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Couverture du roman REVENGE PORN

REVENGE PORN

Nathalie Koah, originaire de Yaoundé, voit son destin basculer lors de sa rencontre avec l'icône du football Samuel Eto'o. Leur liaison secrète dure sept ans, mêlant luxe et passion, avant de sombrer dans la jalousie et les excès. Suite à leur rupture, la star diffuse des clichés intimes de la jeune femme sur le web. Face à cet affront, cette Africaine moderne refuse de se taire. Elle dénonce un assassinat social et porte l'affaire devant la justice parisienne pour obtenir réparation.
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Chapitre 1

Mes six ans et quelques mois d’amours clandestines avec Samuel Eto'o m’ont ouvert les portes d’une vie de confort et de luxe. Voyages en jets, suites présidentielles, shopping illimité... On pourra me juger futile, vénale ou cupide. Mais ces temps de faste n’effaceront pas une enfance de dénuement. Je suis née au Cameroun, en 1987 à la clinique Sende de Yaoundé. Jusqu’à mes trois ans, j’ai vécu à Kribi, une ville côtière du Sud du pays aux plages paradisiaques, avant de revenir dans la capitale. Ma mère, Marie-Jeanne, était femme au foyer et mon père, Félix, homme d’affaires. Je suis l’aînée de leurs quatre enfants. Mon père était un Bassa, une ethnie bantoue originaire d’Égypte ancienne, où les croyances en la sorcellerie et les forces occultes restent très fortes. Nous étions une famille modeste, comme le Cameroun en connaît des centaines de milliers. Mais chez nous, ce statut ne revêt pas la même réalité qu’en France: nous avions un toit, et de quoi manger à notre faim. Rien de plus. Nous ne pouvions prétendre ni aux loisirs ni aux vacances. Pas de quoi me plaindre. En Afrique, la subsistance n’est pas le point de départ d’une vie heureuse. Elle en est souvent l’accomplissement. J’étais une enfant timide, réservée, et une très bonne élève. À l’école élémentaire, j’enchaînais félicitations et tableaux d’honneur. Le week-end, mes parents me confiaient à ma marraine, Hélène, qui vivait dans la banlieue de Yaoundé. C’était une très belle femme, indépendante, dotée d’une personnalité forte. Un soir, alors que je dormais chez elle, j’ai été réveillée par des bruits dans la maison. C’était la police. L’ex-compagnon d’Hélène, un homme jaloux qu’elle venait de quitter, l’avait tuée par balle dans son sommeil. Au Cameroun, l’indépendance et la liberté d’esprit peuvent coûter la vie aux femmes. Ce premier traumatisme n’en est pas vraiment un, car je n’ai gardé que peu de souvenirs de ma marraine et de cette nuit tragique. Mais je crois avoir hérité d’une bonne partie de son caractère. Et des ennuis qui vont avec. Je n’ai jamais vraiment su dans quelles affaires baignait mon père. Je sais simplement qu’il avait des activités liées aux marchés publics. Alors que je venais de fêter mes cinq ans, il a été arrêté par la police et placé en détention. Il est resté en prison pendant un an. Aujourd’hui encore, j’ignore la nature précise de ce qu’on lui a reproché. Du jour au lendemain, nous n’avions plus assez d’argent pour nous loger. Nous sommes partis vivre chez ma grand-mère à Obala, un village situé à une cinquantaine de kilomètres de Yaoundé. Ce déménagement forcé et les mois qui ont suivi constituent une période sombre de mon enfance. Ma timidité s’est transformée en une solitude noire. Je m’enfermais des heures durant dans la chambre de ma grand-mère. Je me souviens des remontrances de ma mère après qu’elle m’a surprise en train de déchirer des draps avec un couteau. J’avais en moi une colère que personne ne s’expliquait, et que je n’arrivais pas à extérioriser autrement que par la violence. Un an plus tard, mon père est sorti de prison. Il n’avait plus de travail. Nous sommes allés vivre chez un ami de mes parents dans une grande maison d’Efoulan, un quartier pavillonnaire plutôt chic de la capitale. Vivre au milieu d’une famille de nouveau réunie a vite fait d’apaiser mes angoisses naissantes. Malgré ses efforts, mon père n’a pas tout de suite réussi à retrouver un emploi stable. Son oisiveté a fini par le rendre susceptible et colérique envers ma mère. Leurs disputes se faisaient chaque jour plus intenses. Mes frères et moi étions épargnés par les cris, mais nous en étions les témoins horrifiés. De mon côté, mon statut de sœur aînée m’a rapidement transformée en garçon manqué. D’élève studieuse et réservée, je suis devenue une redoutable bagarreuse de cour d’école, surtout si l’honneur de mes

