
Trahi, Mais Pas Vaincue
Chapitre 2
Le train est entré en gare de Lyon Part-Dieu dans un long crissement. L'air à l'intérieur du wagon était lourd, saturé de la fatigue de centaines de passagers.
Ma fille de cinq ans, Léa, dormait profondément, sa petite tête appuyée sur mon épaule, son souffle chaud et régulier contre mon cou. Le voyage depuis notre petite ville avait été long, mais je ne sentais pas la fatigue. J'étais portée par une excitation nerveuse, l'anticipation de la surprise que nous faisions à Marc.
Mon mari.
Il avait été muté à Lyon il y a six mois. Un poste en or, une promotion fulgurante dans son cabinet d'architecte. Il avait promis de nous faire venir, Léa et moi, dès qu'il serait bien installé, dès qu'il aurait trouvé l'appartement parfait pour nous trois.
J'avais attendu, patiemment. Je m'occupais de Léa, de la maison, je mettais ma propre carrière de styliste en pause, comme nous en avions convenu. Pour lui, pour sa carrière, pour notre avenir.
Ce matin, sur un coup de tête, j'avais acheté deux billets de train. Je m'imaginais son visage s'illuminer en nous voyant débarquer à son bureau.
J'ai réveillé doucement Léa et nous sommes descendues sur le quai bondé. J'ai tenu sa petite main fermement dans la mienne et nous avons pris un taxi.
« On va faire une surprise à Papa », j'ai murmuré à Léa, qui frottait ses yeux encore endormis.
Elle a souri.
Le cabinet d'architecte occupait tout un étage d'un immeuble moderne et vitré. En sortant de l'ascenseur, j'ai senti un premier frisson désagréable. L'ambiance était feutrée, mais étrangement tendue.
Une de ses collègues, Isabelle, que j'avais rencontrée lors d'un dîner d'entreprise, nous a vues. Son sourire s'est figé une fraction de seconde avant de devenir forcé.
« Chloé ! Quelle surprise ! Vous... vous allez bien ? »
« Très bien, merci. On vient faire une surprise à Marc. Il est dans son bureau ? »
« Euh, oui, il... il est là. »
Elle a jeté un regard paniqué vers le fond du couloir, puis a marmonné une excuse et s'est éloignée rapidement, presque en courant.
D'autres employés nous ont croisées. Tous avaient la même réaction : un salut bref, un sourire gêné, des yeux qui fuyaient les miens. Un malaise palpable flottait dans l'air, et mon excitation commençait à se muer en une anxiété sourde.
Puis Marc est sorti de son bureau.
Il a marqué un temps d'arrêt en nous voyant. La surprise était là, mais ce n'était pas celle que j'attendais. Il n'y avait pas de joie dans ses yeux. Juste un choc, et quelque chose d'autre, une panique mal dissimulée.
« Chloé ? Léa ? Mais... qu'est-ce que vous faites là ? »
Il s'est approché, a posé une main sur mon épaule et s'est forcé à sourire. Un sourire qui ne montait pas jusqu'à ses yeux.
« Vous auriez dû prévenir, je serais venu vous chercher à la gare. »
Léa, elle, n'a rien vu. Elle a lâché ma main et a couru vers lui en criant « Papa ! ».
Il l'a soulevée dans ses bras, l'a serrée contre lui, le visage enfoui dans ses cheveux. C'était une scène parfaite, une image de bonheur familial.
Mais moi, je me sentais complètement spectatrice. Mon cœur a commencé à battre lourdement dans ma poitrine. Je savais. Je ne savais pas quoi, mais je savais que quelque chose était brisé. J'étais devenue complètement insensible, comme si mon corps et mon esprit s'étaient déconnectés.
Je regardais Marc rire avec Léa, lui faire des chatouilles. J'entendais leurs éclats de rire, mais le son me parvenait de très loin, assourdi. Une douleur sourde a commencé à naître au creux de mon estomac.
Le trajet en voiture jusqu'à son appartement s'est fait dans un silence pesant, seulement brisé par les questions innocentes de Léa. Marc essayait de faire la conversation, me demandait des nouvelles de mes parents, de la maison.
Je répondais par des monosyllabes, le regard fixé sur les rues de Lyon qui défilaient. Je ne reconnaissais rien. Ni la ville, ni l'homme assis à côté de moi. Il n'était plus mon Marc.
Il a senti mon silence, ma distance. Il a posé une main sur ma cuisse.
« Tu es fatiguée par le voyage ? »
Je n'ai pas répondu. J'ai juste continué à regarder par la fenêtre, le cœur en miettes, attendant le moment où tout allait exploser.
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