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Couverture du roman Servie des rogatons par mon cruel mari

Servie des rogatons par mon cruel mari

Autrefois à la tête d'un empire pharmaceutique, je suis devenue l'esclave de mon mari, Damien. Pour protéger mon fils Léo, je simule la folie et subis les humiliations de sa maîtresse, Candice. Ils ont tué mon père et volé mes biens, me forçant à manger leurs restes. Mais quand ils s'attaquent à ma maison d'enfance, ma patience s'éteint. Munie des preuves de leurs crimes, je m'enfuis avec mon enfant pour détruire leur vie et récupérer tout ce qu'ils m'ont arraché.
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Chapitre 2

Mon estomac se contracta, menaçant de se révolter. Je forçai la dernière bouchée à descendre, la texture cendreuse dans ma bouche. Ma gorge brûlait. Je luttais contre l'envie de vomir, je luttais de toutes mes forces. C'était le jeu. Et je devais gagner.

J'adressai un faible sourire de gratitude à Damien. Une performance parfaite de soumission. Mes yeux, cependant, gardaient une résolution froide qu'il ne pouvait pas voir.

Candice vacilla légèrement, sa main volant à sa bouche. Ses yeux, horrifiés, faisaient la navette entre Damien et moi. Elle avait l'air sur le point d'être malade elle-même. L'ironie ne m'échappait pas.

Je me souvenais d'une époque où je ne supportais pas le moindre grain de poussière sur mes vêtements, la moindre trace sur mon argenterie. Mon ancien moi, celle qui dirigeait méticuleusement son empire pharmaceutique, qui exigeait la perfection dans chaque aspect de sa vie. Cette Cassandre-là aurait ri à l'idée de manger des ordures. Elle aurait viré Damien, puis son chef de cabinet pour avoir osé le suggérer.

Mon père avait été si fier de moi ce jour-là, le jour où j'avais annoncé mon divorce d'avec Damien. Il avait vu le feu dans mes yeux, l'acier dans ma colonne vertébrale. Il savait que je ne tolérerais pas l'infidélité, ni dans un couple, ni dans les affaires. Il avait applaudi ma force.

Cette force, pourtant, fut rapidement retournée contre moi. Ce que j'ignorais, c'est que Damien et Candice complotaient déjà. Pendant que je reconstruisais ma vie, ils empoisonnaient le traitement cardiaque de mon père, le regardant s'éteindre à petit feu, avant de célébrer sa mort "accidentelle". Mes soupçons, mon deuil, ma rage – tout fut transformé en symptômes d'instabilité mentale.

Ils avaient frappé vite. Quelques semaines après la mort de mon père, Damien, ayant obtenu ma tutelle, avait pris le contrôle des Laboratoires Mathis. L'héritage familial, bâti sur des générations, était désormais le leur. Leurs noms s'étalaient à la une de tous les journaux. Pendant ce temps, j'étais enfermée, sédatée, étiquetée "mentalement instable".

Ma rage, telle une braise ardente, avait éclaté une fois. J'avais confronté Damien, hurlant, l'accusant du meurtre de mon père. J'avais même essayé de le pousser, une tentative de vengeance désespérée et maladroite. C'était toute la preuve dont ils avaient besoin. La "crise". Le "danger". Le dernier clou de mon cercueil.

Ils avaient utilisé mon amour pour mon fils, Léo, contre moi.

— Vous êtes un danger pour lui, Cassandre. Vous êtes malade.

Le Dr Hélène Mercier, la psychiatre astucieuse qu'ils avaient engagée, avait rapidement été charmée par les mensonges de Damien et les larmes de crocodile de Candice. J'avais été internée.

Pendant des mois, ils avaient mené la grande vie, se prélassant dans leur gloire volée, leur fortune usurpée. Ils pensaient avoir gagné. Mais ils n'avaient pas vu le feu qui couvait derrière mes yeux de fantôme.

Un doux gémissement me ramena au présent. Léo. Il pleurait depuis la chambre d'enfant. Mon cœur se serra. Je m'approchai, les jambes lourdes, chaque pas un effort conscient. Je le soulevai, berçant son petit corps chaud contre ma poitrine. Ses pleurs s'adoucirent en gazouillis. Il se blottit contre moi, son poids innocent agissant comme un baume, une raison de vivre.

Candice se tenait dans l'encadrement de la porte, nous observant. Il y avait quelque chose de non-dit dans son regard, quelque chose de presque suppliant. Elle ouvrit la bouche, puis la referma.

J'évitai son regard, me détournant pour emmener Léo dans sa chambre. Je l'entendis soupirer, un son doux et vaincu.

Une raie de lumière sous la porte. C'était Damien. Il avait suivi Candice. Il se moquait d'elle, je le savais.

— Ne t'inquiète pas, Candice, dit-il d'une voix basse et moqueuse. Elle va nettoyer. Elle le fait toujours.

