
La trahison de l'homme, la promesse fantomatique de la femme
Chapitre 3
Une vague de vertige la submergea. Jeanne pressa une main sur sa poitrine, essayant de forcer l'air dans ses poumons. La douleur était si intense qu'elle avait l'impression que son cœur était physiquement en train de se déchirer.
Damien leva enfin les yeux alors qu'elle revenait à table en titubant, son expression passant de l'indulgence attendrie à l'alarme. « Jeanne ? Qu'est-ce qui ne va pas ? » Il fut à ses côtés en un instant, ses mains s'agitant sur ses épaules, son visage un masque d'inquiétude.
« Ça va ? Tu as mal à la poitrine ? » demanda-t-il, la voix empreinte de panique.
Comment peux-tu me demander ça ? pensa-t-elle, un rire hystérique bouillonnant dans sa gorge. Comment peux-tu être assis là, à professer ton amour pour une autre femme, puis prétendre te soucier si profondément de moi ?
Elle se força à prendre une inspiration lente et tremblante. « Ce n'est rien », mentit-elle, la voix tendue. « Juste une crampe. »
Il n'avait pas l'air convaincu, mais il l'aida à se lever. « Rentrons à la maison. Tu as besoin de te reposer. »
Le trajet du retour fut un brouillard de politesses forcées. Damien essaya de faire des blagues, de combler le silence étouffant dans la voiture, mais Jeanne se contentait de regarder par la fenêtre, les rues animées de la ville semblant grises et sans vie.
« J'ai fait quelque chose de mal ? » demanda-t-il finalement, la voix douce et prudente.
« Non », dit-elle, le ton plat. « Je pensais juste à une série que j'ai regardée aujourd'hui. »
Il se détendit visiblement. « Ah oui ? De quoi ça parlait ? »
« Ça parlait d'un homme qui avait deux amours », dit-elle, les yeux fixés sur les bâtiments qui défilaient. « Il disait à sa femme qu'il l'aimait, mais il était secrètement amoureux de quelqu'un d'autre. Il pensait qu'il pourrait le cacher pour toujours. » Elle se tourna pour le regarder, son regard perçant. « Damien, me ferais-tu jamais ça ? »
« Bien sûr que non ! » l'interrompit-il, la voix sèche et sur la défensive. Il tendit la main et prit la sienne, sa poigne presque douloureuse. « Jeanne, tu sais que je t'aime. Toi seule. Je ne te trahirai jamais, jamais. »
Ses mots, autrefois source de réconfort, ressemblaient maintenant à des poignards. Chaque syllabe était un mensonge, une performance soigneusement élaborée.
Juste à ce moment-là, son autre téléphone, celui qu'il gardait pour le « travail », vibra sur la console centrale. Elle lui fit un signe de tête. « Tu devrais répondre. »
Il hésita, puis le prit. Son expression se crispa en écoutant la voix à l'autre bout du fil. « Je dois y aller », dit-il en terminant brusquement l'appel. « Une urgence au bureau. » Il gara la voiture sur le bas-côté. « Je vais demander à un chauffeur de te ramener. »
Jeanne hocha la tête en silence et sortit de la voiture.
Dès que sa voiture s'éloigna à toute vitesse, elle héla un taxi. « Suivez cette voiture », dit-elle au chauffeur, la voix froide et stable.
La voiture de Damien les mena à une villa privée à la périphérie de la ville. Jeanne observa de loin tandis qu'il sortait. La porte d'entrée de la villa s'ouvrit, et Chloé Dubois apparut, vêtue d'un costume de soubrette ridiculement court.
Elle courut vers Damien, jetant ses bras autour de son cou, et ils s'embrassèrent, un long baiser passionné qui retourna l'estomac de Jeanne.
« Je t'ai manqué ? » demanda Chloé, sa voix un ronronnement enjôleur. « J'ai une surprise pour toi. »
Les yeux de Damien s'assombrirent d'un désir pur que Jeanne n'avait pas vu depuis des années. « Je suis venu aussi vite que j'ai pu », murmura-t-il.
« Allons voir la surprise dans la voiture », chuchota Chloé en le tirant vers son véhicule.
Ils montèrent sur la banquette arrière, et bientôt, la voiture commença à se balancer doucement.
Jeanne était assise dans le taxi, observant. Une partie d'elle le savait, s'y attendait, mais le voir de ses propres yeux était une autre forme de douleur. C'était une agonie brute, viscérale, qui raclait son âme de tout espoir persistant.
Elle se serra de nouveau la poitrine, haletant alors que des larmes chaudes coulaient sur son visage. Elle se souvint de leur première fois ensemble. Il avait été si doux, si respectueux. Il avait insisté pour attendre leur nuit de noces, lui disant qu'elle était trop précieuse, trop pure. Il avait pleuré cette nuit-là, la tenant dans ses bras, murmurant qu'il l'aimerait pour l'éternité.
Il l'avait fait se sentir chérie, unique, comme si personne d'autre au monde ne pouvait l'aimer comme il le faisait.
Et c'était lui qui avait tout brisé.
La chauffeuse de taxi la regarda dans le rétroviseur. « Les hommes sont tous les mêmes », dit-elle, la voix remplie d'une sympathie lasse. Elle tendit une boîte de mouchoirs à Jeanne. « Mon mari en a une aussi. Il faut juste faire comme si on ne voyait rien. Leur pardonner. C'est plus simple comme ça. »
Jeanne prit un mouchoir, ses jointures blanches alors qu'elle serrait le poing. « Non », murmura-t-elle, sa voix un son rauque et brisé. « Je ne lui pardonnerai jamais. »
Elle répéta les mots, cette fois pour elle-même, un vœu solennel et incassable. Jamais.
Quand elle rentra chez elle, elle se déplaça dans le vaste penthouse vide comme un automate. Elle rassembla tous les cadeaux que Damien lui avait jamais offerts — les vêtements, les sacs, les bijoux, y compris le collier « La Jeanne » fraîchement acquis.
Elle appela le gestionnaire de l'immeuble. « Je veux vendre tous ces articles », dit-elle, la voix dénuée d'émotion. « Faites don des bénéfices à une fondation pour les femmes. »
En une heure, tout était emballé et parti. Les placards étaient vides, les boîtes à bijoux aussi.
Elle commença à faire une petite valise avec ses propres affaires, les quelques objets qui étaient vraiment les siens.
Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit brusquement. Damien se tenait là, trempé par la pluie qui avait commencé à tomber, son visage pâle et furieux.
« Jeanne ! Pourquoi as-tu vendu le collier ? » exigea-t-il, sa voix résonnant dans la pièce austère et vide.
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