
Retrouvailles Sous la Lune : Compagnons de Seconde Chance
Chapitre 2
La grande salle était emplie d'un murmure grave, un grondement sourd tissé des voix d'hommes et de femmes venus de loin pour cette réunion. L'air vibrait d'autorité et de tensions latentes, car réunir plusieurs alphas en un même lieu était toujours une épreuve d'équilibre. Les uns jaugeaient les autres du regard, analysant les forces et les faiblesses, défiant sans un mot, tout en respectant cette fragile trêve qui leur imposait de ranger griffes et crocs.
Elle était là, droite, sereine, indifférente aux jeux de pouvoir qui se tramaient autour d'elle. Elle n'était pas de leur monde, plus depuis longtemps. Et pourtant, on l'avait appelée. Son nom circulait désormais parmi eux, non plus comme un écho du passé, mais comme une nécessité. Son talent, son savoir, sa capacité à sauver ceux que même les dons des loups-garous ne pouvaient guérir, voilà ce qui lui valait une place parmi eux aujourd'hui.
Elle se tenait à la périphérie de la salle, observant, écoutant. Puis une présence la frappa, un poids invisible qui s'abattit sur elle avant même qu'elle ne tourne la tête.
Il était là.
Il ne la regardait pas encore, pris dans l'échange houleux entre deux alphas, sa posture droite et assurée. Mais elle le sentait. Comme un courant sous sa peau, une pression dans l'air, quelque chose d'intangible qui aurait dû disparaître avec le temps mais qui, contre toute logique, existait encore.
Elle inspira lentement, contrôla son souffle. Il n'était qu'un homme parmi d'autres dans cette salle. Rien de plus.
Enfin, il se tourna.
Le temps ne se suspendit pas. Il n'y eut pas ce vertige que connaissent les amants qui se retrouvent après des années d'absence. Non. Il y eut simplement ce regard, cet instant où leurs yeux se croisèrent et où elle vit, sans la moindre équivoque, qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il découvrait.
Il la fixa, et elle vit défiler en lui quelque chose de plus profond qu'une simple surprise. Un trouble. Une incompréhension.
Elle ne détourna pas les yeux.
Elle ne flancha pas.
Et c'est ainsi qu'il comprit.
Elle n'était plus la jeune fille qui l'avait aimé, autrefois.
Il y eut une fraction de seconde où elle crut voir sa mâchoire se contracter, comme s'il luttait contre quelque chose qu'il ne maîtrisait pas. Puis, aussi vite que cela était venu, il détourna la tête.
Le murmure de la salle reprit, la tension se dissipa dans l'agitation des discussions. Pourtant, quelque chose s'était brisé en silence.
Elle l'avait senti.
Et lui aussi.
Les discussions autour de la table prenaient une tournure de plus en plus tendue, mais FL sentait son propre calme vaciller. Chaque mot échangé, chaque regard furtif qu'elle recevait semblait être chargé d'une charge qu'elle ne pouvait ignorer. Il était là, à quelques pas seulement, sa présence aussi perturbante qu'imposante. Elle savait qu'elle devait garder son sang-froid, que ses compétences en tant que médecin étaient ce pour quoi elle avait été invitée, mais chaque mouvement de sa part ravivait les cendres d'un passé qu'elle avait soigneusement enfoui.
Elle serra les poings sous la table, ne laissant rien paraître de l'orage qui grondait en elle. Puis il parla. Sa voix, rauque et froide, résonna dans l'air, se glissant dans l'échange. Il n'avait pas oublié. Ni elle. Ni leur passé.
- Nous avons besoin de quelqu'un en qui nous pouvons avoir confiance, dit-il, son regard s'attardant un instant trop longtemps sur elle. Cette situation est délicate, et je doute qu'elle puisse être résolue par des simples traitements.
Les autres alphas hochaient la tête, mais la façon dont il avait prononcé ces mots fit naître en FL une tension qu'elle ne pouvait masquer. Pourquoi cet accent sur « confiance » ? Pourquoi ce sous-entendu ?
Elle se redressa dans son siège, ses yeux lançant un éclat glacé.
- Vous semblez oublier, Alpha, que mes compétences sont ce qui m'a amenée ici, non mes liens avec vous. Il n'y a plus rien entre nous, et je vous demande de ne pas l'oublier.
La réponse fut immédiate, tranchante, sans détour.
- Rien ? dit-il, un sourire amer étirant ses lèvres. Vous avez raison. Il n'y a plus rien. Mais nous savons tous les deux que c'est plus compliqué que ça.
Elle lutta pour ne pas flancher sous le poids de ces paroles, un souvenir douloureux remontant à la surface. Mais elle ne céda pas. Elle se tourna vers les autres alphas, ignorant délibérément la chaleur de son regard.
L'échange continua, mais la pièce semblait s'être rétrécie autour d'eux, comme si tout ce qui les entourait était devenu secondaire. Les voix des autres étaient désormais trop lointaines, et FL n'entendait que ce frisson électrique entre elle et lui.
Leurs mots étaient devenus des poignards voilés, et elle savait qu'il était encore capable de la blesser aussi profondément qu'il l'avait fait autrefois.
Et dans ce tumulte, quelque chose d'encore plus subtil s'ajouta à cette tension : une odeur.
Un parfum doux, presque imperceptible, comme un souffle porté par le vent. Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Il n'aurait pas pu le définir, mais cette fragrance... cette chaleur, cette douceur, était étrangement familière.
Ses yeux se rivèrent sur elle, comme s'il cherchait une réponse qu'il ne comprenait pas encore. L'odeur s'était glissée dans l'air, invisible mais persistante. C'était comme une trace, une empreinte laissée dans le temps, un souvenir d'une époque révolue qu'il n'arrivait pas à saisir.
Il la scrutait, cherchant dans ses gestes, dans sa posture, une explication à cette étrange familiarité. Mais FL, sans le moindre signe de déstabilisation, fit un mouvement de tête, captant l'attention d'un autre alpha. Elle évitait délibérément son regard.
Il resta figé un instant, observant, mais ne trouva pas de réponse. Pourtant, cette odeur persistait. Un mystère qu'il n'aurait pas pu résoudre ce jour-là, mais qui continuerait à le hanter, le suivant dans l'ombre de ses pensées.
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