
Sa reine de la mafia, mon cœur de substitution
Chapitre 3
Point de vue de Juliette :
Ange était ivre. Pas complètement saoul, mais ses contours étaient adoucis, son masque de contrôle glissait. Il a levé son verre de whisky, le liquide ambré captant la lumière du lustre.
« À Camille », a-t-il dit, sa voix portant à travers la table silencieuse. Ses yeux étaient fixés sur elle, brûlant d'une adoration brute et sans fard qui a réduit la pièce au silence. « La femme la plus brillante et la plus captivante que j'aie jamais connue. La famille a de la chance de l'avoir. J'ai de la chance de l'avoir. »
Les mots m'ont frappée avec la force d'un coup physique. Une douleur vive et brûlante a irradié de ma poitrine, si intense qu'elle m'a fait haleter. Il ne portait pas seulement un toast à sa cousine, sa Consigliere. Il faisait une déclaration. Une humiliation publique.
À ce moment-là, sous le poids d'une douzaine de paires d'yeux, j'ai su. Ce n'était pas seulement qu'il ne m'aimait pas. Il ne me voyait même pas. J'étais un fantôme à sa table.
Je me suis excusée discrètement, mes mouvements raides et robotiques. J'ai marché jusqu'aux toilettes, le son de mon propre sang rugissant dans mes oreilles. J'ai fixé mon reflet dans le miroir orné. La femme qui me regardait était une étrangère – pâle, avec des yeux hantés et une bouche aux lèvres serrées. Voilà ce que son amour avait fait de moi.
J'étais sur le point de me détourner quand j'ai entendu leurs voix depuis le couloir, basses et urgentes. Ange et Camille.
« Tu ne peux pas dire des choses comme ça devant elle, Ange », siffla Camille. « Devant tout le monde. C'est cruel. »
« C'est la vérité », a-t-il dit, sa voix légèrement pâteuse. « Tu sais pourquoi je l'ai épousée, Hélène. Je te l'ai dit. »
Mon souffle s'est coincé dans ma gorge. J'ai pressé mon oreille contre le bois frais de la porte.
« Tu as dit que tu la trouvais intéressante. Tu n'as pas dit que tu l'utilisais comme ma doublure », a-t-elle rétorqué, sa voix empreinte de dégoût. « Ce n'est pas seulement cruel, c'est… tordu. C'est une violation de l'honneur de la famille. »
« C'était le seul moyen de te garder près de moi ! » Sa voix était un plaidoyer brut. « Après que tu aies choisi les affaires plutôt que nous… la voir, quelqu'un qui te ressemblait tellement à l'époque… c'était une façon d'avoir un morceau de toi. Et elle est faible. Elle m'adore. Elle ne partirait jamais, surtout pas maintenant qu'elle est enceinte. »
Mon estomac s'est retourné violemment.
« Et le bébé ? » demanda Camille, sa voix à peine un murmure.
« Le bébé sera parfait », dit Ange, et la conviction glaçante dans son ton m'a rendue malade. « Une fille. On l'appellera Hélène. Elle aura le visage de Juliette, mais elle sera mon Hélène. Mon héritage. Un mélange parfait de toi et moi. »
J'ai reculé de la porte, un son étranglé s'échappant de mes lèvres. La bile est montée dans ma gorge, et j'ai à peine atteint les toilettes avant de vomir, mon corps convulsant sous le rejet violent de son poison. Il ne voulait pas d'un enfant. Il voulait un projet d'élevage. Il voulait créer une poupée vivante à partir de mon corps et la nommer d'après son obsession.
J'ai tiré la chasse d'eau, le son anormalement fort dans la maison silencieuse. Je me suis rincé la bouche, fixant mon reflet aux yeux creux. La douleur avait disparu. Le choc avait disparu. À leur place, il y avait un vœu, silencieux et absolu, qui résonnait dans les espaces vides de mon âme.
Je vais réduire ton monde entier en cendres, Ange Rinaldi.
Son arrogance, sa confiance suprême que j'étais une imbécile faible et adoratrice – c'était ma clé. C'était ma voie de sortie. Il ne me verrait jamais venir.
Je suis retournée dans la salle à manger, mon sang-froid un masque parfait et glacial. Je me suis assise et j'ai bu une gorgée d'eau, ignorant le regard inquiet que Camille m'a lancé.
Plus tard cette nuit-là, de retour dans notre appartement silencieux, je me suis assise devant mon ordinateur portable. D'une main sûre, j'ai réservé un aller simple pour Avignon, départ dans trois semaines. J'ai cherché des appartements dans un endroit appelé le Luberon. Ça avait l'air vert et calme. Ça ressemblait à un endroit où un fantôme pourrait disparaître.
Mon téléphone a sonné. C'était Camille.
« Juliette ? Ça va ? Je voulais parler de… »
« Je vais bien », l'ai-je coupée, ma voix froide. « Juste fatiguée. »
« Je passe chez ton père demain pour présenter mes condoléances avant de partir pour Genève. J'aimerais te voir », a-t-elle dit doucement.
Une partie de moi voulait lui crier dessus, la blâmer. Mais elle n'était pas l'architecte de cette douleur. Elle n'était que la muse. « D'accord. Demain. »
Ange est entré dans la pièce. « C'était qui ? »
« Camille. Elle veut qu'on se voie demain chez mon père. »
Ses yeux se sont illuminés de cette faim familière et possessive. « Je viendrai avec toi », a-t-il dit immédiatement. Ce n'était pas une demande. C'était un ordre. Une autre occasion pour lui d'être près d'elle.
« D'accord », ai-je dit, ma voix ne trahissant rien.
Il était maintenant un pion dans mon jeu. Et il était entièrement, béatement inconscient que je jouais. Chacun de ses mouvements pour se rapprocher d'elle était un pas qui me poussait davantage vers ma liberté. Il n'était plus mon mari. Il n'était qu'un obstacle.
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