Il lui tendit une bouteille de nettoyant industriel.

— Tiens. Tu as l'air d'en avoir besoin.

Candice prit la bouteille, les doigts tremblants. Elle ne me regarda pas, mais ses yeux trahissaient une nouvelle forme de peur.

— Merci, chuchota-t-elle à peine audible.

Le regard de Damien s'attarda sur moi, un ordre silencieux. Je compris. Le nettoyage. Le rituel. La pénitence pour avoir osé exister.

Je fermai doucement la porte de la chambre. Léo dormait paisiblement maintenant. Mon petit guerrier. Je marchai vers la salle de bain, l'odeur chimique forte du nettoyant saturant déjà l'air. Mes mains étaient encore à vif du récurage forcé d'hier. Ma peau pelait, de minuscules coupures sillonnaient mes paumes.

Je versai le liquide agressif sur le sol, les vapeurs piquant mon nez, mes yeux. Je m'agenouillai, plongeant mes mains nues dans la solution brûlante. La douleur fut immédiate, fulgurante. Ma peau hurlait. Je ravalai un cri, une plainte. Je ne leur donnerais pas cette satisfaction. La morsure acide rongeait ma chair, chaque frottement une punition. Mes mains n'étaient plus qu'un amas de chair rouge et sanguinolente.

— Ça suffit, Cassandre.

La voix de Damien, dénuée d'émotion, brisa le silence.

— Tu as fini.

Je me relevai, le corps raide, les mains lancinantes. J'enfilai rapidement une chemise propre et trop grande, mes mouvements maladroits. Mes mains étaient en feu. Damien m'attendait.

— Cassandre, tu as l'air terrible, dit-il, la voix empreinte d'une fausse inquiétude. Tu devrais peut-être essayer d'être moins... dramatique. Ça ne fait que compliquer les choses pour toi.

Il marqua une pause, une lueur prédatrice dans les yeux.

— Tu sais, si tu te contentais d'obéir, rien de tout cela n'arriverait.

Obéir. Le mot flottait dans l'air, lourd de menaces inexprimées. Obéir, et peut-être que je ne retournerais pas à l'asile. Obéir, et peut-être que je pourrais voir mon fils.

Je me souvenais de Damien. L'homme qui m'avait séduite, son charisme aveuglant. Il était le jeune talent ambitieux et brillant que j'avais embauché, celui qui voyait ma vision, qui comprenait ma motivation. Il avait juré aimer mon ambition, juré d'être toujours mon roc, mon partenaire. "Pour toujours, Cassandre. Avec toi, c'est pour toujours." Ses mots résonnaient maintenant comme une blague cruelle.

Damien s'agita avec impatience.

— Cassandre, tu m'écoutes au moins ?

J'opinais du chef, forçant un sourire vide.

— Bien sûr, Damien. Je comprends.

J'essayai de passer devant lui, vers la chambre d'enfant, poussée par un besoin instinctif de vérifier que Léo allait bien.

Mais Damien me barra la route, sa main sur mon bras. Sa prise était étonnamment douce, mais ferme.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé, Cassandre ? Sa voix était basse, presque un murmure. Tu étais si vibrante, avant.

Il semblait sincèrement perplexe, peut-être même blessé.

Mon cœur se ratatina dans ma poitrine. Ce qui m'est arrivé ? C'est toi, Damien. Toi et ta petite sorcière intrigante. Vous m'avez brisée, morceau par morceau, dans une agonie lente. Vous m'avez fait regarder mon père mourir, vous avez volé mon entreprise et m'avez marquée au fer rouge de la folie. Vous m'avez fait traverser l'enfer, m'avez dépouillée de ma dignité, et maintenant tu me demandes ce qui s'est passé ?

Je me souvenais de notre mariage. Le soleil brillant sur l'océan, le parfum des roses fraîches, sa main dans la mienne. Ses vœux, chuchotés à mon oreille : "Je promets de te chérir, de t'honorer, de rester à tes côtés, toujours." Et je l'avais cru. Si totalement.

Le visage de Damien était proche maintenant, ses yeux scrutant les miens.

— L'ancienne Cassandre me manque, murmura-t-il. Celle qui étincelait.

Il se pencha, comme pour m'embrasser.

Je tressaillis, mon corps reculant instinctivement. Ses lèvres effleurèrent ma joue, froides et insensibles.

— Pourquoi me repousses-tu, Cassandre ?

Sa voix était teintée de quelque chose que j'aurais presque pu prendre pour de la douleur.

— Tu ne te souviens pas de nous ?

Je me souvenais de tout. Chaque mensonge, chaque trahison, chaque mouvement calculé. Et je me souvenais de la vraie Cassandre. Celle qu'ils croyaient avoir enterrée. Elle était toujours là. Elle observait. Elle attendait. Et elle allait réduire leur monde en cendres.

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