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Couverture du roman Tourner la page !

Tourner la page !

Fleur était une adolescente pétillante et pleine de rêves jusqu’à ce qu’une série de traumatismes ne la plonge dans une profonde dépression. Désormais l’ombre d’elle-même, elle s’isole dans son silence. Pourtant, une touche de magie va bouleverser son quotidien, lui offrant la perspective nécessaire pour guérir. En explorant sa propre histoire, elle cherche la force de se reconstruire. Un récit touchant qui brise les tabous sur le harcèlement scolaire et prouve que l'espoir subsiste.
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Chapitre 3

Gabrielle lui raconta que son père était né en 1936 en Alsace, dans une ville proche de la frontière allemande. Lorsque les tensions entre la France et l’Allemagne augmentèrent, sa famille déménagea à Castel Jaloux, en France libre, pour s’éloigner de l’avancée allemande avec sa mère, son père étant parti à l’armée. Plus tard, on apprit que le père d’André fut prisonnier des Allemands, puis il fut déporté à Stalingrad. Il mourut de ses blessures dues au gel, quelque temps après être rentré chez lui. Sa mère eut deux autres enfants avec un autre homme. André devint alors l’aîné d’une petite fille et d’un petit garçon. Quelques années après, sa mère mourut elle aussi. André vivait dans un village protestant et, un jour, dans un village catholique, il rencontra celle qui deviendra la femme de sa vie, Maria. Pendant cette relation, Maria tomba enceinte. À l’époque où il était mal vu d’être enceinte sans être marié. Alors le grand-père de Fleur décida d’épouser Maria. Peu de temps après, une jolie petite fille naquit du nom de Christine. Trois ans après, Gabrielle vint au monde, en 1961. À cette époque, la petite famille d’André vivait à Grugny, petite ville campagnarde de la région normande. Une fois les filles à l’école, Maria et André se rendirent compte que le professeur de l’école n’enseignait rien à ses élèves, c’est pourquoi Gabrielle et Christine furent envoyées en pensionnat chez les bonnes sœurs. En effet, il confondait Lille et Bordeaux, se trompait dans les dates historiques, ou encore, faisait beaucoup trop de fautes d’orthographe et de grammaire. Gabrielle racontait à Fleur que si elle s’était bien acclimatée au pensionnat, pour sa grande sœur, ce fut tout le contraire et elle passait son temps à pleurer pour rentrer chez elle. Elles restèrent tout de même deux ou trois ans au pensionnat. Christine fit des études de comptabilité. Quant à Gabrielle, elle fit trois mois de droit pour faire finalement des études de secrétariat. Pendant que Gabrielle racontait cette histoire à sa fille, notre adolescente voyait les images qui défilaient sous ses yeux comme des illustrations d’un livre en 3D. Sa mère poursuivit son histoire en racontant que lorsque ses parents furent à la retraite, ils décidèrent d’emménager à Rouen pour être plus proches de leurs filles. Christine avait acheté un appartement pour héberger ses parents âgés de 60 ans, et les protéger des vendeurs malhonnêtes qui voudraient profiter d’un couple âgé. Malheureusement, André tomba gravement malade quelques années après. Fleur regarda les images de son grand-père et elle pendant qu’il était assis sur sa chaise de malade. Fleur était tellement jeune à ce moment qu’elle ignorait que son papi était malade, et ne prêtait aucune importance au fait qu’elle le voyait rarement ailleurs que sur cette chaise. André subit un Alzheimer progressivement jusqu’à ce qu’il soit hospitalisé en 2012. Quand son grand-père mourut, il avait fêté ses 54 ans de mariage avec Maria.

Les images disparurent et la lumière revint. Cette fois-ci, elle se sentit projetée et quand elle ouvrit les yeux, elle était chez elle. Elle sortit de sa chambre, son père regardait la télévision et sa mère était déjà partie se coucher. Tout avait l’air normal, ses parents n’avaient pas dû se rendre compte de son absence, enfin si elle avait vraiment disparu. Elle avança dans la salle pour boire, son père la regarda et lui demanda si elle allait bien, elle acquiesça. Il lui demanda alors pourquoi elle avait les yeux rouges. En effet, Fleur avait tellement pleuré en revivant tous ses souvenirs que ses yeux devinrent aussi rouges que le sang. Elle rassura son père en lui disant que ce n’était que de la fatigue, elle avait eu une semaine chargée et fatigante, ce qui en soi n’était pas tout à fait faux. Elle retourna dans sa chambre, prit son album rempli de photos de ses grands-parents, et pour chacune d’entre elles, elle imaginait ces moments et essayait de les revivre dans sa tête. Parfois, elle pleurait, parfois elle riait en repensant à des blagues ou des anecdotes drôles, ou alors elle se contentait de regarder les photos avec le regard dans le vide. Elle leva ensuite les yeux vers sa fenêtre, se leva pour aller la fermer. Lorsqu’elle ouvrit sa fenêtre pour fermer les volets, elle sentit un vent chaud souffler sur elle. Elle sentit quelque chose de spécial dans ce vent, comme si c’était une caresse réconfortante invisible. Elle leva à nouveau sa tête, elle fixa la lune qui brillait déjà haut dans le ciel et tout en sentant se vent elle esquissa un petit sourire en coin. Elle ferma ses volets et sa fenêtre, alla faire un câlin à sa chatte Micheline qui se débattait et miaulait tout ce qu’elle savait. Puis elle alla se coucher avec, pour la première fois depuis des années, un sourire apaisé sur le visage.

