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Couverture du roman Sphinx - Le cercle des félins - Tome I: Le cœur a ses raisons

Sphinx - Le cercle des félins - Tome I: Le cœur a ses raisons

Après la perte tragique de son petit ami, une adolescente voit son existence basculer dans la douleur. Ses parents l'envoient en Normandie chez ses grands-parents pour l'aider à se reconstruire. Sur place, elle croise le chemin d'un jeune homme mystérieux au charisme magnétique. Cette rencontre bouleversante va lever le voile sur un destin extraordinaire, bien au-delà de tout ce qu'elle pouvait imaginer. Entre secrets et émotions, sa vie ne sera plus jamais la même.
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Chapitre 3

Le temps de s’habituer. C’était un trouillard.

Assis dans leur canapé, ils me regardaient d’un air triste et désolé. Je m’installai à leur côté. Kawasaki sauta sur mes genoux, avant de ronronner fortement.

— Oh faites Didie, nous sommes vraiment désolés de ne pas être venus te voir après l’accident. Mais tu sais avec…

— Oui je sais mamy, la coupai-je abruptement. Ce n’est pas grave.

— Nous te devons combien pour le taxi ? demanda-t-il.

— 10 euros mais pas besoin de me rembourser.

— Quoi ? Seulement 10 euros pour faire la gare jusqu’ici, s’exclama-t-elle ahurie.

— Oui. Pourquoi ?

— Il me semble que ce trajet coûte en moyenne 25 euros. N’est-ce pas Henry ?

Celui-ci haussa les épaules. En silence, je m’étonnai.

« Pourquoi m’avait-il fait une promotion ? Je ne le connaissais même pas. Je doute que ce soit une erreur. Il paraissait sûr de lui et conscient de ses actes. »

Mon grand-père me proposa à boire. J’acceptai volontiers un verre d’eau, afin de me rafraîchir. Je le remerciai d’un léger haussement de tête avant de le boire cul sec.

Dans leurs yeux marron, je discernais une grande pitié. Je commençais à en avoir marre. Toutes les personnes qui connaissaient mon histoire avaient pitié de moi.

— Je vais aller prendre l’air sur la jeter, soufflai-je, en me redressant.

Ma grand-mère me fit promettre de rentrer avant la nuit. Avant de sortir, je leur lançai d’un ton faussement joyeux.

— À tout à l’heure.

Tendrement, ils me souriaient. Kawasaki me regardait d’un air maussade, comme si je l’abandonnais. Je lui lançai un clin d’œil de réconfort. Nous avions tous les deux une grande complicité. Il était désormais le seul lien réel qui me restait avec mon défunt petit ami, Arnaud.

Les planches en bois craquaient à chacun de mes pas. Je laissais le vent frais et pur du large de la Normandie me caresser le visage et mettre mes cheveux en bataille. Je passai devant le court de tennis et devant le parcours du mini-golf, avant de bifurquer dans la direction du centre-ville. Je passai devant un marchand de glace, le regard vide, anéanti, abattu. Je ne faisais pas vraiment attention où mes pieds allaient, ni ce qui avait aux alentours.

J’errais comme un zombie.

Je traversai la route pour m’asseoir sur un banc, non loin du marché de poissons et de crustacés. Mes yeux vagabondaient. Je dévisageais les passants sur le trottoir d’en face. Des vacanciers se promenant un sourire aux lèvres, regardant les menus et les tarifs des restaurants, les vitrines des magasins de souvenirs. Tout ce bonheur était pitoyable et me rendait encore plus amer. Une voix féminine dans mon dos rompit le charme de la contemplation.

— Mélodie, c’est bien toi.

Je pivotai pour tomber nez à nez sur ma vieille amie de vacances. Une blonde platine, grande, très mince avec de belles lèvres pulpeuses et sensuelles. Je n’avais aucune envie de la voir, non pas elle. C’était une pipelette, fêtarde et une maniaque de son apparence physique. Une fille qui ne sortait jamais sans être maquillée, sans être coiffée, sans être manucurée et sans être bien habillée. Deux garçons se pavanaient à ses côtés, comme des coqs, pour une seule poule.

— Valérie, m’écriai-je, faussement enchantée, hypocrite même.

— Mel quelle surprise ! Tu es devenue gothique. Le noir te va à ravir et te mincit tellement.

Cette petite réplique était bien son genre, te faire un compliment en te rabaissant ou en te montrant un défaut sans te le montrer réellement. Je me forçais à sourire, pour éviter de lui sortir quelque chose de désagréable et la vexer. Elle enchaîna.

— Eh, tu es parmi nous, depuis combien de temps ?

— Depuis aujourd’hui.

— Pourquoi t’as pas donné de nouvelles, depuis des mois ?

— J’ai été très occupé, voilà tout, rétorquai-je, en haussant les épaules.

— Mais, tu es là maintenant, c’est le principal. On va pouvoir faire la fête comme avant, s’extasia-t-elle.