petits frères était en jeu. Je ne supportais pas qu’on leur fasse du mal. Je crois qu’au fond je craignais de les perdre. La mort de ma marraine et l’incarcération de mon père m’ont insufflé une peur panique de l’abandon, qui perdure aujourd’hui. En rentrant de l’école, la teigne de récré que j’étais se transformait en agneau. Je me souviens de ces après-midi entières passées à aider ma mère à cuisiner, ou à enlever les peaux mortes des pieds de mon père après sa sieste. Je jouais à la dînette comme à la carabine avec mes frères, que je déguisais en filles à l’occasion pour compenser ma frustration de ne pas avoir de petite sœur. Ces instants de complicité familiale restent parmi les plus beaux souvenirs de mon enfance.

Ces temps heureux n’ont pas duré. À la fin de l’année 1996, alors que mon père commençait à retrouver une activité stable dans la construction de routes, mes parents ont organisé un dîner réunissant l’ensemble de ma famille paternelle. Les nombreux frères de mon père étaient

naturellement invités, bien que ma mère n’ait pas vu leur présence d’un très bon œil. Mes oncles ont toujours vivoté, et même si mon père n’était pas Crésus, il était jalousé. Mon oncle Michel était le plus envieux, doublé d’un alcoolique notoire. Au début du dîner, mais déjà ivre, il s’est mis en

tête de porter un toast. Après les remerciements d’usage, le ton a changé. « Toi, tu as une bonne étoile, alors que nous n’avons rien », a-t‐il lancé à l’adresse de mon père. « Pourquoi n’avons-nous pas réussi dans la vie comme tu as réussi ? Les gens du village t’en veulent. Tu ne verras pas la

nouvelle année. » Cette dernière phrase n’était pas une menace physique directe, mais plutôt la promesse d’un sort malveillant qui lui serait jeté. Ma mère est sortie de ses gonds. « Comment peux-tu dire ça ? Comment peux-tu dire que tu vas manigancer pour que ton frère meure ? » Mon

père a tenté de calmer le jeu. « Il a trop bu », a-t‐il simplement commenté. La soirée s’est poursuivie presque comme si de rien n’était. Je ressentais la peur et l’impuissance de ma mère. Je la partageais sans vraiment comprendre ce qui se tramait. Quelques jours plus tard, mon père est allé rendre

visite à ses frères au village. En revenant, il nous a raconté que personne n’avait voulu lui serrer la main, sauf un inconnu, qui a insisté pour le saluer longuement. Une semaine après, il a ressenti une vive douleur au bras. Ce mal inconnu s’est bientôt généralisé. Il est décédé deux semaines

plus tard. Je n’ai jamais vraiment cru au pouvoir de la sorcellerie mais je n’ai, à ce jour, pas d’explication plus rationnelle pour expliquer sa mort brutale. La disparition de mon père nous a fait passer d’une vie modeste à la pauvreté. Obligée de travailler dans l’urgence, ma mère a ouvert un stand de brochettes de bœuf dans un centre commercial tout en s’inscrivant à une formation

d’institutrice. Nous avons emménagé dans une chambre de Nkolndongo, un quartier chaud de Yaoundé. Nous dormions à quatre dans le même lit. Ma mère était alors enceinte de ma petite sœur. Mes frères et moi devions marcher une heure pour arriver à notre école. Le soir, nous mangions les brochettes que ma mère n’avait pas écoulées. Curieusement, même si nos conditions de vie s’étaient

dégradées, je garde un souvenir assez heureux de cette période. Le long chemin vers l’école était prétexte à toute sorte de jeux et de rencontres amusantes. Un pompiste s’était pris d’affection pour nous, et nous donnait parfois 100 francs CFA (environ 15 centimes d’euro) avec lesquels