Le lendemain, elle prit un petit déjeuner et partit prendre son vélo. Elle prit la route qui menait chez ses grands-parents et s’arrêta près de chez eux, à côté d’un mur où on avait une vue imprenable sur Rouen. Elle descendit de son vélo, le mit contre le mur, monta sur le bord du mur et regarda la vue pendant deux heures. Elle se contenta d’observer le paysage. Deux heures passées, elle descendit du mur, reprit son vélo et monta chez ses grands-parents pour faire une visite surprise à sa grand-mère Maria. Elle resta avec elle tout le reste de la journée, reprit son vélo qu’elle avait attaché en bas du bâtiment et rentra chez elle comme si elle venait d’accomplir quelque chose d’important. Le soir venu, elle reprit sa petite routine du soir. Elle joua sur son téléphone avant d’aller manger, puis pendant le repas, elle raconta sa journée avec sa grand-mère à ses parents. Après avoir mangé, elle regarda la télévision avec son père pour voir la série qu’ils regardaient tous les soirs tous les deux, puis elle retourna dans sa chambre.

Elle chercha le livre magique de la veille et le trouva sur son lit. Elle s’assit au fond de son lit, confortablement, et ouvrit le livre. Il n’y avait pas d’auteur sur ce livre, juste le titre. Quand elle vit l’intérieur du livre, elle remarqua qu’en dessous du chapitre 1, il y avait beaucoup de lignes écrites alors qu’elle était persuadée que les pages étaient vierges la veille. Elle ne comprenait pas et se dit qu’elle avait dû rêver et qu’elle n’avait juste pas remarqué les lignes hier. Elle se mit à les lire. Plus elle lisait, plus elle écarquillait les yeux. Il y avait, écrit, tout ce qu’elle avait vu et vécu la veille dans les moindres détails. Il était même mentionné ce qu’elle avait ressenti à chaque moment. Elle n’en croyait pas ses yeux. De plus, les souvenirs évoqués dans le livre étaient racontés dans l’ordre dans lequel elle les avait vécus. Elle arriva à la fin du chapitre et vit quelque chose de très étrange : en bas de la dernière page, il y avait écrit « Fin » avec un point d’interrogation. Elle ne comprenait rien. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Était-elle en train de rêver ? Avait-elle des hallucinations ? Pourquoi y avait-il un point d’interrogation à la fin du chapitre ? Elle tourna la page et elle était vide, ainsi que toutes les pages suivantes. Décidément, ce livre est vraiment spécial et surtout, Fleur se demandait comment il était arrivé là car elle était persuadée qu’elle ne l’avait jamais vu avant et ses parents ne lui offraient des livres qu’à Noël et à son anniversaire. Elle ne se souvenait pas que qui que ce soit lui ait offert un livre aussi bizarre. Étant fille unique, elle n’avait ni de frère ou de sœur qui auraient pu lui offrir un cadeau surpris. Elle se mit à sourire en se disant que, peut-être, c’était son chat qui le lui avait offert. Cette idée la fit bien rire. Elle passa sa main sur le point d’interrogation et se fit à nouveau aspirer par le livre. Cette fois-ci, elle se retrouva dans le noir avec seulement une silhouette blanche au loin. Fleur se dirigea vers cette personne. Plus elle s’en approchait, plus elle remarquait que la personne n’avait ni pied ni jambe. Une fois assez proche, elle remarqua que la silhouette émettant une grande lumière blanche était en fait un fantôme ressemblant à une femme. La femme se tourna vers elle en lui adressant un regard bienveillant. Fleur lui demanda timidement qui elle était. Elle répondit qu’elle n’avait pas de prénom ni de nom, car elle était la conscience de Fleur. Cette dernière fut encore plus troublée qu’avant. Elle lui demanda des explications. Sa conscience lui expliqua qu’elle était dans le for intérieur de l’adolescente, que c’est le livre qui l’avait envoyé là pour l’aider à faire le deuil de son grand-père et pouvoir tourner la page. Fleur ne saurait dire pourquoi, mais elle croyait sincèrement en ce que lui disait sa conscience. Pendant que la jeune fille réfléchissait en essayant d’assembler les pièces du puzzle des évènements des deux derniers jours, sa conscience prit un air sérieux. Elle recommença à parler en lui disant que s’il y avait un point d’interrogation à la fin du chapitre, c’est parce que l’histoire n’était pas finie. Fleur leva la tête et lui demanda de développer ce qu’elle venait de dire. Sa conscience lui expliqua qu’il était temps de faire son deuil et d’aller de l’avant car son deuil lui pesait trop lourd, et lui gâchait la vie et le moral. La silhouette fantomatique sourit en lui expliquant qu’elle était là pour ça, et qu’elle allait l’aider à tout régler, mais pour l’instant il fallait commencer par son deuil.

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