
Un amour silencieux
Chapitre 3
Ma sœur avait eu beaucoup à faire et à donner pour que je vois sur son visage doux ce sourire satisfait et fier qui ne signifiait qu’une chose, j’étais acceptée dans ce lycée.
Je souris de manière complaisante pas que le fait que ma sœur ait réussi à me trouver cette place et ainsi me protéger de mes harceleurs m’ait déplu non loin de là comme j’ai l’habitude de le dire ce que ma sœur fait pour moi est inestimable et je ne saurais lui en être assez reconnaissante.
Non ce qui me chagrine ce sont les sacrifices qu’elle consent à faire pour moi, je ne veux pas insulter ses efforts non ça me touche vraiment et ça me fait plaisir mais le souci est que ça me donne des cas de conscience. Ma pauvre sœur, elle qui est si jeune et si belle à cause de moi ne peut pas profiter de sa jeunesse, elle ne peut même pas aller s’amuser avec ses copines…si tant est qu’elle a du temps pour s’en faire, elle ne peut pas s’offrir les fringues qui lui plaisent et à bientôt 28 ans elle n’a pas encore eu de vraie relation amoureuse.
Elle me dit qu’elle heureuse en s’occupant de moi mais ça ne me fait pas plaisir de voir ma sœur aussi solitaire et si peu mise en valeur. Elle se démène tellement pour moi j’aimerais tellement lui apporter un peu de réconfort par moment, ne pas être une source de soucis et de tracasseries pour elle tout le temps ; qu’elle arrête de s’inquiéter tout le temps pour moi alors qu’elle a aussi une vie à vivre.
J’aurais même souhaité que ce garçon à qui elle a donné 10$ pour la prévenir en cas de souci au lycée ne soit qu’un petit escroc et qu’il ne l’ait pas prévenu au moins elle n’aurait pas eu à faire cette dépense imprévue alors que nous n’arrivons même pas à manger à notre faim tous les jours.
Si seulement je pouvais trouver un travail à faire, un petit boulot après le lycée de nombreux camarades le font. Dans un café, dans une boutique de CD, il y’a tellement de petits jobs pour lycéens mais le hic avec moi c’est …moi. Je ne pourrais pas travailler décemment avec mon infirmité et je ne pense pas que quelqu’un voudra bien m’engager. Je vais continuer à être une inutile et une charge pour ma sœur jusqu’à ma mort car même après mes études je ne suis pas sûre que je pourrais travailler.
J’aimerais tellement arrêter d’aller à l’école pour plusieurs raisons en fait, il y’a d’abord les brimades et harcèlements mais la raison la plus importante c’est ma sœur…je pense qu’elle fait un effort inutile en me forçant à aller à l’école pour un avenir incertain. Mais elle est tellement heureuse quand elle lit mes bulletins de notes, elle me dit à chaque fois que je suis très intelligente et que je suis vouée à un grand avenir plus tard. Je ne discute pas car ses yeux brillent tellement en le disant que je ne peux pas me comporter comme une ingrate alors que pour m’élever elle a sacrifié son éducation – si aller à l’école peut faire en sorte qu’elle soit heureuse alors je vais le supporter et promis quoiqu’il se passe au lycée cette fois je vais faire de mon mieux pour garder le sourire et le dissimuler au mieux afin qu’elle ne s’inquiète de rien.
Je veux que ma sœur ait sa propre vie à mener peu importe la douleur et la souffrance dont je devrais faire face pour qu’elle y parvienne. Ma sœur mérite tout ce qu’il y’a de meilleur sur cette terre et je vais faire en sorte qu’elle l’obtienne.
Je reporte mon attention sur ma sœur et lui sourit cette fois avec sincérité je vais me battre à mon niveau pour ne plus être une source d’inquiétude pour Jeanne.
« Devine qui est maintenant élève au lycée de Central ? »
Je pouffe en levant les épaules comme si je n’en savais rien, j’aime bien nos moments ensemble où elle fait mine de me surprendre et où je fais mine d’être surprise.
