
Speed breaker's : Un regard peut tout changer.
Chapitre 2
Damon
Aujourd'hui, est un jour bien spécial pour moi puisque c'est mon anniversaire, mais aussi le jour où je vais prendre une décision qui va peut-être changer toute notre vie à tous. Je slalome comme tous les jours en revenant du travail, qui se trouve être au lycée où se trouve papa et où j'ai fait mes études. Vous me direz, j'aurais pu aller ailleurs ; mais je pensais sincèrement que travailler là-bas était une logique.
Malheureusement, bien que je sois heureux de travailler et de me faire une place dans le monde aux cotés de papa ; j'ai une pression sur l'estomac chaque jour comme à cet instant. Je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe avec moi, et je sais qu'il est temps que je trouve une solution à ce poids en moi. J'arrive devant la maison de mes parents, et j'aperçois Marina à la fenêtre de la leur qui me fait signe. Je coupe le contact de la moto et je lui réponds, tout en retirant mon casque.
_ J'espère qu'elle va me laisser parler avec maman, avant de venir à la maison. Murmuré-je en affichant un sourire sympathique dans sa direction.
Tante Marina est géniale, et toujours enjouée comme tante Félicie ; mais là, j'ai besoin de parler un moment avec celle qui semble me comprendre le mieux depuis toujours. Il faut dire que nous avons toujours été proches depuis le premier jour, et encore plus depuis la mort de ma grand-mère qui a pu partir sereine pour rejoindre grand-père. Je monte les marches de la maison, et je fais un geste de surprise quand la porte s'ouvre d'un coup sec sur mon petit frère Clayton.
_ Yo Damon ! Me lance-t-il en cognant son poing contre le mien.
_ Papa n'est pas encore rentré. M'informe-t-il en sautant les escaliers pour prendre sa moto de cross devant la maison.
_ Maman est là ? Lui demandé-je, tandis qu'il allume l'arrivée d'essence, avant de monter sur sa selle.
_ Elle vient de descendre à l'atelier. M'informe-t-il avant de mettre son casque, tout en démarrant sa moto.
Je ne prends pas la peine d'attendre un aurevoir de sa part, et je rentre en entendant le moteur de sa moto vrombir et je souris en fermant la porte. L'odeur à la maison est toujours la même, un mélange subtil de couleurs à la fois et de l'amour qui s'y trouve. Je regarde les nouvelles peintures que maman a mise dans le hall, et je peux voir avec fierté qu'elle sait toujours aussi bien immortaliser les moments en voyant une nouvelle peinture de papa et moi en moto. Le fameux soir où je suis devenu le "Speed Breaker".
Le poids sur ma poitrine me revient, et je soupire.
_ Et bien, je ne t'avais plus entendu soupirer si fort depuis que tu as rompu avec Marishka.
_ Oh, bonjour maman ! Fais-je surpris, alors qu'elle se trouve face à moi à l'embrasure de la porte de la cuisine, souriante comme toujours.
Je m'avance pour la rejoindre, et j'embrasse sa joue en la serrant contre moi.
_ Tu sens toujours aussi bon la peinture. Murmuré-je avec une pointe de nostalgie à l'idée de ce que je m'apprête à lui dire.
_ J'avoue que ce parfum me va bien. Sourit-elle en caressant ma joue, tout en scrutant mon regard.
_ Tu as quelque chose d'important à nous dire, et tu viens d'abord prendre la température auprès de moi. Fait-elle en passant la paume de ses doigts sur les plis qui viennent de se former sur mon front, alors que la douleur dans ma poitrine devient plus que pesante.
J'opine de la tête, et maman sourit en me prenant la main. Je sais qu'elle pourra m'aider à prendre la bonne décision en ce qui concerne ma vie, et effacer ce poids sur ma poitrine. Le plus dur sera de lui dire aurevoir, tout comme à ma famille.
