
Un bonheur silencieux
Chapitre 3
Dans ma tête, j'ai murmuré une réponse silencieuse : « Épouser Victor Hérault, ce n'est en rien un bonheur. »
Juste avant que le chirurgien ne m'emmène au bloc opératoire, j'ai aperçu Victor arriver en tenant la main de Julie.
« Tu vas bien ? »
Il m'a regardée, les sourcils légèrement froncés.
« Tu ne sais pas rester concentrée au volant ? Heureusement que Julie n'a rien eu de grave cette fois-ci. »
Julie, à côté de Victor, a dit d'un air coupable :
« C'est de ma faute… Si je n'avais pas demandé à Camille de me raccompagner, rien de tout ça ne serait arrivé… »
Victor l'a immédiatement prise dans ses bras et l'a rassurée d'un ton tendre.
« Ce n'est pas à cause de toi. Tu as été blessée aussi, non ? Allez, viens. Je t'emmène manger quelque chose. »
Le médecin est alors venu nous informer que tout était prêt pour l'opération.
Victor m'a lancé un regard surpris, puis son attention est vite retournée vers les jérémiades de Julie.
L'opération s'est déroulée sans encombre.
Quand l'infirmière m'a demandé si j'avais imformé mes proches, je suis restée silencieuse quelques secondes avant de répondre :
« Ce n'est pas nécessaire. Je n'ai personne à prévenir. »
Pendant mon hospitalisation, j'ai engagé une aide-soignante pour m'assister.
Victor, lui, passait ses journées avec Julie.
Chaque jour, Julie m'envoyait des photos de leurs sorties : à la plage, en plongée, sous les étoiles dans l'eau, partout en train de s'embrasser comme des adolescents.
Je regardais tout ça sans rien ressentir.
J'étais bien trop occupée à planifier l'ouverture d'un laboratoire de recherche en biotechnologie avec une amie.
Depuis huit ans, je profitais de mon temps libre pour l'aider à développer ses produits.
Elle m'avait souvent proposé de créer notre propre lab, mais j'avais toujours refusé.
Beaucoup disaient que j'avais gaspillé huit ans de ma vie pour un contrat.
Mais je n'ai jamais regretté.
À l'époque, rien n'était plus important pour moi que ma mère.
Maintenant que le contrat avec Victor est terminé, je suis enfin libre.
Le jour de ma sortie, Victor m'a appelée, ce qui était exceptionnel.
« Tu rentres quand ? C'est le chaos à la maison. Tu n'es toujours pas sortie de l'hôpital ? »
J'ai souri, moqueuse, et j'ai demandé :
« Il n'y a plus de domestique chez toi maintenant ? »
Il a répondu, déjà agacé :
« Tu sais très bien que je n'aime pas qu'on touche à mes affaires et qu'il y a des dossiers de l'entreprise que toi seule peux trier. »
J'ai regardé l'heure, prête à lui dire que je n'avais pas le temps, quand une infirmière est venue m'annoncer qu'il fallait aller régler les frais de sortie.
Victor l'a entendu et m'a immédiatement pressée de rentrer.
Je l'ai ignoré. J'ai payé, puis suis montée dans la voiture de mon amie, Isabelle Laurent.
« Alors, t'es libre ? » Isabelle m'a lancé avec un sourire complice.
J'ai esquissé un léger sourire et répondu avec sérénité :
« Tout est terminé. Je signe les papiers du divorce, et je pars. »
Isabelle était plus enthousiaste que moi :
« Génial ! On va fêter ça ! »
J'ai acquiescé.
Alors que nous discutions des derniers détails du contrat, Victor a de nouveau appelé.
J'ai vu son nom sur l'écran, puis j'ai éteint le téléphone sans hésiter.
Isabelle m'a lancé un regard curieux.
« T'es sûre que tu l'aimes plus ? »
Elle est la seule à savoir mes sentiments pour Victor.
Mais ces émotions, il les a détruites petit à petit.
En fixant l'écran de mon téléphone, j'ai murmuré :
« On est tout simplement pas faits pour vivre dans le même monde. »
Isabelle a hoché la tête, totalement d'accord.
Une fois le contrat signé, nous sommes allées dans notre restaurant habituel.
Quand j'ai goûté la première bouchée de bœuf épicé, mes yeux se sont embués de larmes.
Isabelle a ri.
« Tu pleures ? Il est si bon que ça ? »
J'ai souri sans répondre.
Depuis que j'étais avec Victor, je n'avais plus touché à des plats aussi délicieux.
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