
Quelqu’un qui t’aime comme au premier jour
Chapitre 6
Hugo entrait dans la chambre, son téléphone à la main, prêt à me questionner. Je jetais un coup d'œil et voyais bien que c'était l'annonce que j'avais publiée. Le prix était bas, ce qui expliquait pourquoi elle avait été vendue le jour même.
Je souriais et inventais une excuse bidon, « Ce n'est pas ma montre, tu te souviens que Marie et son mari ont acheté une paire identique à la nôtre ? Maintenant, elle veut en changer et m'a demandé de l'aider à vendre celle-ci. »
« Es-tu sûre ? » demandait-il, à moitié convaincu, mais son regard s'adoucissait, maintenant plein d'affection. « Iris, j'ai été très occupé ces derniers temps, je n'ai peut-être pas été assez attentif à tes émotions. Si quelque chose que j'ai fait te rend malheureuse, dis-le-moi tout de suite, d'accord ? »
Je baissais les yeux. « D'accord. »
« Depuis que ma mère est décédée l'année dernière, tu es tout ce qu'il me reste. »
Hugo me serrait contre lui comme si j'étais un trésor, sa voix pleine de promesses et de culpabilité. « Crois-moi, quoi qu'il arrive, tu es la personne la plus importante pour moi. »
Je le croyais, Hugo. Autrefois, je n'en doutais pas un instant.
Je sentais le léger parfum de rose sur lui. « Il est tard, va prendre ta douche et te reposer… »
« Non, reste dans mes bras encore un peu », disait-il en me serrant plus fort, son menton frottant doucement mes cheveux. « Iris, il y a quelque chose qui te tracasse ? Dès que je serai moins occupé, nous en parlerons, autant que tu voudras. »
Je souriais intérieurement. Occupé à acheter des gâteaux pour Yveline ou à préparer une voiture pleine de roses pour lui faire une surprise. Il devait jongler pour ne pas être découvert tout en satisfaisant Yveline. C'était sûrement épuisant.
Il me regardait, remarquant mes yeux rougis. « Pourquoi tes yeux sont-ils rouges ? Tu as pleuré ? »
« Je… », commençais-je à répondre, mais ma phrase était interrompue par son téléphone qui sonnait soudainement. Jetant un coup d'œil à l'écran, il me lâchait aussitôt et décrochait tout en se dirigeant vers la sortie. Je ne savais pas ce que disait son interlocuteur, mais son visage changeait d'expression en un instant.
Malgré le vent glacial de l'automne, il ne prenait même pas le temps d'enfiler une veste et sortait précipitamment, vêtu seulement d'une chemise légère. Par habitude, je voulais lui rappeler de se couvrir, « Hugo ! »
Mais il ne m'entendait pas. La dernière fois que je l'avais vu aussi paniqué, c'était lorsque l'hôpital avait annoncé que sa mère était en danger.
Je m'approchais de la fenêtre et voyais la Porsche noire disparaître dans la nuit, à toute allure. Toutefois, ses mots résonnaient encore à mes oreilles : « Iris, tu es la personne la plus importante pour moi. »
Mais cela n'avait plus d'importance.
Les jours suivants, j'étais très occupée. Avant de partir, je voulais revoir tous mes amis.
Ce soir-là, je prenais un marqueur et, après un moment d'hésitation, je barrais une nouvelle journée sur le calendrier. Demain, ce serait l'anniversaire d'Hugo, qui serait aussi mon dernier jour dans cette ville.
Après avoir commandé un gâteau d'anniversaire pour Hugo, je décrochais les photos de nous deux, fixées pendant longtemps au mur, laissant un bout de mur plus blanc que le reste. Puis, je les déchirais avant de les jeter à la poubelle. Et ça y est, toute trace de moi avait disparu de cette maison.
Sans doute à cause de l'oubli de mes médicaments ces derniers jours, dû à mon état perturbé, je me réveillais le lendemain matin par une douleur aiguë à l'estomac.
À l'époque où nous avions lancé l'entreprise, il n'y avait que Hugo et moi. Et nous étions tellement occupés que nous mangions et dormions dans notre petit local.
De plus, pour prouver à mon père que Hugo pouvait réussir, je n'avais plus jamais demandé d'argent à ma famille après avoir obtenu mon diplôme, me lançant sans-un-sou dans le monde des affaires.
Quand nous manquions de moyens, nous partagions souvent un paquet de nouilles instantanées pour économiser trois centimes. Le soir, nous devions aussi participer à des dîners d'affaires. Hugo ne tenait pas bien l'alcool, alors je buvais la plupart du temps à sa place.
Un jour, j'avais eu une perforation de l'estomac à force de boire régulièrement de l'alcool fort, et le médecin avait sévèrement réprimandé Hugo.
Hugo, qui veillait à mon chevet toute la nuit, avait les yeux rougis lorsque je me réveillais. L'air fort attristé, il me disait qu'il regrettait à mort de m'avoir fait subir tout cela. Il promettait que lui, Hugo Fontaine, n'allait jamais me décevoir.
Aujourd'hui, j'avais compris que les promesses, même si la personne qui les prononçait était sincère au moment où elles sont faites, ne tiendront pas toujours dans les épreuves du temps.
Je me levais en me massant l'estomac, avalais un morceau de pain grillé et prenais un comprimé contre les maux d'estomac.
La douleur ne s'atténuait pas immédiatement, au contraire, elle empirait avant que le médicament ne fasse effet. Recroquevillée sur le canapé, je transpirais à grosses gouttes.
Souffrante, j'essayais d'appeler Hugo, mais il ne répondait pas.
Il semblait très occupé, trop pour prendre un appel de sa petite amie. C'était en parlant avec Marie que j'apprenais qu'il n'était pas allé au bureau depuis plusieurs jours. Une pile de documents et des projets en cours attendaient sa signature.
Marie était à bout de nerfs, elle disait d'un air exaspéré, « Iris, on ne sait pas où il est ces derniers jours. Il est injoignable et l'entreprise ne peut pas attendre ! Dis-lui de revenir au bureau dès que tu le vois ! »
Elle ajoutait, « Et j'ai appris que le PDG du Groupe Bertrand, Simon Chevalier, allait se marier la semaine prochaine. Hugo devrait essayer d'obtenir une invitation pour aller à Paris, afin de faire des réseaux. Si Simon Chevalier donne son accord pour nous financer, notre introduction en bourse est assurée. »
J'étais distraite par la douleur, mais en entendant le nom de Simon Chevalier, je sursautais, « Attends une seconde, comment s'appelle le PDG du Groupe Bertrand ? »
« Simon Chevalier ! » répondait-elle.
Vous aimerez aussi