Derek
La soirée d'anniversaire pour les vingt-six ans de notre fils bat son plein dans l'entrepôt, et je porte un baiser dans la nuque de ma charmante femme, jetant un regard perplexe à Damon.
_ Il semble distant pour sa propre fête. Fais-je à Alix.
_ Je pense que tu devrais aller parler avec lui. Me glisse Alix en me faisant face.
_ Il est venu te voir c'est ça ?! En conclué-je, comprenant maintenant pourquoi elle semblait maussade à mon arrivée.
Je pensais que son traitement jouait au yo-yo une fois de plus avec elle, mais son regard était toujours aussi intense quand elle l'a posé sur moi, enlevant immédiatement cette crainte. Alix se mord doucement la lèvre, et je resserre mon étreinte autour d'elle pour embrasser tendrement ses lèvres.
_ Je ne t'en veux pas de ne pas m'en avoir parlé. La rassuré-je en la serrant contre moi, tout en jetant un coup d'œil à Damon qui sort de l'entrepôt.
Je quitte ma chère épouse, prenant deux Corona dans le frigo derrière le bar, et je sors à mon tour. Damon a rejoint nos motos, et comme je le pensais, il a quelque chose de très sérieux à me dire pour ne pas profiter de la fête de son anniversaire. Je le rejoins, le coeur, j'avoue un peu serré de comprendre que mon fils n'est pas bien. Je pensais que le fait d'être devenu ce qu'il voulait depuis si longtemps, le rendrait plus qu'heureux, mais je comprends dans son regard maussade posé sur ma Ducati qu'il accuse le poids de tout ceci, au lieu de le vivre.
_ Alors gamin ! Lancé-je après avoir pris une bonne respiration.
_ Tu n'as même pas bu un verre avec ton père pour tes vingt-six ans ! Continué-je en lui tendant sa bouteille de Corona.
_ Oh, désolé. S'excuse-t-il en prenant la bouteille de mes mains, et il fait un signe de tête à Farell qui vient de passer derrière nous.
_ Je suppose qu'il est au courant. Fais-je en m'appuyant contre ma Ducati.
Après tout, Farell est le confident de toutes nos familles respectives, mais pas des siens. Ce qui j'avoue, m'amuse quand Thérèsa débarque à la maison pour se plaindre qu'il a encore quitté la ville pour ses affaires. Mais je reviens vers mon fils, qui semble vraiment avoir du mal à me regarder.
_ Devrions-nous faire une course pour te détendre ? Lui demandé-je, et je passe ma langue sur mes lèvres, voyant qu'il soupire.
Tout le corps de Damon se crispe devant moi, alors que son regard est posé sur ma bécane, et j'inspire profondément, comprenant maintenant le souci mieux que personne. Je me décolle de ma bécane, et je commence à faire quelques pas en regardant les graffitis sur l'entrepôt où le "Speed Breaker" est celui qui ressort le plus.
_ Tu sais quand on m'a donné ce titre, j'étais plus que fier. Commencé-je.
_ Papa, je ne dis pas...
_ Laisse-moi achever. L'arrêté-je.
_ Mais ce n'est pas qu'un nom, un titre ou une fierté. C'est un truc colossal qu'on m'a imposé sur les épaules à chaque course. Avant de connaitre Alix, cela ne me faisait pas peur. Je ne vivais que pour la route, et ma moto. J'avoue que j'étais prétentieux.
Je souris, en voyant un rictus s'afficher sur le visage de mon fils.
_ Ouais, tu sais que je ne m'en cache pas. J'étais le maitre de la piste. Mais tu connais la suite et j'ai commencé à prendre des distances avec tout ceci. Je suis devenu un mari avec quatre enfants super. Souris-je en lui tapant sur l'épaule.
_ Et j'ai oublié tout le poids de ce que mon titre représentait. J'ai été fier quand tu m'as battu, parce que tu suivais mes traces. Mais même si tu n'as pas trouvé ton "Alix", tu sens déjà le poids de ma vie.
