
Rejetée et Brisée : La Renaissance de la Luna Suprême
Chapitre 3
Lola POV
Le lendemain matin, l'atmosphère dans les bureaux de direction du Groupe S était glaciale, saturée d'une odeur clinique de désinfectant mêlée à l'arôme rance du café froid.
Je flottais toujours dans cet état brumeux de semi-conscience, mon esprit désincarné dérivant juste au-dessus de l'épaule de Guillaume.
Il tenait le rapport médical de Lila entre ses mains, ses yeux parcourant les lignes avec une rigidité mécanique.
Le diagnostic était sans appel : « Déchirure musculaire profonde de l'épaule gauche. Traumatisme psychologique sévère. »
Mais c'était le paragraphe suivant qui aurait dû faire trembler les fondations mêmes de cet immeuble.
« Analyse sanguine complémentaire : Présence confirmée de gènes récessifs de Loup Blanc. Potentiel de transformation : Apex. »
Les mots brillaient sur le papier.
« Risque : L'attaque prématurée a potentiellement endommagé les canaux énergétiques, menaçant de retarder, voire d'annuler, la Première Transformation. »
Le silence qui suivit était assourdissant.
Lila était une Louve Blanche. Comme moi. Une rareté absolue, une bénédiction que la Déesse de la Lune n'accordait qu'une fois par génération.
Et Guillaume venait de laisser un bâtard sans lignée compromettre ce trésor.
Une vague de tristesse pure, dénuée de tout égoïsme, m'envahit. Je ne pleurais pas pour moi, mais pour le destin volé de ma fille. Elle était née pour être une reine, et il l'avait laissée se faire briser comme un vulgaire jouet.
Guillaume fronça les sourcils, une veine palpitant sur sa tempe. Il tapota le papier du bout des doigts, non pas avec respect, mais avec agacement.
« Soignez-la, » ordonna-t-il au Guérisseur en chef, sans même lever les yeux. « Utilisez les onguents de première classe. Je ne veux pas qu'on dise que le Groupe S néglige ses actifs... ou sa progéniture. »
Son ton était purement transactionnel. Froid. Il parlait d'un investissement endommagé, pas de sa propre chair.
Dès que le Guérisseur s'éclipsa, Guillaume pivota vers Léon, son Bêta et second.
« C'est un cauchemar pour les relations publiques, » grogna Guillaume en se massant l'arête du nez. « Lila est un problème. Elle est faible, pathétiquement faible, comme sa mère. Si elle ne peut pas se défendre contre un simple jeu d'enfant, comment espère-t-elle diriger un jour ? »
« Alpha, » intervint Léon avec une prudence calculée, « le rapport est formel concernant le gène du Loup Blanc. C'est... c'est un événement historique. Laurent ne possède pas ce sang. »
« Foutaises ! » aboya Guillaume, faisant trembler son bureau.
Il se leva brusquement, tournant le dos à la vérité. « C'est une erreur de laboratoire. Une anomalie statistique. Laurent possède l'agressivité nécessaire pour régner. C'est la seule qualité qui compte dans ce monde. »
Il rejetait la réalité parce qu'elle ne servait pas son récit. Il avait besoin que Laurent soit l'héritier légitime, car Laurent était le fils de la femme qui nourrissait son ego démesuré.
Comme invoquée par sa narcissisme, la porte s'ouvrit.
Sabrina entra, portant un plateau d'argent garni de croissants. Une bouffée de parfum sucré envahit la pièce, masquant l'odeur antiseptique.
« Mon pauvre chéri, » roucoula-t-elle, sa voix dégoulinante d'une fausse compassion. « Tu portes le poids du monde sur tes épaules. Tu es le plus grand Alpha que cette meute ait jamais connu, et ils ne te méritent pas. »
L'effet fut immédiat. Le visage de Guillaume s'adoucit, la tension quittant ses épaules comme par magie. Il la regarda avec une adoration aveugle qui me donna la nausée.
Sous mes yeux impuissants, il reprit le rapport médical. Il plia soigneusement la page pour dissimuler la mention « Loup Blanc », puis glissa le document au fond d'un tiroir verrouillé.
Il enterrait la vérité. Il sabotait l'avenir de toute la meute pour protéger le fils de sa maîtresse.
Mais les murs ont des oreilles, et les couloirs du Groupe S commençaient déjà à murmurer. Les membres de la meute n'étaient pas aveugles ; ils avaient vu le sang sur le sol.
Quelques heures plus tard, le département des relations publiques publia un communiqué laconique : « Incident mineur lors d'un exercice ludique. La solidarité de la meute est plus forte que jamais. »
Un mensonge grossier, insultant.
Marc, mon fidèle Gamma, lut la notification sur son téléphone. Je vis ses mâchoires se serrer jusqu'à blanchir. Il savait.
Marc n'était pas dupe. Sans un mot, il commença à taper des messages cryptés, activant ses réseaux souterrains. Il cherchait un Guérisseur intègre, quelqu'un qui n'était pas dans la poche de Guillaume.
Une chaleur inattendue traversa mon cœur glacé. Marc. Léon. Ils restaient loyaux. Pas à Guillaume, l'usurpateur moral, mais à la vérité. À la véritable Lune.
Marc réussit à intercepter une copie numérique du rapport complet avant qu'il ne soit crypté dans les archives. Lorsqu'il lut la ligne sur le Loup Blanc, ses yeux s'écarquillèrent de stupeur.
De son côté, Léon commença à fouiller discrètement dans les dossiers du personnel. Il cherchait les origines de Sabrina. Qui était-elle vraiment ? Son apparition soudaine dans la meute avait été trop opportune, trop parfaite.
Depuis ma perspective désincarnée, je voyais les pièces de l'échiquier se mettre en mouvement.
Mes fidèles affûtaient leurs armes dans l'ombre.
Et moi, je sentais ma puissance revenir, battant au rythme de ma fureur.
La vengeance n'est pas un plat qui se mange froid. C'est un festin qui se prépare avec une précision chirurgicale.
Et Guillaume venait de nous fournir tous les ingrédients nécessaires.
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