
Trop tard, Monsieur le PDG: Regardez-moi briller
Chapitre 2
Le vent d'automne, cinglant, frappa le visage de Kayla à sa sortie du hall d'ApexAlgo.
Elle ne s'arrêta pas.
Sa Tesla était garée dans le parking VIP souterrain, trois niveaux plus bas. Elle passa devant le bureau de la sécurité sans répondre au salut de l'agent, ses talons claquant sur le béton jusqu'à ce qu'elle atteigne la rampe.
Le parking était sombre, éclairé par des néons qui grésillaient et vacillaient. Elle appuya sur sa télécommande, regardant les poignées de sa voiture sortir des portières noir mat.
Puis elle l'entendit.
Le hurlement d'un moteur V12 résonnant contre les murs de béton, passant d'un grondement à un cri strident.
Kayla recula, se plaquant contre un pilier porteur.
L'Aston Martin DB11 argentée passa en trombe devant sa cachette, si près qu'elle put sentir l'odeur du caoutchouc chauffé de ses pneus. Elle ralentit près de la batterie d'ascenseurs VIP, ses feux de stop embrasant le rouge dans la pénombre.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
Evelin en sortit, drapée dans un trench-coat Burberry couleur camel qui coûtait probablement plus cher que le loyer mensuel de la plupart des gens. Ses cheveux étaient différents de ce matin : plus lâches, coiffés dans un style savamment décoiffé.
Brennon sortit du siège conducteur.
Il contourna la voiture avec l'aisance athlétique qui avait d'abord séduit Kayla lors de ce séminaire à la business school de Stanford. La confiance d'un homme à qui on n'avait jamais dit non.
Il atteignit la portière passager avant qu'Evelin ne puisse toucher la poignée.
Sa main se posa au creux de ses reins, les doigts largement écartés dans un geste de possession si flagrant qu'il en fit grincer les dents à Kayla.
Il la guida vers le siège bas, sa paume s'attardant sur sa colonne vertébrale.
Kayla observait depuis l'ombre.
Sa bouche s'incurva. Pas un sourire. Quelque chose de plus dur, de plus dangereux, l'expression de quelqu'un qui avait enfin cessé de se mentir à soi-même.
L'Aston Martin s'éloigna dans un rugissement, son pot d'échappement laissant derrière elle une brume bleutée qui sentait l'argent et la combustion.
Kayla appuya de nouveau sur sa télécommande.
Elle se glissa sur le siège en cuir de la Tesla et agrippa le volant à deux mains. Le matériau synthétique était encore chaud de son trajet précédent. Elle inspira, expira, forçant son rythme cardiaque à ralentir.
Son téléphone vibra contre sa hanche.
Elle l'ignora. Démarra la voiture. Remonta la rampe pour s'engouffrer dans la circulation de Manhattan, s'insérant sur la Fifth Avenue sans même y penser.
Une demi-heure plus tard, elle se tenait dans l'entrée en marbre de son appartement de l'Upper East Side.
Elle n'alluma pas les plafonniers. La lueur de la ville à travers les baies vitrées fournissait assez de lumière pour se déplacer.
Elle se dirigea droit vers son bureau.
Le MacBook Pro reposait sur son bureau, sombre et silencieux. Elle le sortit de veille d'un simple contact, l'écran s'illuminant vivement et projetant une lumière bleue sur son visage.
Elle ouvrit Microsoft Word.
Un document vierge. Le curseur clignotait, régulier et patient.
Ses doigts coururent sur le clavier.
Avis Officiel de Démission
Les mots apparurent en gras, noirs, absolus.
Elle rédigea deux paragraphes de jargon d'entreprise standard. Avec effet immédiat. Reconnaissante pour les opportunités. Poursuivant d'autres intérêts.
Aucune émotion. Aucune explication. Aucune porte laissée ouverte à la négociation.
Elle cliqua sur Imprimer.
L'imprimante laser dans le coin s'anima dans un bourdonnement, aspirant une unique feuille de papier coton épais entre ses rouleaux. Le son mécanique était fort dans l'appartement silencieux.
Kayla s'approcha et prit la page encore tiède.
Elle attrapa le stylo Montblanc dans son étui en cuir. Le capuchon se retira dans un « pop » satisfaisant.
Elle signa son nom dans l'espace prévu à cet effet.
L'encre coula, épaisse et permanente, sa signature nette et anguleuse, bien loin des boucles arrondies qu'elle utilisait pour les mots de remerciement et les cartes de vœux.
Elle plia le papier en trois.
Une épaisse enveloppe blanche attendait dans le tiroir de son bureau. Elle y glissa sa démission, pressant le rabat jusqu'à ce que la colle prenne.
Elle la tint à la lumière de la fenêtre.
Un rectangle de papier innocent. Sept ans de sa vie, réduits à deux paragraphes et une signature.
Elle sentit quelque chose se desserrer dans sa poitrine.
Pas du bonheur. Pas encore. Mais la première bouffée de liberté après la noyade.
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