
Trahison Nuptiale, Douce Vengeance
Chapitre 2
La lumière froide du petit matin filtrait à travers les rideaux de la chambre, projetant des ombres longues et déformées sur les murs. Je me suis réveillée avec un sentiment étrange, un poids dans la poitrine que je ne pouvais pas expliquer. Louis dormait à côté de moi, ou du moins il en avait l'air, son dos tourné vers moi. Le silence dans la pièce était lourd, presque suffoquant.
Hier soir, nous devions célébrer notre dernière soirée de célibataires. Demain, c'était le grand jour, notre mariage. Dix ans de ma vie dédiés à cet homme, à son amour, à notre futur. J'ai grandi dans l'odeur du pain chaud de la boulangerie de mes parents, un monde simple et honnête, et j'allais entrer dans la famille Lefèvre, des vignerons dont le nom pesait lourd en prestige et en argent.
J'ai tendu la main pour toucher son épaule, mais je me suis arrêtée. Quelque chose n'allait pas. Un téléphone était posé sur la table de chevet, pas le sien. Celui-ci avait une coque rose pailletée. Je l'ai reconnu immédiatement. C'était celui de Sophie, sa cousine.
Mon cœur a commencé à battre très fort, un tambour sourd dans mes oreilles. J'ai pris le téléphone, mes doigts tremblaient. Il n'était pas verrouillé. Une conversation était ouverte. Des messages échangés tard dans la nuit, alors que je croyais Louis à mes côtés.
"Tu lui as dit pour nous ?" demandait Sophie.
La réponse de Louis était là, cruelle et nette. "Pas encore. Laisse-moi gérer Amélie. Après le mariage, ce sera plus simple."
"Je ne veux pas attendre, Louis. Je la déteste. Elle n'est pas pour toi."
"Bientôt, mon amour. Bientôt, tout sera à nous."
Les mots flottaient devant mes yeux, ils n'avaient aucun sens. C'était un cauchemar. J'ai secoué la tête, voulant effacer ces images. Ce n'était pas possible. Pas Louis. Pas la veille de notre mariage.
J'ai posé le téléphone et je me suis tournée vers lui.
"Louis," ai-je murmuré.
Il a grogné, se retournant lentement. Ses yeux se sont ouverts, et quand il m'a vue, son visage s'est figé. Il a vu le téléphone de Sophie sur la table de chevet, puis mon visage décomposé.
"Amélie... ce n'est pas ce que tu crois."
Sa voix était un murmure coupable.
"Qu'est-ce que je ne dois pas croire ?" ma propre voix était cassée. "Que tu me trompes avec ta propre cousine ? Que tu comptais m'épouser pour ensuite me jeter ?"
Il ne répondait pas, il se contentait de me regarder, l'air pitoyable. C'est à cet instant précis que tout a basculé. Une image terrifiante a explosé dans mon esprit, si vive et si réelle que j'ai cru devenir folle. Ce n'était pas un souvenir, c'était une vision, une vie entière qui défilait en une seconde.
Je me suis vue, mariée à Louis, dans leur immense domaine viticole. Je portais des robes chères mais mon visage était vide. Sophie était toujours là, un sourire triomphant aux lèvres, me traitant comme une servante. Louis était distant, froid, complètement sous son emprise. J'ai vu mes parents, leur boulangerie en faillite parce que les Lefèvre avaient retiré leur soutien, leur fierté brisée. J'ai vu ma propre fin, seule, oubliée, le cœur détruit par des années d'humiliation et de chagrin. Un désespoir si profond qu'il en était physique.
La vision s'est dissipée aussi vite qu'elle était venue, me laissant haletante, couverte de sueur froide. Ce n'était pas un rêve. C'était un avertissement. C'était ma mort.
J'ai regardé Louis, mais ce n'était plus mon fiancé que je voyais. C'était l'architecte de ma destruction. La peur et le chagrin ont été remplacés par une colère froide et une clarté absolue. Je ne vivrai pas cette vie. Je ne mourrai pas de cette mort.
