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Couverture du roman Rejetée mais Liée

Rejetée mais Liée

Elara, orpheline sans loup, pensait n'offrir qu'une nuit au redoutable roi Draven. Pourtant, une morsure irréversible les lie à jamais. Malgré son rang, l'Alpha rejette cette paria incapable de se transformer, mais la marque imposée les déchire. Entre douleur et visions, leur lien devient une faille que les ennemis du trône comptent exploiter. Ce voyage forcé, né dans la haine et le mépris, se mue en une lutte de pouvoir où survie et passion interdite s'entremêlent.
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Chapitre 2

La douleur s'était apaisée, mais la brûlure demeurait, profonde, tenace, comme une flamme qui refusait de s'éteindre. Elara respirait difficilement, ses doigts pressés contre la peau meurtrie de son cou. Elle sentait le sang, chaud, poisseux, mais au-delà de cette simple blessure, il y avait quelque chose d'autre. Une impression étrange, comme si un feu invisible avait été gravé dans sa chair.

La foule, d'abord figée, commençait à se remettre en mouvement. Des chuchotements éclatèrent de toutes parts, portés par l'étonnement, la peur et l'indignation.

- Ce n'est pas possible...

- Une paria ? Il a osé marquer une paria !

- Le roi a perdu la raison...

Les voix s'entremêlaient, mais aucune ne se haussait vraiment. Chacun semblait craindre de provoquer l'Alpha. Les anciens, assis en cercle autour de la clairière, échangèrent des regards lourds de sens. Certains secouèrent la tête, d'autres fronçaient les sourcils, murmurant des fragments de légendes oubliées.

Elara sentait leurs yeux peser sur elle. Elle aurait voulu disparaître dans le sol, s'effacer de cette assemblée où elle n'aurait jamais dû se trouver. Son cœur battait à tout rompre, ses jambes menaçaient de céder. Pourtant, elle restait debout, parce que ce lien brûlant au creux de sa gorge la maintenait prisonnière.

Un souffle chaud effleura son esprit. Elle tressaillit, croyant que quelqu'un venait de lui parler à voix basse. Mais autour d'elle, personne n'était assez proche. Puis elle comprit. Ce n'était pas une voix extérieure. C'était en elle. Non... pas en elle. En eux.

Elle leva les yeux et croisa de nouveau ceux de Draven. Dans ses prunelles dorées, elle lut de la colère, du trouble, mais aussi... une peur qu'elle ne s'attendait pas à y voir. Et soudain, une vague d'émotions la traversa, si violente qu'elle en chancela.

Elle sentit le poids d'un fardeau immense, la lourdeur des responsabilités, le froid de la solitude d'un roi qui ne peut jamais se permettre d'être faible. Elle perçut aussi un éclat de désir brutal, aussitôt réprimé, et une honte cuisante d'avoir cédé à l'instinct. Ces sentiments n'étaient pas les siens. Ils venaient de lui.

- Non... murmura-t-elle, les yeux écarquillés.

Draven détourna aussitôt le regard, comme s'il craignait qu'elle lise davantage. Ses mâchoires serrées, ses poings crispés, il recula d'un pas. Son souffle était court, ses traits contractés. L'homme qui dominait d'ordinaire la meute d'une main de fer semblait vaciller pour la première fois.

- Une erreur, lâcha-t-il finalement d'une voix rauque.

Elara sentit son cœur se briser à ce mot. Une erreur. Était-ce ainsi qu'il nommait ce qu'il venait de faire ? Ce lien qu'elle sentait déjà vibrer dans ses veines, cette brûlure qui lui consumait l'âme, il voulait l'effacer d'un simple mot.

- Une erreur ? répéta-t-elle, incrédule.

Leurs voix se perdirent dans le tumulte croissant des murmures. Certains loups avaient reculé, comme si la marque la rendait dangereuse. D'autres ricanaient, persuadés qu'il s'agissait d'un caprice que le roi regretterait bientôt. Mais les anciens, eux, ne riaient pas. Leurs regards lourds fixaient Draven et Elara avec une intensité étrange, comme s'ils pressentaient les conséquences de cet acte.

- Tu n'aurais jamais dû venir ici, cracha Draven en s'approchant d'elle, la voix basse mais vibrante d'une tension contenue. Tu ne comprends pas ce que cela implique.

Elara serra les poings. La peur se mélangeait à une colère sourde.

- C'est toi qui m'as marquée. Je n'ai rien demandé.

Leurs regards s'affrontèrent de nouveau, et une décharge électrique parcourut l'air entre eux. Une image surgit alors dans son esprit, si vive qu'elle sursauta : elle vit une plaine en flammes, des cadavres de loups jonchant le sol, et au centre, Draven, agenouillé, couvert de sang. La vision disparut aussitôt, la laissant tremblante, la respiration hachée.

Elle comprit, d'un seul coup. Le lien ne se limitait pas à partager leurs émotions. Il lui envoyait des éclats du futur, ou du moins de possibles avenirs.

Draven fronça les sourcils.

- Qu'as-tu vu ? demanda-t-il d'une voix dure.

Elara recula, encore secouée.

- Je... je ne sais pas. Des flammes. Du sang. Toi... à genoux.

Il pâlit légèrement, mais se reprit aussitôt, reprenant son masque d'impassibilité. Il tourna le dos, comme s'il refusait de l'entendre davantage.

Autour d'eux, les chuchotements continuaient, nourris par la peur et la curiosité. Les anciens finirent par se lever. L'un d'eux, une femme au visage ridé mais aux yeux perçants, s'avança. Sa voix résonna dans la clairière, ferme malgré son âge.

- Ce qui est fait ne peut être défait. Le lien du marquage est irréversible.

Un frisson parcourut l'assemblée. Les murmures redoublèrent.

- Alors notre roi est lié à une paria ? s'exclama une voix outrée.

- Quelle honte pour la meute ! ajouta un autre.

Draven fit volte-face, un grondement sourd résonnant dans sa poitrine. Son regard seul suffit à faire taire la foule. Mais au fond de lui, Elara sentait sa rage, sa frustration. C'était comme une vague noire qui menaçait de l'engloutir, et elle dut serrer les dents pour ne pas flancher.

Elle ne comprenait pas comment un lien pouvait transmettre autant. Ses émotions à lui l'envahissaient, la brûlaient, et en retour, elle sentait que sa propre peur glissait vers lui. Il cligna des yeux, comme surpris, et pour la première fois, elle crut voir un éclat de douceur dans ce regard de braise. Une étincelle fragile, vite étouffée.

- Cessez vos bavardages, rugit Draven en se tournant vers la meute. Ce n'est rien.

Mais ses propres mots sonnaient faux. Rien ? Elara savait qu'il mentait. Elle le ressentait, dans chaque fibre de son être. Pour lui, c'était une erreur, oui, mais une erreur qui allait les consumer tous les deux.

Elle porta de nouveau la main à son cou. La marque pulsait, chaude, comme un cœur vivant sous sa peau. Elle comprit qu'elle ne serait plus jamais seule. Quoi qu'il en dise, quoi qu'il fasse, le lien était là. Une corde invisible les attachait l'un à l'autre.

Et dans ce silence pesant qui s'abattit à nouveau sur la clairière, Elara comprit que sa vie venait d'être bouleversée à jamais. Elle n'était plus seulement une paria. Elle était la compagne marquée du roi.

Et ce roi, malgré sa force et sa froideur, avait désormais peur.

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