
Ta belle-sœur ou moi ?
Chapitre 2
Un sourire amer aux lèvres, j'ai essuyé mes larmes et ai enfilé une robe. « Allons voir Karine », ai-je dit d'une voix neutre.
Si je n'y allais pas, Pauline ne manquerait pas de me taxer de froideur avec ses remarques acerbes.
Lorsque je suis arrivée devant la chambre de Karine, j'ai aperçu par l'entrebâillement de la porte la jeune femme alitée, blottie contre Eugène qui la serrait dans ses bras. D'une voix doucereuse, elle a murmuré : « Désolée, j'ai menti. Je n'avais pas mal au ventre... Mais j'avais mes raisons... Quand je pense qu'après cette grossesse tu ne viendras plus me voir, mon cœur se serre. Je voulais juste te revoir... »
« Eugène, je ne sais même pas pourquoi, mais c'est la vérité. Dès que j'ai un moment de libre, tu es toujours dans mes pensées... Je n'arrive pas à t'oublier… Ne m'en veux pas, je voulais juste te voir, je ne veux pas que tu m'abandonnes. »
Eugène a secoué la tête et a caressé son ventre avec tendresse : « Tu attends mon enfant, les hormones te rendent émotive. Tu n'es que ma belle-sœur, et la mère de mon enfant, comment pourrai-je l'abandonner ? »
Karine a saisi alors son col dans un geste enfantin : « C'est vrai ? Eugène, promets-moi de venir me voir chaque jour alors ! Je ne supporte pas l'idée que tu aies un enfant avec cette Suzanne de basse extraction. Notre clan deviendrait la risée des autres meutes. Laisse-moi être ta Luna, je suis la seule digne de te donner un héritier ! »
Un long silence s'est installé avant qu'Eugène ne réponde, hésitant : « ...D'accord. »
« Et pour notre mariage, où en sommes-nous ? Je veux la plus grande robe de mariée, avec la traîne la plus longue. »
« T'inquiète pas. Tu seras ma Luna. Je t'offrirai les noces les plus fastueuses. »
Quoi... ?
Je n'arrivais pas à y croire.
Un mariage ? Quel mariage ? Celui d'Eugène et Karine ? Alors son refus de me marquer... C'était pour cette raison ?
Tandis que je restais perdue sous le choc, les rires victorieux de Karine, plus perçant que n'importe quelle arme dans les mains d'un guerrier, a creusé une profonde blessure dans mon âme.
Ma louve en moi a hurlé de douleur.
Serrant mon mouchoir jusqu'à blanchir les jointures, j'ai battu en retraite d'un pas tremblant.
J'étais une orpheline recueillie par l'ancien Alpha de la Meute de Vent Nocturne. Eugène et moi, élevés ensemble, étions âmes sœurs.
À l'époque, quand Pauline voulait me marier à un autre clan, Eugène avait intercepté mon convoi et avait supplié ses parents de m'épouser. Il avait même juré qu'il m'aimerait pour toujours, et que je serais la seule pour lui.
Ils avaient capitulé et nous avaient laissés ensemble, nous offrant la chance de devenir partenaires.
Pauline lui avait demandé, perplexe : « Mais qu'est-ce que tu lui trouves ? Elle est une louve Oméga, elle ne pourra jamais te rendre heureux ! »
« L'amour, c'est irrationnel », avait répondu Eugène, les yeux brillants, tout en portant les traces des blessures qu'il avait reçues pour me sauver.
Il avait saisi fermement ma main et avait déclaré : « C'est la volonté de la Déesse Lunaire. J'ai le pressentiment, et si je laisse partir Suzanne, je le regretterai toute ma vie. »
Cette promesse pleine de tendresse et de romantisme résonnait encore en moi... Mais voilà, trois ans plus tard, il avait déjà permis à une autre louve de porter son enfant, et il acceptait de l'épouser, la faisant devenir sa Luna.
Même désignés par la Déesse Lunaire, nos liens n'avaient pu vaincre son inconstance.
Agnès m'a rattrapée, essoufflée : « Suzanne, tout va bien ! Lorsque tu auras un enfant, tu deviendras la Luna de la Meute de Vent Nocturne. »
J'ai secoué la tête, des larmes ruisselant sur mes joues : « Je ne lui donnerai jamais d'enfant. »
Agnès m'a regardée, choquée, et je lui ai répondu par un regard douloureux mais ferme.
Puisqu'il avait choisi une autre, je disparaîtrais de sa vie.
Un homme aussi infidèle, je ne le voulais plus.
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