
Trahison et Amour Brisé
Chapitre 2
La sensation était celle d'un froid glacial, une lame qui perçait la chair, puis plus rien. Juste avant de sombrer, j'ai vu le visage de ma sœur, Adèle. Ses yeux ne montraient aucune pitié, seulement une haine froide et possessive.
« Manipulateur », avait-elle sifflé, sa voix un poison qui s'infiltrait dans mes dernières secondes de conscience.
Puis, une secousse violente. Mes yeux se sont ouverts d'un coup. J'étais dans mon lit, en sueur, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. La même chambre luxueuse, les mêmes draps de soie. C'était un cauchemar. Un cauchemar terriblement réel.
Un bruit sourd a fait vibrer le sol. Un craquement. Ça venait de la porte d'entrée de notre appartement parisien.
Ce n'était pas un cauchemar. C'était en train de se reproduire.
Je me suis levé d'un bond, le souvenir de la douleur fantôme dans mon ventre me paralysant une seconde. Non, pas de temps à perdre. J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. J'ai regardé l'heure. 23h15. Tout concordait.
« Maman ! » ai-je crié à voix basse en courant hors de ma chambre.
Sa porte était entrouverte. Elle dormait paisiblement, son visage serein à la lumière de la lune qui filtrait par la fenêtre. Colette Dubois, la célèbre pianiste, ma mère, si fragile. Dans ma vie précédente, elle avait été grièvement blessée en essayant de me protéger.
Un autre bruit, plus fort cette fois. Le bruit d'un pied-de-biche forçant le bois massif de la porte.
Ils étaient là. Les concurrents qu'Adèle avait ruinés sans le moindre scrupule. Ils étaient venus se venger.
Je me suis précipité vers ma mère et je l'ai secouée doucement.
« Maman, réveille-toi. Vite. »
Elle a ouvert les yeux, confuse.
« Louis ? Qu'est-ce qui se passe ? »
« On doit se cacher. Maintenant. Il y a des gens qui essaient d'entrer. »
La panique a commencé à poindre dans ses yeux. Elle a vu le sérieux sur mon visage et n'a pas posé plus de questions. Elle a enfilé une robe de chambre.
« Où sont les gardes du corps ? » a-t-elle demandé.
Mon estomac s'est noué.
« Adèle les a tous pris. »
Le souvenir de sa voix au téléphone, légère et insouciante, m'est revenu. Elle était partie pour un « week-end romantique » à la campagne avec son amant, Antoine Moreau, un soi-disant artiste. Elle avait prétexté une « installation artistique lumineuse » sous les étoiles, une excuse ridicule pour emmener toute notre sécurité avec elle. Elle nous avait laissés, ma mère et moi, complètement exposés.
La porte d'entrée a cédé dans un fracas assourdissant. Des bruits de pas lourds ont résonné dans le grand hall.
« Vite, dans mon dressing ! » ai-je chuchoté.
C'était le seul endroit sans fenêtre, le plus solide de l'appartement. J'ai poussé ma mère à l'intérieur, entre les rangées de robes et de costumes. J'ai fermé la porte du dressing, nous plongeant dans une obscurité presque totale, seulement percée par le fin filet de lumière sous la porte. Mon cœur cognait si fort que j'avais peur qu'on l'entende.
J'ai composé le numéro d'Adèle. Mon pouce tremblait. La sonnerie a retenti, une, deux, trois fois. Elle a finalement décroché.
« Louis ? Qu'est-ce que tu veux encore ? Je suis occupée. »
Sa voix était agacée, distante.
« Adèle, écoute-moi. Il y a des gens dans l'appartement. Ils ont forcé la porte. Où sont les gardes ? Rappelle-les, tout de suite ! »
Un rire léger et méprisant a flotté à travers le téléphone.
« Arrête tes bêtises, Louis. Tu es pathétique. Tu ne supportes pas que je sois heureuse, c'est ça ? Tu inventes n'importe quoi pour que je rentre et que je quitte Antoine. Laisse-moi tranquille. »
« Ce n'est pas une blague, Adèle ! J'entends leurs voix ! Ils sont en train de tout casser ! Maman est avec moi, elle a peur ! »
« Oh, bien sûr. Tu utilises même Maman maintenant. Tu es vraiment un manipulateur. N'essaie plus de m'appeler. »
« Adèle, non ! »
Elle a raccroché. Le silence du téléphone était plus assourdissant que les bruits de saccage dans l'appartement. J'étais seul. Complètement seul, avec ma mère tremblante à mes côtés.
J'ai essayé d'appeler la police, mais le réseau était saturé. Puis j'ai appelé Camille, ma fiancée. Son père était un avocat influent, peut-être qu'elle pourrait faire quelque chose.
Elle a répondu, sa voix ensommeillée.
« Louis ? Il est tard. »
« Camille, j'ai besoin de ton aide. Il y a des intrus chez moi. Adèle est partie avec toute la sécurité. Appelle la police, s'il te plaît, dis-leur que c'est une urgence chez les Dubois. »
Il y a eu un silence.
« Attends... Adèle vient de m'envoyer un message. Elle dit que tu essaies de saboter son week-end, que tu inventes des histoires. Louis, qu'est-ce qui se passe vraiment ? »
Le désespoir m'a submergé. Adèle avait pensé à tout. Elle avait même prévenu Camille pour me discréditer.
« Camille, je te jure que c'est la vérité. S'il te plaît, crois-moi. »
« Je... je ne sais pas, Louis. C'est juste... bizarre. »
Les bruits de pas se sont rapprochés. Ils étaient devant la porte de la chambre de ma mère. J'ai raccroché. Il n'y avait plus d'aide à attendre de l'extérieur.
« Reste silencieuse, Maman, quoi qu'il arrive », ai-je murmuré.
La porte de la chambre s'est ouverte à la volée. J'ai retenu mon souffle. La lumière du couloir a inondé la pièce, projetant des ombres menaçantes. Le filet de lumière sous la porte du dressing a disparu, occulté par des pieds.
Ils étaient juste là.
Vous aimerez aussi





