
Tsita
Chapitre 3
Chap 3 : Papa Ali
Tantine Carole: Tsita, tu connais ya Ali non? C'est lui qui a des grands magasins de riz et de foufou dans tout le bas-congo! Et aussi des tas des chambres froides!
- Est-ce que ça me regarde? crié-je dans ma tête
Tantie est comme en trance. Je me demande si c'est vraiment du d'jino qui est dans son verre.
Tonton Raph, après s'être bien râclé la gorge: Heu...Caro, il faut laisser l'enfant aller se réposer, elle doit être fatiguée.
Tantie: Tu as raison Raphaël. Ma fille il faut aller te réposer. On parlera demain, dit-elle en me tapotant maternellement l'épaule.
Hein?
Depuis quand?
Au secours! Les martiens ont enlevé la vraie tantine Carole!
Je tourne déjà les talons pour déguerpir lorsque papa Ali m'interpelle. Il fouille sous son boubou riche et en sort une enveloppe kaki bien bombée et me la tends.
Papa Ali: Tsita ma petite, tiens. C'est un petit quelque chose pour tes petits besoins.
Je regarde tour à tour tantie qui a le sourire de plus en plus large et tonton Raph qui semble très concentré sur le contenu de son verre. Ils ne semblent pas trouver indécent que cet homme m'offre ce qui me semble être une assez grande somme d'argent sous leurs nez.
Je le regarde droit dans les yeux et croise mes bras sur ma poitrine.
Moi: C'est gentil de votre part mais non merci.
Il semble décontenancé et même un peu embarrassé par ma réaction. Ça se voit qu'il ne s'y attendait pas du tout.
Tantine Carole, rapide comme l'éclair, lui arrache l'enveloppe des mains après m'avoir furtivement lancé un regard noir.
Tantie: Ya Ali, ne sois pas offensé, c'est juste que ma fille est un peu timide et a du mal à recevoir des cadeaux des gens qu'elle ne côtoie pas beaucoup, mais moi-même je me charge de lui remettre son petit cadeau.
Elle dit avec toutes ses dents dehors. Je parie que ses joues lui font déjà mal tellement ses sourires sont grands.
Papa Ali: Pas de soucis Caro, elle va très vite s'habituer à moi, dit-il, l'air très sûr de lui en jouant avec ses clés de voiture.
Quoi?
Je n'attends même pas qu'ils ajoutent quoi que ce soit d'autre, je tourne les talons et sors du salon comme s'il y avait le feu. Même le petit creux que j'avais il y a quelques minutes a totalement disparu. J'ai un très mauvais pressentiment.
Je vais prendre une douche avant d'aller me coucher sur mon lit, le coeur dérangé. Mon portable se met à sonner, je le sors d'en dessous mon oreiller et quand je vois le nom qui est affiché sur l'ecran, j'oublie mes soucis.
Moi: La soeur de coeur de quelqu'un, on dit quoi?
Fatou: Arrête avec tes flatteries, toute la journée tu m'as appelé? Mauvais coeur!
Moi: (rire) Pardonne-moi, je n'avais pas de crédit.
Fatou: Hmm, toi et ta chicheté! T'es déjà en case?
Moi: Oui, je viens d'arriver il n'y a pas longtemps...
Fatou c'est ma meilleure amie, ma soeur, ma complice. Nous nous connaissons depuis le lycée et étudions maintenant dans la même institution vue que nous partageons la même passion.
Quand je pense à comment notre amitié a commencé, je souris car elle a debuté d'une façon particulière.
Quelques temps après mon arrivée à Muanda, tantine Carole m'a inscrite au lycée catholique des soeurs de la charité. C'était déjà le milieu de l'année scolaire mais l'établissement a quand-même accepté de me prendre à bord. Ce qui a fait que j'étais la petite nouvelle qui ne connaissait personne et étant naturellement reservée et un peu timide, j'avais du mal à me faire des amies. Ma réserve était perçue par mes pairs comme de l'orgueil, du snobisme ce qui fit que les filles de ma classe me tenaient à distance.
- Celle-là, elle se prend trop la tête hein! Elle débarque ici avec ses airs supérieurs!
- Je te dis. Elle croit que comme elle vient de la capitale, elle peut venir snober les gens ici. A Kinshasa d'où elle vient les gens ne chient pas?
