
Soeurs en cendres
Chapitre 3
Nos parents sont morts très tôt, et nous avons grandi en nous épaulant l'une l'autre. Clara était mon trésor le plus précieux ; sa moindre blessure me bouleversait pendant des jours.
Le comble de l'ironie, c'est que non seulement j'ai été aveugle pour moi-même, mais j'ai aussi présenté Julien à ma sœur, les poussant même au mariage !
Au final, nous avons offert nos cœurs sans la moindre réserve, nous avons porté ces nouvelles vies au prix de notre santé... pour découvrir que nous n'étions que des pions utilisés par ces deux salauds pour attiser les insécurités de Léa !
« Ha ha... »
Ma sœur a laissé échapper un rire amer, ses sanglots s'accélérant.
J'ai relevé la tête pour voir qu'elle fixait son téléphone.
C'était une photo.
Adrien, torse nu, une corde solidement attachée autour de sa taille musclée.
Léa, blottie dans ses bras, qu'il protégeait en la déposant au sol, tandis que Julien, en uniforme de police, accourait vers eux.
Ce moment, figé dans le temps, racontait toute une histoire à lui seul.
Léa, entre eux deux, comme une princesse perpétuellement protégée par ses chevaliers servants, quels que soient les dangers.
Elle venait de publier ça sur son insta.
Avec une légende terriblement suggestive : « Si on me donnait une deuxième chance... comment choisir entre mon beau pompier et mon séduisant policier ? »
La section commentaires bouillonnait déjà.
« Moi, je les prendrais tous les deux ! »
« Mon Dieu, épargnez-moi cette fin tragique, cette simple légende me permet déjà d'imaginer tout un drame ! »
« Je veux voir ces trois-là mariés dans les cinq minutes ! »
J'ai souri amèrement, le cœur en miettes.
Car le pendentif avec l'alliance que Léa portait au cou sur la photo et les alliances d'Adrien et de Julien formaient visiblement des ensembles assortis homme-femme.
« Je croyais que nos quatre alliances identiques le jour du mariage symbolisaient une amitié sincère. »
« Mais en fait, les nôtres étaient aussi des modèles pour homme. »
« Sophie, tu te rends compte à quel point c'est absurde ? »
Les larmes de Clara ruisselaient à nouveau, sa voix vacillait de chagrin.
Je me suis redressée avec difficulté pour lui prendre son téléphone.
Puis, comme quand nous étions gamines, je me suis allongée près d'elle, lui caressant doucement le dos. « Allez, n'y pensons plus. L'essentiel est que tu te rétablisses. Mieux vaut tourner la page maintenant que de se brûler toute une vie dans cet enfer. »
Mais plus je parlais, plus ma gorge se serrait.
Pourquoi devions-nous endurer ça ?
Avant nos mariages, ni ma sœur ni moi ne connaissions l'existence de Léa, et pourtant c'est nous qui devions subir cette souffrance atroce, devenir de simples figurantes dans leur petit jeu pervers !
Le plus ironique, c'est qu'Adrien m'avait aussi bloquée.
« Sophie, qu'est-ce qu'on a de si repoussant, à ton avis ? »
« Ils nous fuient comme la peste. »
Après quelques jours de convalescence, ma sœur avait repris un peu de forces, s'auto-raillant tandis que les larmes perlaient au coin de ses yeux.
« T'inquiète pas, je vais trouver une solution, et on se cassera d'ici. »
« On vivra comme on l'entend, sans mecs, et plus jamais de gosses... »
J'ai caressé ses cheveux, le cœur lourd et la gorge nouée.
Après mûre réflexion, engager un avocat pour lancer une procédure de divorce semblait la solution la plus efficace. Ainsi, Adrien et Julien comprendraient que Clara et moi étions vraiment déterminées.
Et non pas simplement « capricieuses » comme ils nous en accusaient.
Mais...
« Mademoiselle, je ne peux pas accepter votre dossier ! »
« Quelles ordures vous avez épousés ! Incapables d'aligner deux mots corrects. Dès qu'ils ont su que vous étiez mes clientes, ils sont devenus fous furieux et ont démoli une chaise ! »
« Et ce sont des fonctionnaires ? Ce sont des voyous ! Des sauvages ! »
« Je vous ai remboursé les honoraires, mais je ne peux pas vous défendre ! »
L'avocat, après avoir craché sa colère, a raccroché brutalement.
Instantanément, mon portable a sonné.
C'était Adrien qui m'avait sortie de sa liste noire : « Sophie, tu peux pas te comporter normalement ? Tu comprends pas pourquoi je t'avais bloquée ? »
« Si toutes les femmes du monde étaient aussi jalouses que vous deux, elles feraient mieux de toutes crever ! »
« Et vous avez le culot d'envoyer un avocat foutre le bordel sur nos lieux de travail, à Julien et moi ! »
« On a vraiment dû être maudits dans une vie antérieure pour avoir épousé des femmes comme vous ! »
Toujours ces insultes humiliantes.
J'étais si furieuse que j'ai failli me briser les dents, mais étrangement, un rire m'a échappé. « Ha... »
Alors, le « rire de rage » existait vraiment.
En m'entendant, Adrien s'est encore plus emporté : « Qu'est-ce qui te fait marrer ! Te figure pas qu'à cause de ta grossesse, je n'oserais pas divorcer ! »
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