
Ses mains, sa trahison, son empire
Chapitre 3
Le dîner de répétition avait lieu dans un restaurant chic du Marais. L'air vibrait des rires et du tintement des coupes de champagne.
Clara avait l'impression de regarder le film de la vie de quelqu'un d'autre. Ses mains, encore légèrement bandées, reposaient sur ses genoux. Elle portait des manches longues pour les cacher.
Chloé était là.
Elle était assise à côté de Maxime, bien sûr. Elle portait une robe rouge qui criait pour attirer l'attention. Chaque fois qu'elle riait, elle touchait le bras de Maxime, un geste désinvolte et possessif qui nouait l'estomac de Clara.
Une amie de la famille de Maxime, une femme aux yeux bienveillants, se pencha vers Clara. « J'ai été si désolée d'apprendre votre accident, ma chère. Comment vont vos mains ? »
Avant que Clara ne puisse répondre, Chloé prit la parole, sa voix empreinte d'une sympathie de comédienne. « C'est entièrement de ma faute. Je me sens tellement mal. Je n'arrête pas de le dire à Maxime, je ne sais pas comment je pourrai un jour me le pardonner. »
Maxime passa son bras autour des épaules de Chloé. « Ce n'était pas ta faute, Chloé. C'était un accident. »
Clara ouvrit la bouche pour parler, pour dire que ce n'était pas juste un accident, que les protocoles avaient été ignorés, que quelque chose clochait. « Le produit qu'elle a utilisé... »
« Clara, s'il te plaît », la coupa Maxime, sa voix basse mais ferme. « On ne va pas faire ça ici. » Il lui parlait comme si elle était une enfant faisant un caprice.
Chloé regarda Clara, les yeux remplis de larmes. « Je me demande juste... parfois, quand une future mariée est très stressée... elle peut s'auto-saboter, vous savez ? Inconsciemment. Pour se défiler. »
L'insinuation flottait dans l'air, laide et venimeuse. Que Clara s'était blessée elle-même. Pour attirer l'attention. Pour saboter le mariage.
Clara la dévisagea, sans voix.
« Chloé, arrête », dit Maxime, mais il n'y avait aucune chaleur dans sa voix. Il se tourna vers Clara, et son visage était un masque de déception. « Ça suffit. Regarde ce que tu lui fais. »
Il protégeait Chloé. Il la faisait honte. Devant tous ces gens qui étaient censés devenir sa famille.
Il fit alors quelque chose qui la brisa.
Il prit sa serviette en lin et tamponna doucement le coin de l'œil de Chloé, essuyant une unique et parfaite larme. C'était un geste intime. Un geste qu'il lui réservait autrefois quand elle était triste.
La pièce disparut. Le bruit s'estompa en un rugissement sourd.
Clara se leva. Sa chaise racla le sol.
« Excusez-moi », dit-elle, sa voix fine et cassante. « Je ne me sens pas bien. »
Elle s'éloigna de la table, le dos droit. Elle pouvait sentir tous les yeux sur elle. Elle pouvait sentir le regard furieux de Maxime.
Elle ne se retourna pas.
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