« Toi ma chérie… ah le proviseur a été très impressionné par tes notes et a même dit que tu es un génie il te veut dans son lycée alors tu commences lundi sympa n’est ce pas ? »
Oui c’est sympa mais et pour mon infirmité il n’a rien dit ? Je ne sais pas si ma sœur lui a parlé du fait que je suis pratiquement muette, j’ai peur qu’elle ne l’ait pas fait, elle élude le plus souvent cet aspect pour ne pas me discriminer mais elle a beau le nier c’est le cas… je suis atteinte de mutisme et le refuser ne changera pas la réalité des choses.
Je pense que mon visage est assez expressif car elle pose sa main sur mon épaule et me sourit tendrement avant de parler de nouveau.
« Ne t’inquiètes pas, il sait car dans ton dossier j’ai ajouté ton certificat médical avec tous les détails nécessaires. Il a dit qu’il n’a pas de soucis avec cela tu es une élève brillante et c’est ce qui compte »
Je relève le visage heureuse par cette nouvelle et même si c’est un peu exagéré comme réaction je suis heureuse, oui très heureuse serait-ce l’invitation à un nouveau départ ? J’espère juste que les choses se passeront pour le mieux cette fois.
« Bien je vais y aller je vais me reposer je suis épuisée »
J’imagine.
Elle se lève et est sur le point de partir dans sa chambre mais je lui tiens le vêtement pour attirer son attention sur moi, elle se retourne intéressée et me sourit, elle a toujours ce sourire aimable et souvent j’ai l’impression que la discrimination commence ici à la maison car ma sœur est toujours entrain de me protéger je ne sais pas de quoi mais elle pense en me traitant avec autant de gentillesse et de délicatesse que je suis fragile et faible pourtant je ne le suis pas…plus maintenant car j’ai affronté beaucoup de choses difficiles dans ma courte existence qui ont fait que maintenant je ne pense plus que je sois si faible. Je peux faire certaines choses dont elle me pense incapable maintenant.
« Qui y’a-t-il ma chérie ? »
** Je vais faire à manger**
Elle se renfrogne un moment avant de me sourire et de soupirer.
« Ah fallait me dire que tu avais faim je vais me mettre aux fourneaux immédiatement »
Je fais une expression blessée, je n’ai pas faim ce que je voulais en fait c’est de l’aider en étant à la maison j’ai fait toutes les tâches ménagères je pense que c’est la raison pour laquelle elle a fait cette tête un peu dépitée à son retour. Jeanne n’aime pas que je fasse la moindre tâche et ça me frustre car j’ai l’impression d’être une incapable.
Je baisse naturellement la tête de tristesse, même si je décide de lui dire je suis sûre qu’elle ne voudra pas entendre raison et me demandera de me reposer. C’est ce qu’elle me dit chaque fois que je veux faire quelque chose.
J’aimerai tellement qu’elle me fasse confiance pour une fois.
« Bien laisse moi quelques minutes et je te rapporte une délicieuse soupe avec du poisson…tu veux des patates avec ? »
Je ne fais aucun mouvement et elle me caresse la tête avant de sortir de ma chambre non sans me demander de me reposer car j’en ai besoin après ce qui s’est passé.
Je m’allonge sur mon lit tendant les bras de chaque côté de mon corps et des larmes se mettent à couler seules, suis-je si incapable aux yeux de ma sœur ? Non je ne pense pas qu’elle le croit vraiment c’est juste que je ne lui ai jamais donné l’opportunité de lui prouver que moi aussi je peux, que je suis capable de choses qu’elle ne pourrait soupçonner.
Je ne suis pas si fragile qu’elle veut le croire.
Je ne sais pas quand est-ce que je me suis endormie mais je sens mon corps remuer comme si quelqu’un est entrain de me secouer et finalement j’ouvre les yeux.
« On se réveille petite marmotte j’ai fini de faire à manger tu viens ? Avant que ça ne refroidisse »
Je hoche la tête avant de lever mon corps lourd de sommeil et encore douloureux des coups du traitement de mes assaillantes d’il y’a quelques jours.
Je gémis de l’effort de redresser mon corps et ma sœur se précipite pour m’aider, c’est un geste attentionné mais je ne sais pas pourquoi ça me blesse mais je ne peux pas le lui dire. Je ne veux pas la blesser elle ne le mérite pas.
Si seulement je n’étais pas muette, peut-être je pourrais l’aider. Non ça va aller je vais changer ma sœur mérite que je sois digne d’elle, de ses efforts et je le serais.
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