
Sceaux
Chapitre 3
Nuit troisième
La terreur 1
Elena s’en souvenait comme si c’était hier. Elle avait passé la soirée avec des amies, comme il lui arrivait de le faire depuis qu’elle avait fêté ses dix-sept ans et que sa mère l’y autorisait.
Il devait être deux heures du matin, quand elle s’était décidée à rentrer. Dès qu’elle avait franchi le seuil de la porte de la maison, elle eut un drôle de pressentiment. Une espèce de malaise pesant pour ne pas dire autre chose.
Elle appela sa mère, mais cette dernière ne répondit pas. C’était étrange. De nature inquiète, celle-ci ne serait pas montée dormir avant son retour.
La lumière de la télé se réverbérait sur le mur du couloir. Sans attendre la jeune fille se rendit au salon, pour vérifier si elle ne s’était pas assoupie devant une de ces émissions tardives.
En poussant la porte vitrée, les yeux d’Elena s’exorbitèrent et des larmes se figèrent au bord de ses paupières.
Sa gorge se serra violemment et pas un bruit ne put en sortir. Son corps lui, était encré lourdement dans la pièce, mais son esprit s’en était comme échappé.
Dans la pénombre, elle fixait sa mère étendue au sol, baignant dans une toute petite flaque de sang, les yeux révulsés. Sa peau était jaspée de veines sombres et quelque chose d’irréel semblait se produire.
_ Tu arrives juste à temps, petite, susurra une voix à son oreille, pendant qu’elle restait figée. J’avais encore une petite faim…
Une larme coula sur sa joue, tandis que du coin de l’œil, elle aperçut des crocs scintillants et acérés s’approcher doucement d’elle.
Elle n’oubliera jamais la terreur qui l’avait parcouru à cet instant. Ces canines froides qui se frayaient un chemin dans son cou, avant de commencer à aspirer sa liqueur vitale. Elena se sentait pareil au gibier que l’on saigne tandis qu’il se débattait dans son impuissance.
Au moment où sa vision commençait à se troubler, un homme poussa la porte fenêtre déjà ouverte de son salon et y fit irruption.
La créature à l’apparence humaine qui la retenait prisonnière, la lâcha soudainement, pour fuir.
A bout de force, la jeune fille se laissa tomber lourdement sur les genoux.
Le nouveau venu rattrapa son agresseur à une vitesse presque imperceptible pour son œil d’humaine, et le propulsa violemment au sol.
_ J’ai été discret ! Se défendit le meurtrier de sa mère, pris de panique. Je n’ai pas fait de grabuge. Alors que me reproches-tu ?
Elena se sentait défaillir, le peu de sang qui restait en elle, la brulait comme de la lave. Si elle n’avait pas été paralysée, elle aurait hurlé à ne plus pouvoir.
Et ces types qui restaient là à discuter de choses qui la dépassaient.
Qui étaient-ils ?! Qu’est-ce que tout cela voulait dire ?
Alors qu’elle n’avait pas fini de se poser la question, l’inconnu se saisit de la tête de la créature et l’explosa conte le sol.
Cette chose se mua aussitôt en un épais liquide nauséabond. Après s’être approché de sa mère, il lui fit subir le même sort.
Elena que l’effroi venait de saisir, trouva au fond d’elle, la force de hurler.
Elle cria tout son désespoir, et les larmes qui s’étaient figées juste avant, se mirent à inonder ses joues.
Surprit de la voir aussi vivace après ce qu’elle venait de subir, l’inconnu la scruta avant de s’approcher.
Le visage de cet homme était maintenant face à celui d’Elena, et son regard d’un bleu glacial la fit frissonner malgré la chaleur intense qui consumait ses veines.
Elle le sentait en son for intérieur, ce type allait lui faire subir la même chose…
_ Il ne te reste plus beaucoup de temps, fit-il en passant ses doigts froids sur les deux petites plaies qu’avaient fait les crocs de son agresseur. D’ici peu, tu vas finir par te transformer en une créature hideuse, et loin de te souvenir de ta vie passée, tu vas t’attaquer à tes semblables. C’est ce que tu veux ?
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