J’acquiesçai, contre mon gré.

— Oh faites Mel, je te présente Alain et Thomas. Les gars, je vous présente Mélodie Leroux. La petite bourguignonne.

— Ouais, enchanté, fit Thomas.

— Enchanté, répondit Alain avant d’être plus curieux, et de m’interroger. De quelle ville, tu viens ?

— Aux…

— L’AJA. cria Alain de joie, me coupant la parole comme un mal propre.

J’opinai du couvre-chef. Valérie insista, pour que je vienne me promener avec eux. J’hésitais mais Alain intervint.

— Mais si, allez. On va bien s’amuser.

M’empoignant le bras, elle m’obligea à me mettre sur pied pour m’attirer au milieu de la foule. Je résistais mais les deux garçons me poussèrent.

Ils ne me laissaient pas le choix.

Nous marchions tous ensemble au milieu des vacanciers euphoriques, d’être au bord de la mer. Valérie comme tout le temps parlait pour ne rien dire. Elle causait du temps, de tous les copains qu’elle avait eus depuis son année scolaire. Maintenant, elle était plus ou moins avec Thomas. Une amitié améliorée, en quelques sortes, un sex friend. Thomas enlaça ses doigts dans ceux de Valérie et me laissa seule avec Alain. Ils se tenaient maintenant par la taille comme de vrais amoureux.

Un leurre.

Elle ne pouvait vivre sans un garçon, en changeait quasiment toutes les semaines et même parfois, elle en avait plusieurs en même temps. Elle les considérait comme des moins que rien, des objets que l’on exposait sur un meuble. Une fois le tour fait, elle les jetait. Ce que j’avais dû mal à comprendre, c’était la fascination qu’ils avaient pour elle, alors qu’elle les traitait comme des chiens ; même pires. Avant, ses histoires me faisaient rire mais maintenant, je la trouvais abjecte. Elle en avait fait souffert plus d’un. La plupart pouvaient embrasser le sol où ses pieds avaient foulé. Ils étaient tous en adoration devant elle. Je ne me l’expliquais pas.

Alain commença à me poser des tas de questions. J’y répondais de plus en plus ennuyée. Et à chaque réponse, étrangement, il avait les mêmes goûts que les miens. Il afficha un sourire arrogant, sans cesser de me toiser.

— Nous avons les mêmes goûts, c’est plutôt comique.

— Ouais. (Trop drôle ! Je rigolai mais seulement intérieurement. S’il croyait que je ne voyais pas son petit manège…)

Il poursuivit ainsi encore un petit moment. Toutes ses questions m’exaspéraient au plus haut point. Je me retenais de rire, mes lèvres s’étirèrent dans un demi-sourire. Car, je voyais clair dans son jeu.

— Oh faites, t’as un petit ami ? demanda-t-il subitement, comme si de rien n’était.

Nous voilà, à la conclusion de toutes ces questions à la con.

— Ou, mentis-je sans vergogne.

— Tu ne veux pas sortir avec moi ?

— Non, rétorquai-je, acerbe.

— Mais il n’en sera rien, persista-t-il.

— Peut-être, mais moi si. Même si je n’avais personne, je ne sortirais pas avec toi.

— Pourquoi ? s’étonna-t-il, hébété.

— Parce que nous venons tout juste de nous rencontrer. (Crétin, pensai-je.)

Il hocha la tête en signe de complaisance, alors qu’il était tout autre et plutôt hostile à ma réponse. Il souriait bêtement afin de cacher sa déception. Je n’étais pas dupe, je venais de le blesser. Sur le port, Thomas se précipita en premier et s’assit sur le banc, dos à la mer et aux bateaux. Valérie sauta sur ses genoux, en faisant danser ses beaux cheveux blond platine, aux grès du vent. Ils m’avaient laissé juste une toute petite place au côté d’Alain. Le don Juan. Elle s’apprêtait à faire son passe-temps favori. Critiquer à tout va.

— Regardez celle-là avec son pantalon, elle va à la pêche au moule. Elle devrait avoir honte de sortir ainsi, nous lança-t-elle rieuse.

Les garçons rirent à plein poumon. Malgré moi, je suivis le mouvement pour ne pas paraître insensible à ses blagues, à ses critiques puériles.

— Oh faites Mel, tu vas travailler sur le bateau de ton grand-père.

— Normalement. Pourquoi ?

— Alain y bosse. Ça fait quoi, quelques mois ? Vous serez ensemble. C’est génial.

— Génial, rétorquai-je aussi joyeuse que possible.

D’un bond, je me levai sous les yeux écarquillés des trois compères.

— Je dois y aller. Il se fait tard. Mes grands-parents vont commencer à s’inquiéter.

— Déjà, répondit-elle visiblement déçue.

Elle se leva pour m’embrasser. Je me dégageai de son accolade et partis en les saluant. Avant de rentrer, je ressentais encore le besoin d’être seule. Je passais par le centre-ville.

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