
Séduction interdite
Chapitre 2
Je traversai une rue bordée de petits cafés où les gens semblaient s'être réunis pour éviter cette chaleur implacable. Leur curiosité me déstabilisait un peu, mais je continuai à marcher, cherchant désespérément mon hôtel. Enfin, si on pouvait appeler ça un "hôtel". Quand je suis tombée sur cette bicoque à l'enseigne à moitié délabrée qui pendait au-dessus de l'entrée, je savais que j'allais regretter de ne pas avoir pris plus de temps pour réserver un autre endroit.
Le nom, "La Sans Inn", ne me disait rien de bon. Les lettres du panneau étaient rouillées, prêtes à tomber, et l'ensemble avait l'air d'avoir été oublié depuis des décennies. J'étais fatiguée, la chaleur m'écrasait et, franchement, j'étais au bout de ma patience. Avec un soupir, je poussai la porte pour entrer.
La réception était aussi accueillante qu'une cellule de prison. Derrière le comptoir, une femme au visage sévère me dévisageait, visiblement agacée que quelqu'un ose la déranger. Ses yeux noirs perçants semblaient chercher une raison de me rejeter. Son air renfrogné ne me rassurait pas du tout. Avec un sourire crispé, elle m'enregistra sans un mot de plus. Sa mauvaise humeur n'avait d'égale que la décrépitude du lieu.
Ma chambre était à l'image de tout le reste. Une véritable catastrophe. Les tapisseries semblaient dater de l'époque des dinosaures, tachées et effilochées par endroits. Un climatiseur poussif pendait sous la fenêtre, et après quelques tentatives infructueuses pour l'allumer, je me résignai à accepter que je passerai la nuit dans un four. L'idée de passer une nuit ici me dégoûtait déjà. Les draps démodés et suspects ne m'inspiraient aucune confiance, et la moquette... Je n'avais même pas envie d'y poser le pied. C'était pire que ce que j'avais imaginé.
Mais je n'étais pas venue ici pour me plaindre du confort de l'hôtel. J'étais là pour retrouver mon frère, et chaque minute passée dans cette chambre me rappelait que je devais agir rapidement. En jetant un œil à la pile de dépliants que j'avais avec moi, je su que je devais me bouger avant que le soleil ne se couche. Endrick avait disparu depuis plus de trois semaines.
Le visage souriant d'Endrick me regardait depuis les dépliants. Trois semaines sans nouvelles. Il avait disparu sans laisser de trace. Chaque mercredi et dimanche soir, il m'appelait sans faute. C'était une habitude, une routine que nous avions établie après la mort de notre père. Cela faisait partie de nos règles de sécurité, un filet qui nous assurait que l'autre allait bien. Mais cette fois, le téléphone était resté muet, et je savais, au fond de moi, que quelque chose clochait.
J'avais tout essayé. La police de New York m'avait gentiment envoyée balader, et San Diego... Je savais déjà que je n'aurais pas plus de succès ici. Alors je devais me débrouiller seule. Et même si ça paraissait désespéré, distribuer ces fichus tracts était tout ce que j'avais. J'allais retrouver mon frère, coûte que coûte.
Sans perdre une minute de plus, je sortis dans la rue, dépliant en main.
Mon premier instinct fut de m'adresser à un homme qui semblait approcher les soixante ans, un air fatigué sur son visage. Il marchait lentement sur le trottoir près de l'hôtel.
"Excusez-moi, señor, vous n'auriez pas vu cet homme par hasard?"
Je lui montrai une photo d'Endrick, espérant qu'il ait une lueur de reconnaissance, mais je sentais déjà le poids de l'échec peser sur mes épaules. Mes tentatives pour mémoriser quelques phrases en espagnol s'effondraient face à la panique. Finalement, j'espérais qu'il parlerait anglais, car mes compétences linguistiques étaient franchement pathétiques.
L'homme fronça les sourcils en scrutant la photo, réfléchissant pendant un moment. Mais son expression resta vide. Pas la moindre étincelle de reconnaissance.
"Non, señorita, désolé," me répondit-il d'un ton neutre avant de s'éloigner, indifférent.
Chaque rencontre renforçait l'évidence que je courais après un fantôme. À chaque coin de rue, c'était la même histoire, les mêmes réponses polies mais désintéressées, et je sentais peu à peu l'espoir se dérober sous mes pieds.
Je marchai quelques blocs de plus en essayant de ne pas céder au découragement, mes yeux rivés sur une ruelle où l'activité semblait plus dense. Contrairement aux grandes avenues désertes, cette rue débordait de vie, surtout autour d'un café qui résonnait de conversations animées. Prenant mon courage à deux mains, je me dirigeai vers l'établissement, mon cœur battant la chamade à l'idée de déranger tous ces gens tranquilles pour leur poser la même question désespérée.
Les tables étaient presque toutes occupées par des hommes, un détail qui ne me rassurait pas. Je pouvais déjà sentir la chaleur monter en moi, mes joues brûlantes trahissant mon malaise. Tout en évitant de croiser les regards, je m'avançai parmi les tables, sentant les yeux des clients se poser sur moi comme des projecteurs. Je n'étais décidément pas taillée pour ce genre de mission.
Une serveuse au visage dur et au regard impatient s'approcha de moi. Elle mâchait bruyamment un chewing-gum, visiblement agacée.
"¿Qué necesitas?" me lança-t-elle avec un ton qui laissait clairement entendre qu'elle n'avait pas envie de perdre son temps.
"Je... euh... je cherche mon frère. Est-ce que vous auriez vu cet homme?" bafouillai-je en lui tendant la photo.
Sans un mot, elle arracha l'image de mes mains, mâchant de plus belle, puis elle leva le bras et cria quelque chose en espagnol à l'attention des clients.
Tous jetèrent un coup d'œil rapide vers elle, puis retournèrent à leurs discussions, sauf un homme assis à quelques tables de moi. Son regard s'attarda un peu trop longtemps sur moi, et je sentis immédiatement mon corps se tendre. Il était bien habillé, un café à la main, mais ce qui me troubla, c'était l'intensité de son regard. Ses yeux sombres parcouraient mon corps, avec une lenteur calculée, comme s'il essayait de lire en moi.
Je ne pouvais pas détourner les yeux, hypnotisée par l'aura étrange qui émanait de lui. Ses cheveux noirs soigneusement coiffés, sa mâchoire carrée et sa tenue impeccable lui donnaient un air à la fois séduisant et intimidant. Mais quelque chose en lui me mettait mal à l'aise. Sous cette façade de charme, il dégageait une impression de danger palpable.
Il murmura quelque chose à son ami en face de lui, mais son regard resta fixé sur moi. Il semblait prendre un plaisir presque malsain à me rendre mal à l'aise. Mon estomac se noua, et j'avais du mal à respirer sous la pression de son attention perçante.
Alors que je commençais à me demander s'il avait quelque chose à voir avec la disparition d'Endrick, la voix stridente de la serveuse me tira brusquement de mes pensées.
"Señorita!" Elle me colla le dépliant contre la poitrine, un air agacé sur le visage. "Personne ne l'a vu."
Avec un soupir exaspéré, elle tourna les talons, me laissant seule au milieu du café, le dépliant toujours en main. Je me sentais exposée, comme si tous les regards étaient tournés vers moi, surtout celui de cet homme. Sa présence pesait sur moi comme une menace silencieuse.
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