C'est le genre de conversation sur moi que je surprenais parfois en classe.
Un jour pendant la récréation, alors que j'étais assise toute seule dans mon coin, Fatou m'a approchée, s'est assise près de moi et s'est mis à me parler, elle parvint même à me faire rire et parler un peu de moi. Vous n'imaginez pas combien je me suis sentie bien que quelqu'un veuille converser avec moi, que quelqu'un veuille écouter mon opinion sur tel ou tel sujet. Je me sentais très seule à l'époque car à la maison, ma tante et mes cousines ne m'addressaient la parole que pour me donner des ordres ou me réprimander.
A un moment, Fatou a tiré deux barres de chocolats de son sac et m'en a offert un. Je l'ai pris en la remerciant et quand j'ai regardé le chocolat de plus près, j'ai éclaté en sanglots sans pouvoir me retenir. Elle m'a d'abord regardé, surprise, et sans que je ne m'y attende, m'a prise dans ses bras, me tapotant doucement le dos, ce geste eut le don de redoubler mes sanglots.
La raison de mes larmes?
Le chocolat qu'elle venait de m'offrir était la même marque que ma maman aimait m'acheter de son vivant parcequ'elle savait combien j'en étais friande. Fatou m'a gardé dans ses bras en me disant des mots gentils pour me calmer. Et lorsque je me suis enfin ressaisie, elle ne m'a pas posé de questions. Elle m'a juste aidé à déchirer l'emballage et nous nous sommes mis à manger en silence.
Ce jour était le prémice de notre amitié.
Tel un ange, elle est entré dans ma solitude et m'a offert son amitié pure à un moment de ma vie où j'étais déboussolée et allais très mal psychologiquement.
Nous papotons encore une bonne trentaine de minutes et convenons de nous voir demain à la messe de 8 heures et de passer le reste de la journée chez elle après.
Je remets mon téléphone sous l'oreiller et me recouche sur le dos. Je commence déjà à m'endomir lorsque la porte s'ouvre avec fracas, tantie entre comme un militaire et vient se placer devant moi. Je m'assois, inquiète.
Elle: Donc toi, ya Ali te donne un cadeau tu fais ta mijaurée? Non merci non merci fien fien!
Moi: Mais Tantie...
Elle: Ah longwa kuna! ( Ah, va là-bas!), me coupe-t-elle. Tes comportements d'enfants des blancs avec des "non merci" tu me les arrêtes tout de suite! Tu as compris?
Moi: Oui Tantie.
Elle: Allez, tiens ton cadeau!
Tantie me lance l'enveloppe kaki de tout à l'heure qui, je le remarque en passant, a considérablement diminué de volume.
Elle se met ensuite à faire les cent pas devant moi en tapant dans ses mains tout en parlant.
Elle: Vraiment, il y a des gens qui ne savent pas saisir leur chance dans la vie quoi! Un grand type te remarque, il vient nous voir pour demander ta main, toi au lieu d'être gentille, tu le regardes avec des gros yeux impolis!
Ce qu'elle vient de dire me pétrifie sur place. On est venu demander la main de qui? A quel moment ce papa Ali m'a-t-il remarqué? Lui et moi ne nous sommes jamais parlé avant ce soir et il vient demander ma main?
Moi, la voix tremblante: Mais Tantie, il a déjà deux femmes! Et en plus il est vieux.
Tantie: Et ça fait quoi? dit-elle en ajustant son pagne qui s'est defait. Dis-moi, ça fait quoi? Tu seras la première à être troisième bureau d'un vieux? Et pas n'importe quel vieux. D'ailleurs tu l'appeles vieux par rapport à quoi? Il a à peine 51 ans.
A l'entendre parler, c'est comme si elle a déjà tout decidé pour moi. Papa Ali a sûrement dû lui promettre plein des choses en echange. Je sens une colère noire me submerger, je croise mes bras et decide de ne plus parler car je sens que je risque de sortir quelque chose qui dépassera ma pensée.
Tantie: Le mariage vient te chercher à la maison et toi tu fais ta difficile? Tu sais combien de filles aimeraient être à ta place? Hein? Il y en a même qui vont chez les féticheurs jour et nuit pour se faire laver le corps dans le but que des gens comme ya Ali les remarquent!
