
Pas de temps pour mes funérailles, mais quand je renais, tu deviens fou
Chapitre 8
Héloïse n'a pas eu le temps de comprendre.
Sylvie s'est tournée vers l'ascenseur et est partie.
Héloïse a seulement tourné les yeux vers l'homme :
« Alain, ta femme est sacrément volcanique ! Tu arrives à la gérer ? Pas étonnant que Thaïo ait peur d'elle. On dirait qu'elle était un peu fâchée, tu ne vas pas la calmer ? »
Alain a retiré son regard avec indifférence et a répondu d'un ton calme :
« Elle a juste besoin de se calmer toute seule. »
Héloïse a esquissé un sourire en coin.
« Tu n'as vraiment pas peur qu'elle te quitte ? »
…
Le soir, Alain est rentré chez lui. La maison était plongée dans l'obscurité, aucune lumière n'était allumée.
Thayer n'était pas là, et Lucie, n'ayant personne à servir, s'était couchée tôt.
Il a allumé la lumière, et la vaste pièce s'est révélée froide et vide.
Alain est monté à l'étage, jusqu'à la chambre principale, tout aussi déserte.
Il revenait rarement dans cette maison.
Il n'a pas semblé se soucier de l'absence de Sylvie. En se dirigeant vers la salle de bain, il est passé devant sa coiffeuse sans y jeter un regard.
S'il l'avait fait, il aurait vu un dossier posé là, en silence.
-
Le week-end.
Le Salon international de l'aéronautique et de l'espace était en effervescence. La foule s'amassait, même ceux sans billet se pressaient à l'extérieur pour profiter de l'ambiance.
Des journalistes, armés de caméras et de micros, couvraient l'événement.
Sylvie est arrivée tôt avec Émilie, attendant Javier à l'entrée.
La petite s'est tenue bien sagement à côté de sa mère, les yeux brillants en observant l'animation autour d'elles. Partout, on a vu des affiches d'avions et les brochures éparpillées.
Jamais auparavant sa mère ne l'avait emmenée dans un endroit pareil, pas même au parc d'attractions.
Sylvie a remarqué l'enthousiasme de sa fille. Elle s'est penchée pour lui pincer doucement la joue :
« Tu aimes cet endroit ? Si tu t'ennuies, maman peut appeler mamie pour qu'elle vienne te chercher. »
« J'aime beaucoup ! » a répondu Émilie, sa voix douce et enthousiaste. « Avant, maman ne nous emmenait jamais jouer dehors. »
Ces mots ont serré le cœur de Sylvie.
Dans sa vie précédente, elle s'était épuisée à être l'assistante d'Alain, la bonne à tout faire de la famille Chéron, obsédée par l'éducation de Thayer.
Elle avait négligé tant de détails.
Alain, lui, emmenait parfois Thayer en sortie, mais Émilie restait à la maison, à manger des plats froids, à jouer avec les jouets dont Thayer ne voulait plus.
Quand Alain offrait des cadeaux à Thayer, jamais il n'en rapportait pour Émilie. Sylvie avait essayé d'acheter des jouets pour sa fille, mais Émilie disait qu'elle ne les aimait pas.
À y repenser, quel enfant n'aime pas les jouets ?
« Pardon, mon trésor. » a murmuré Sylvie, la voix lourde de culpabilité.
Désormais, elle ne manquerait plus un seul instant de la vie de sa fille.
« Ah ! Émilie, qu'est-ce que vous faites à l'entrée ? »
Thayer, vêtu d'un petit costume, s'est approché, l'air arrogant : « Tu veux voir de vrais chasseurs, toi aussi ? «
Il les a regardés avec mépris :
« Avec ta mère, c'est impossible d'entrer ! Si tu veux entrer, supplie-moi. Et ensuite, demander à ta mère de revenir faire la cuisine et le ménage pour nous. Alors, peut-être, je pourrais convaincre papa et Tatie Héloïse. »
« Pas besoin ! Maman va m'emmener à l'intérieur ! » a répliqué Émilie en gonflant les joues. « Maman n'est pas ta bonne ! »
Thayer, interloqué, a froncé les sourcils.
Comment sa mère pourrait-elle l'emmener ? Elle ne faisait que cuisiner et nettoyer, elle ne connaissait rien à ces choses prestigieuses.
Alain et Héloïse suivaient Thayer à quelques pas, vêtus de tenues assorties couleur café, qu'on aurait pu prendre pour des vêtements de couple.
