonne fois pour toutes mon trouble, j’ouvre les volets pour laisser entrer le maximum de luminosité dans la pièce. Mais à la place d’une lumière franche et apaisante, seules les lueurs du réverbère d’en face, ainsi que celles de l’aube, arrivent jusqu’à moi. Au lieu de m’apporter le calme escompté, elles ne font que raviver la peur laissée par cet odieux rêve. Je n’ai jamais aimé ce moment de l’entre-deux, ce moment où le jour et la nuit se mêlent, pour laisser une étrange impression de calme sur le monde. J’ai la sensation que chaque fois, une porte s’ouvre sur un univers parallèle dans lequel on pourrait basculer si l’on ne se tient pas sur ses gardes. Et je me tiens sur mes gardes… Je ne voudrais pas traverser le miroir pour repartir dans des songes auxquels je ne pourrais échapper ! C’est étrange comme pensée. C’est étrange mais « bon »… Et je vais, de ce pas, me saisir d’un morceau de papier pour la noter et ne pas l’oublier. Je pourrais l’utiliser dans le livre que je tente désespérément d’écrire et pour lequel je suis confrontée à la page blanche. En début d’année dernière, j’ai vu grand et j’ai eu l’envie de me lancer dans l’écriture d’un roman. J’ai imaginé une œuvre très poétique, illustrée des photos que je réalise lorsque mon œil averti est attiré par la beauté d’un moment. Autant, l’ardeur procurée par cette belle ambition m’a permis d’écrire très vite plusieurs pages, autant celle-ci a fondu comme neige au soleil. Cela fait des mois que j’ouvre mon ordinateur, prête à tapoter sur le clavier, et que rien ne vient. J’ai pourtant l’impression d’avoir un millier d’idées qui bouillonnent en moi, mais je n’arrive pas à les écrire. Chaque fois que j’essaye de mettre de l’ordre dans mes pensées, elles m’échappent pour ne laisser en moi que des souvenirs bien réels que je n’ai pas envie de voir écrits noir sur blanc. Mais cela ne va pas durer ! Bientôt, je retrouverai mon inspiration. Dans quelques heures, je serai loin d’ici et le dépaysement que je pars chercher m’aidera à me renouveler. Je passe les minutes qui suivent à finir de rassembler mes affaires et à faire un dernier tour du propriétaire. Tiroir après tiroir, placard après placard, je vérifie que je n’ai rien oublié dans le petit meublé qui m’a servi de demeure au cours de ces dernières années. Je me rends compte que c’est dans cet endroit que j’ai vécu le plus longtemps après que maman et moi ayons effectué notre ultime déménagement pour migrer vers la capitale. J’ai habité deux ans avec elle, avant de m’installer dans mon propre logement pour tenter de trouver un semblant d’indépendance, et ce, durant cinq ans.

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Table des matières de Un jour à l'aube

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