Son monologue enflammé dure une bonne quinzaine de munites avant qu'elle décide enfin d'arrêter. Elle se dirige vers la porte et avant de sortir me lance:
- N'essaie même pas de jouer à la rebelle. Tu crois que la vie c'est la telenovela? Kizengi! (maboule)
Ceci dit, elle s'en va, claquant la porte. Je me recouche et me mets à faire des exercices de respiration pour calmer les battements de mon coeur. Les yeux fermés, j'inhale la paix et tout ce qu'il y a de positif, je compte mentalement jusqu'à cinq et exhale la colère et tout ce qu'il y a de négatif. Je répète cette operation plusieurs fois et je sens mon coeur revenir à son rythme normal.
Des fois je me demande si tantine Carole est vraiment la soeur de ma mère. Elle protège ses filles et c'est moi qu'elle veut jeter en patûre à ce vieux pervers. Mais si elle croit que je vais laisserai faire, elle se trompe. Je n'épouserai personne et advienne que pourra. Je ne m'appele pas "Etumba" (Bataille) pour rien.
Lorsque je me tourne sur le coté, je sens quelque chose de dur au niveau de mes côtes. Je m'assois pour voir de quoi il s'agit et vois l'enveloppe de papa Ali. Je la prends et l'ouvre pour prendre connaissance du contenu. Ce que je vois à l'interieur me laisse la bouche ouverte. Il ya trois liasses des billets de 50$, et ça c'est juste le reste après le pillage de celle que vous connaissez. Je comprends pourquoi Tantie a eu le vertige. Et il a dit que c'était juste pour mes petits besoins. Quel genre de petits besoins s'achètent avec autant d'argent?
Je referme l'enveloppe et la met dans mon tiroir à chevet avant de me recoucher et de ramèner la couverture sur moi.
Je tourne et me retourne sur le lit mais le sommeil ne vient pas. J'essaie de compter les moutons mais rien n'y fait. Ce n'est que vers 2 heures du matin que morphée me prends enfin dans ses bras.
*********************
Monsieur l'abbé (MA): Le Seigneur soit avec voouuus!
Nous: Et avec votre esprit.
MA: Elevons nos coeeeeeeuuurs!
Nous: Nous les tournons vers le Seigneur.
MA: Rendons grâce au Seigneur notre Dieeeeuuuu.
Nous : Cela est juste et bon.
MA: Oui il est juste et bon de te rendre gloire......
Je suis assise à l'église près de Fatou qui n'arrête pas de me pincer tellement je somnole. Je n'ai d'ailleurs rien capté du sermon.
J'entends monsieur l'abbé dire les paroles de fin de messe et je me sens un peu coupable. Je suis venue dormir dans la maison du Seigneur. Nous nous levons tous pour la sortie de l'abbé et son cortège. Au rythme du chant entonné par la chorale, les acolytes ouvrent la voie en dansant harmonieusement dans leurs soutanes blanches suivis par monsieur l'abbé. Nous sortons à notre tour et après avoir salué les personnes que nous connaissons, nous nous mettons en route.
Fatou: Mais toi, tu n'as pas dormi la nuit?
Moi: Ma chère, le stress m'a tenu éveillé jusqu'au petit matin, dis-je lasse.
Fatou: Le stress? Qu'est ce qui se passe? Maman Caro a encore fait quoi?
Moi: Pardon, arrivons premièrement chez toi. Je veux d'abord manger avant de te raconter.
Fatou: Rhoo! Dis-moi maintenant s'il te plait! Je ne saurai pas attendre, dit-elle le regard suppliant.
Moi, taquine: Monsieur l'abbé a prêché qu'il fallait être patient dans la vie ma chère.
Fatou: Regardez-moi qui est entrain de parler! Est-ce que tu as même suivi le sermon? J'étais à deux doigts de demander au curé de venir t'asperger de l'eau benite au visage pour te réveiller.
Nous éclatons de rire. Fatou appelle un petit garçon qui passe avec un bassin d'eau pure en sachets posé sur sa tête. Lorsque le petit arrive à notre niveau, elle paie et nous prennons chacune un sachet. Nous buvons notre eau fraîche tranquillement en papotant quand nous entendons klaxonner derrière nous. Nous nous retournons ensemble et tombons sur Papa Ali assis derrière le volant d'une hummer noire. Moi qui voulais passer une journée tranquille, c'est raté!
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