Sylvie, autrefois, avait rêvé de porter des tenues assorties avec Alain, pleine d'espoir comme une jeune fille amoureuse.
Mais Alain n'a jamais joué le jeu : il n'a même pas regardé les vêtements qu'elle achetait.
Héloïse, voyant Sylvie, s'est avancée avec familiarité.
« Ma belle-sœur et Émilie sont venues aussi ? Pourquoi ne pas m'avoir prévenue ? Vous auriez pu venir avec Alain et moi en voiture. »
Alain, à ce moment, s'est éloigné pour répondre à un appel, sans accorder un regard à Sylvie.
Émilie, elle, jetait des coups d'œil furtifs à son père.
Face à l'attitude provocatrice d'Héloïse, Sylvie a esquissé un sourire froid et a répondu sèchement : « Pas la peine de vous déranger. »
« Vraiment ? » a insisté Héloïse, haussant un sourcil. « Alain et moi, on est comme des frères, on a grandi ensemble. Pas besoin de faire des manières avec nous. »
Son ton semblait clamer une sorte de supériorité, comme si elle se considérait déjà comme « Madame Chéron ».
Dans sa vie précédente, Sylvie n'avait rien vu, aveuglée, incapable de reconnaître que cette « sœur » guettait depuis toujours.
Avant que Sylvie ne puisse répondre, Alain est revenu de son appel. Ignorant Sylvie, il s'est adressé à Héloïse : « Allons-y, on entre. »
Il n'avait visiblement aucune intention d'emmener Sylvie et Émilie.
Héloïse, le sourire éclatant, s'est tournée vers Sylvie :
« Alors nous passons d'abord, mais si jamais tu n'arrives pas à entrer, appelle-moi et je viendrai te chercher. »
Sylvie a regardé s'éloigner les trois silhouettes et a laissé échapper un rictus ironique.
Dans cette vie, elle voulait voir jusqu'où irait ce « petit ménage à trois ».
« Désolé de vous avoir fait attendre, l'Institut m'a retenu un peu. » a dit Javier, arrivant en hâte, un sac à la main.
Sylvie a souri.
« Pas de souci. »
Javier a baissé les yeux vers Émilie, un sourire chaleureux : « Tiens, c'est pour toi : des friandises et un petit jouet. »
Les yeux d'Émilie se sont illuminés :
« Merci, tonton ! »
C'était la première fois qu'elle recevait un cadeau.
Javier, tenant des laissez-passer pour les staffs, les a conduites toutes deux à l'intérieur.
Le soleil brillait fort ce jour-là, presque aveuglant. Sylvie a mis ses lunettes de soleil.
Tout en marchant, Javier a expliqué : « Ce salon, tous les deux ans, c'est une grande affaire, tu le sais. Je risque d'être occupé tout à l'heure. Vous pouvez vous promener, et à midi, on déjeunera avec le professeur, d'accord ? »
Sylvie a hoché la tête.
« D'accord, vas-y, occupe-toi. »
Il y avait du monde.
Émilie, fascinée, observait tout.
« Maman, cet avion est trop cool ! » a-t-elle dit, tirant la main de Sylvie. « Tu peux me prendre en photo avec lui ? »
« Bien sûr. » a répondu Sylvie en souriant, sortant son téléphone. « Mets-toi un peu plus près. »
Alors qu'Émilie s'apprêtait à poser, une foule a surgi, les séparant brutalement.
Sylvie a froncé les sourcils, s'est empressée de stabiliser Émilie.
« Madame Veil, il paraît que vous comptez poursuivre vos recherches en France, » a lancé un journaliste, caméra à l'épaule, entouré d'une nuée de reporters.
« Monsieur Chéron dit que vous envisagez de rejoindre l'IR 511. Pouvez-vous nous parler de votre vision pour ce secteur ? »
Héloïse, au centre de l'attention, rayonnait : « Permettez-moi de vous présenter cet avion derrière moi. J'en ai conçu les premières ébauches, mais j'ai dû quitter le projet pour mes études à l'étranger. Le voir achevé aujourd'hui me remplit de joie. »
Elle a regardé le journaliste :
« Cela prouve que notre pays ne manque jamais de talents. »
À quelques pas, un homme a donné un coup d'épaule à Alain.
« Mais… ce n'est pas ta femme, là-bas ? Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ? Elle peut comprendre quelque chose à tout ça ? C'est pas le salon de la couture ou de la pâtisserie, ici ! »
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