_ Je suis fier d'être le nouveau Speed Breaker. Finit-il par dire, mais le geste de sa main dans ses cheveux me prouve que je n'ai pas tort.
_ C'est mon rêve depuis le jour où je t'ai vu rouler la première fois. Continue-t-il en me regardant honnêtement, et je déglutis, sachant qu'il est vraiment en train de prendre des distances.
_ Mais c'est un titre lourd à porter. Confirmé-je.
_ Les courses, cela ne me pose pas de problème. Mais ce sont les autres.
_ Ils exigent de toi le meilleur, comme je l'ai fait.
_ Oui. J'ai l'impression que ce n'est pas moi qu'ils voient quand je roule. Avoue-t-il.
_ Ils veulent que je sois toi, alors que je ne suis que moi. Finit-il par dire, et je sais que la suite ne va pas me réjouir, mais je suis conscient qu'il prend la bonne décision.
Car en lui relayant mon titre, il doit se battre encore plus qu'il ne le faisait pour l'avoir. La folie des pistes n'a aucune pitié, et ils attendent tous qu'il soit comme moi ; un esprit libre.
Mais comment être libre, quand ma présence en elle-même lui fait de l'ombre ?
Alix
Les enfants disent aurevoir à Damon devant la maison, alors que Derek est appuyé contre le mur, et je sais que la décision de le laisser prendre son envol lui fait du mal. Mais il ne l'avouera pas, et certainement pas à moi. Mes yeux se remplissent déjà de larmes, rien que de les voir s'éviter ainsi depuis l'anniversaire de Damon. Ce soir-là, Derek a pris conscience du besoin de notre fils de prendre des distances avec lui et ce qu'il est. Jamais, nous n'aurions pensé que le poids du titre de son père le ferait prendre une telle décision. Mais il a pris la bonne décision, car je ne vois plus cet éclat intense dans son regard, comme je le vois toujours dans celui de son père. Il doit trouver sa propre force, et ne pas subir celle de son père où qu'il soit.
_ Maman.
_ Voilà, j'avais promis de ne pas pleurer. Fais-je en me mordant la lèvre, alors que Damon me prend dans ses bras.
_ Je t'appellerai.
_ J'y compte bien.
_ Promets-moi de bien t'occuper de toi. M'ordonne presque Damon et je lui souris en quittant ses bras.
_ Avec ton père derrière moi, je ne risque pas de m'oublier. Lui rétorqué-je amusée, et nous échangeons un rire complice en sachant qu'il est pire avec moi, qu'avec les enfants quand ils sont malades.
_ Vous pourriez être discrets quand vous parlez de moi. Nous fait Derek en nous rejoignant, et il porte son bras autour des épaules de son fils.
Je souris, me rendant compte que je vais devoir garder ce moment en mémoire jusqu'à ce qu'il nous revienne. Damon est devenu aussi grand que son père, et bien que ses cheveux aient noircis encore plus en grandissant, il a gardé l'éclat émeraude de son père dans son regard. On a du mal à dire qu'ils sont père et fils, alors qu'ils se tiennent là devant moi se promettant de prendre soin l'un comme l'autre d'eux. L'accolade de Derek à Damon, a raison de moi et je m'effondre en larmes comme une madeleine devant eux.
_ Maman.
_ Ma puce.
Me voilà entourée des quatre bras les plus forts et les plus rassurants que j'ai toujours eu à mes côtés depuis plus de dix-huit ans, et tout comme chaque parent se doit de le faire un jour ; nous laissons notre fils s'envoler. Derek et Damon montent sur leurs motos respectives, et comme convenu, ils démarrent ensemble en faisant un vacarme de tous les diables pour rejoindre la sortie de Brooklyn, où notre fils prendra la route de sa destinée loin de l'ombre de son père.
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