
Un an pour la séduire
Chapitre 3
Plus tard dans l'après-midi, après m'être changée et avoir calmé mes nerfs, je me promenais dans l'aile ouest du manoir, une partie que je n'avais pas encore explorée. Les couloirs étaient silencieux, presque oppressants, avec leurs tapis épais et leurs tableaux de famille solennels.
C'est alors que je tombai sur une petite pièce dont la porte était entrouverte. L'intérieur semblait être un bureau ou une bibliothèque.
Sur un bureau encombré de papiers et de livres, un carnet attira mon attention. Sa couverture en cuir usé et ses pages noircies d'une écriture élégante détonnaient parmi le désordre environnant. Je savais que je ne devrais pas, mais ma curiosité fut plus forte.
J'ouvris le carnet et commençai à lire. Les premières pages étaient remplies de réflexions philosophiques sur des concepts comme la liberté, le sacrifice, et la moralité. Mais plus je lisais, plus les mots prenaient une tournure troublante.
"Le fardeau de la vérité est plus lourd que celui du mensonge."
"Si le sacrifice d'un seul peut sauver des milliers, alors ce sacrifice est une nécessité."
Ces phrases résonnaient d'une manière étrange, comme si elles avaient été écrites avec une intention précise, presque calculée.
J'étais si absorbée que je n'entendis pas les pas dans le couloir.
- Qu'est-ce que vous faites ?
La voix froide d'Étienne me fit sursauter. Je refermai rapidement le carnet, le cœur battant.
- Je... Je suis désolée, balbutiai-je. Je ne faisais que regarder.
Il s'avança lentement, ses yeux sombres fixés sur moi avec une intensité presque effrayante.
- Ce carnet n'est pas pour vous, dit-il d'un ton calme, mais glacial.
- Je ne voulais pas...
- Ce n'est pas une question de vouloir, coupa-t-il. Vous n'avez rien à faire ici.
Je me levai, le carnet toujours dans les mains.
- Pourquoi écrivez-vous des choses pareilles ? demandai-je, incapable de cacher ma curiosité.
- Rendez-le-moi, ordonna-t-il, tendant la main.
Je sentis que j'avais franchi une limite, mais une partie de moi refusait de reculer. Étienne semblait différent à cet instant, moins chaleureux, presque menaçant.
La tension dans la pièce était palpable, et je ne savais pas comment cette confrontation allait se terminer. Mais une chose était claire : le carnet contenait des secrets, tout comme cette maison, et j'étais déterminée à les découvrir.
Étienne me fixait, immobile comme une statue. Sa main tendue restait en suspens, exigeant silencieusement que je lui rende le carnet. Je pouvais sentir la tension dans l'air, un mélange de colère et d'une étrange vulnérabilité.
- Vous n'avez pas répondu à ma question, dis-je doucement, mes doigts encore serrés autour du carnet.
Ses yeux s'assombrirent, mais il ne haussa pas la voix.
- Ce carnet est privé. Ce n'est pas à vous d'en comprendre le contenu.
- Pourtant, ce que vous écrivez... c'est fascinant, avouai-je. Mais aussi inquiétant. Vous parlez de sacrifice, de vérités lourdes à porter...
Étienne plissa les yeux, comme s'il cherchait à deviner mes intentions. Puis il baissa sa main, laissant échapper un soupir presque imperceptible.
- Vous voulez comprendre, n'est-ce pas ? murmura-t-il.
- Peut-être que si vous m'expliquiez, je comprendrais mieux.
Un silence pesant s'installa. Finalement, il fit un geste brusque de la main.
- Très bien, gardez-le pour l'instant, mais ne tirez pas de conclusions hâtives, dit-il avant de tourner les talons pour quitter la pièce.
Je restai debout, déconcertée par sa réaction. Pourquoi avait-il soudain abandonné son exigence ? Et pourquoi avais-je la sensation que ce carnet était bien plus qu'un simple recueil de réflexions philosophiques ?
Plus tard ce soir-là, le premier dîner officiel avec toute la famille Montclair eut lieu dans la grande salle à manger. La pièce elle-même semblait issue d'un autre siècle, avec son lustre imposant, ses longues rideaux de velours rouge, et une immense table en bois massif qui pouvait accueillir une vingtaine de personnes.
Je m'assis près de Victor, qui m'adressa un sourire encourageant. À ma gauche, Mathias lançait des regards espiègles à tout le monde, comme s'il préparait déjà sa prochaine blague. Étienne était au bout de la table, silencieux et distant, son visage éclairé par la lueur vacillante des bougies. Gabriel, quant à lui, siégeait en bout opposé, son expression aussi rigide que d'habitude.
- Alors, Alicia, comment trouvez-vous notre demeure ? demanda Victor, brisant le silence initial.
- Imposante, répondis-je honnêtement. Mais intrigante aussi.
- Intrigante ? répéta Mathias avec un sourire en coin. Tu veux dire pleine de mystères, n'est-ce pas ?
Gabriel lui jeta un regard noir.
- Mathias, arrête de dire des idioties, gronda-t-il.
- Quoi ? Je dis juste ce que tout le monde pense. Alicia est sûrement curieuse de savoir ce qui se passe ici.
Un silence gênant s'installa, que je tentai de briser en changeant de sujet.
- Et vous, Victor ? Vous semblez être celui qui s'occupe des relations avec les invités.
Victor esquissa un sourire, mais avant qu'il ne puisse répondre, Gabriel prit la parole.
- Victor s'occupe de bien des choses, mais parfois, il oublie où sont ses priorités, dit-il avec une froideur calculée.
Victor se tendit légèrement, mais il répondit avec une nonchalance forcée.
- Et toi, Gabriel, tu as un don pour toujours tout contrôler, pas vrai ?
La tension entre eux était palpable, mais avant que les choses ne dégénèrent, Étienne intervint.
- Nous sommes censés dîner, pas nous disputer, dit-il d'une voix calme mais ferme.
Gabriel acquiesça brièvement, mais il n'avait pas l'air d'apprécier l'intervention de son frère.
Après le dîner, je sortis prendre l'air dans les jardins. La nuit était claire, et la lune éclairait les allées bordées de haies taillées avec une précision presque militaire. Je repensais à la soirée et aux interactions entre les frères. Chacun d'eux semblait porter un poids invisible, une tension sous-jacente qui les liait et les opposait à la fois.
C'est alors que j'entendis des pas légers derrière moi. Je me retournai brusquement pour tomber face à face avec Gabriel.
- Vous êtes nerveuse, constata-t-il, croisant les bras.
- Non, pas du tout, répondis-je rapidement, bien que mon cœur battait la chamade.
Il s'approcha d'un pas, réduisant la distance entre nous.
- Écoutez-moi bien, Alicia, dit-il à voix basse. Vous êtes ici pour une raison, et cette raison n'a rien à voir avec votre curiosité ou vos envies de jouer aux détectives.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? demandai-je, légèrement sur la défensive.
Il baissa encore la voix, comme s'il craignait que quelqu'un l'entende.
- Faites attention à qui vous faites confiance dans cette maison.
- Est-ce que ça inclut vous ?
Il me fixa longuement, ses yeux sombres brillant d'une intensité presque hypnotique.
- Bonne nuit, Alicia, dit-il simplement avant de s'éloigner dans l'obscurité.
Je restai immobile un long moment, essayant de comprendre le sens de ses mots.
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