"Ce n'est pas réel, Amélie," a-t-il tenté, se levant du lit. "Sophie est... elle est juste jalouse. Tu sais comment elle est."
"Et toi ?" J'ai demandé, ma voix soudainement forte et stable. "Comment es-tu, toi, Louis ? Lâche ? Indécis ? Manipulateur ?"
Il a fait un pas vers moi, essayant de me prendre dans ses bras.
"Arrête. Ne me touche pas."
Mon ton était glacé. Il s'est figé.
"Nous allons nous marier demain. Ne gâche pas tout pour un malentendu."
"Un malentendu ?" J'ai ri, un son sec et sans joie. "J'ai lu les messages, Louis. 'Bientôt, mon amour'. C'est assez clair, non ?"
Il a passé une main dans ses cheveux, l'air paniqué. Il n'avait pas de réponse. Il était pris au piège.
"Tu ne comprends pas la pression que j'ai. Ma famille..."
"Ta famille voulait ce mariage," je l'ai coupé. "Mes parents ont mis toutes leurs économies dans cette réception. Tout le monde nous attend. Et toi, tu as tout détruit."
À ce moment-là, son téléphone, le sien cette fois, a sonné sur sa table de chevet. Le nom "Sophie" s'est affiché en grand sur l'écran. C'était presque comique.
Louis a jeté un regard affolé vers le téléphone, puis vers moi. Il a décroché.
"Sophie ? Oui... Non, ce n'est pas le moment," a-t-il dit, sa voix changeant complètement, devenant douce, protectrice. "Reste calme. J'arrive."
Il a raccroché et s'est tourné vers moi, son visage durci.
"Il faut que tu partes, Amélie."
"Que je parte ?"
"Oui. Sors d'ici. On en reparlera plus tard. J'ai besoin de gérer ça."
Me chasser. Il me chassait de notre chambre, de notre vie, pour aller la consoler. L'humiliation était totale.
Je ne l'ai pas laissé voir mes larmes. J'ai gardé la tête haute. J'ai ramassé mes affaires, mes vêtements de la veille, mon sac. En passant devant lui, j'ai vu son regard. Il ne me regardait pas avec amour, ni même avec regret. Il me regardait comme un problème à résoudre.
Alors que je sortais de la chambre, je l'ai entendu murmurer au téléphone, qu'il avait déjà rappelé.
"Ne t'inquiète pas, j'arrive tout de suite. Oui, je t'aime aussi."
Ces derniers mots ont été comme un coup de poing. Mais au lieu de m'effondrer, j'ai senti une force nouvelle monter en moi. La force de celle qui a vu le pire et qui a décidé de le refuser.
J'ai descendu les escaliers du grand manoir des Lefèvre. Le personnel s'affairait déjà pour les préparatifs du mariage. Personne n'a osé croiser mon regard. Je suis sortie dans l'air frais du matin et j'ai marché sans me retourner.
Quand je suis arrivée devant la boulangerie de mes parents, les lumières étaient déjà allumées. L'odeur familière de la levure et du sucre m'a enveloppée comme une couverture chaude. Mon père était en train de sortir une fournée de croissants du four. Ma mère préparait le café. Ils m'ont vue et leurs sourires se sont effacés, remplacés par l'inquiétude.
"Ma chérie, qu'est-ce qui se passe ? Tu es si pâle," a dit ma mère en me prenant dans ses bras.
La chaleur de son étreinte a finalement fait tomber mes barrières. J'ai pleuré, mais pas longtemps. C'étaient des larmes de soulagement, pas de désespoir.
J'ai reculé et j'ai regardé mes parents, les deux personnes qui m'avaient toujours aimée sans condition.
"Le mariage est annulé," ai-je dit, ma voix claire et ferme. "Je ne l'épouserai pas."
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