nous achetions des beignets de blé ou de maïs. Ma mère n’avait pas assez d’argent pour payer mon concours d’entrée au collège, mais grâce à ma tante qui avait de l’argent, j’ai pu intégrer l’un des meilleurs établissements de la ville. Ce coup de pouce du destin n’a pas suffi à me motiver. Mes résultats scolaires ont commencé à décliner. Je n’arrivais plus à me concentrer, je voulais faire la grande. J’avais envie de m’occuper de la maison, de mes deux frères et de

ma sœur. En décrochant son diplôme d’institutrice, ma mère a fait bondir les revenus du foyer à 100 euros par mois – soit un peu plus que les 80 euros du Smic camerounais ce qui nous a permis d’emménager dans un studio, toujours à Nkolndongo. Le souvenir de ce quartier, qui n’a pas telle-

ment changé depuis, ne m’a jamais quitté. Le paysage se composait de maisonnettes ou de petits immeubles délabrés divisés en studios. Pour rentrer chez soi, on devait passer par le salon du voisin. Les toilettes communes trônaient au milieu de la cour intérieure. L’après-midi, à tour de rôle,

une voisine cuisinait des beignets de haricots rouges avec de la bouillie le BHB, le plat des pauvres, et voilà tous les enfants de l’immeuble qui rappliquaient. Ici, à part les denrées de base, les habitants n’ont rien. Pas même l’espoir d’une vie meilleure. Mais ils ont la joie au cœur. Les assiettes sont vides mais on se nourrit au rire, à la bonne humeur, à la solidarité, comme autant de remparts contre la misère. Plus tard, mon histoire d’amour avec Samuel m’a permis de voyager dans les plus beaux endroits de la planète, mais c’est à Nkolndongo que j’ai croisé les personnes les plus

heureuses du monde. À l’âge de quinze ans, je me suis offert une crise d’adolescence en bonne et due forme. À la maison, ma mère me confiait beaucoup de tâches ménagères, et j’avais beau

comprendre la nécessité de l’aider à tenir le foyer, cette discipline me pesait. J’avais juste envie de sortir, de m’amuser. Je traînais encore une dégaine de garçon manqué et, sans surprise, l’une de mes activités préférées était le foot.

Au Cameroun, le ballon rond est une religion. Une cannette vide, trois copains, et voilà qu’un chemin de terre lambda se transforme en stade surchauffé. À l’époque, ma grande copine de jeu s’appelait Bout de chou. Une fille du Sud de mon âge, au teint foncé, et aux formes déjà généreuses.

Elle était magnifique, féminine, bien que cultivant le même côté garçon manqué que moi. Sans être très riche, elle était issue d’une famille plutôt aisée pour le quartier, et sa garde-robe était bien plus fournie que la mienne. On se prêtait nos vêtements, et si je n’avais pas grand-chose à lui proposer, j’étais de mon côté ravie de pouvoir profiter de sa penderie. Chez moi, l'achat d’un nouveau vêtement était un événement rare. Je n’avais par exemple qu’une seule paire de chaussures pour l’année scolaire, et il me fallait en prendre soin. Quand elle pouvait se le permettre, ma mère essayait malgré tout de nous faire un petit cadeau. Je me rappelle d’une fois où le lycée nous avait demandé d’acheter un maillot jaune pour les cours de sport. Voyant une occasion de me faire plaisir, ma mère m’avait offert celui des Lions indomptables, l’équipe nationale de football du Cameroun.

J'étais folle de joie. Bien sûr, c'était une imitation de mauvaise qualité. Mais je m'en fichais. Je portais pour le sport bien sûr, et le gardais sous mes vêtements le reste de la journée. Mes copains voyant bien que c’était une copie médiocre en profitaient pour se moquer de moi. Peu importe. J’étais si fière. Fière de porter les couleurs des Lions. Fière aussi du nom du joueur de l'équipe floqué à l’arrière du maillot. Un détail qui avait sans doute échappé à ma mère au moment de l’achat. C’était celui de l’étoile montante de notre équipe nationale. Un jeune talent prometteur, brillant, charismatique, dont le nom faisait déjà rêver tout le pays. Un avant-centre comme le Cameroun en attendait depuis le grand Roger Milla. Un garçon dont le sourire charmeur affiché dans les journaux n'avait pas échappé aux jeunes filles de mon âge. Un certain Samuel Eto'o.

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