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Couverture du roman Quand vient l'amour 3

Quand vient l'amour 3

Tessa a longtemps rêvé d'une vie parfaite, loin des éclats de voix de son père alcoolique et de la serre où elle se cachait. Neuf ans après avoir déserté le foyer, cet homme réapparaît devant elle, méconnaissable et hagard. Ce choc ravive le souvenir douloureux du soir de son départ, quand sa mère s'est transformée en une femme froide et amère. Si son père a choisi de tout abandonner, sa mère, bien que devenue méchante, est restée pour affronter leur triste réalité.
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Chapitre 3

Tessa J’ai un oreiller, une couverture et une serviette de toilette à la main quand Hardin entre en trombe dans la chambre. – Que s’est-il passé ? Je m’attends à ce qu’il explose, qu’il me reproche d’avoir invité mon père à rester dormir sans lui demander son avis. Mais il s’allonge sur le lit et me regarde. – Rien. On a sympathisé. Et puis j’en ai eu assez d’échanger des mondanités avec notre invité et j’ai décidé de venir ici. – Dis-moi que tu n’as pas été horrible avec lui. Je connais à peine mon père. Je n’ai pas envie de subir de nouvelles tensions. – Je n’ai pas touché à un cheveu de sa tête. Il ferme les yeux. – Je suppose qu’en lui apportant sa couverture, je vais devoir m’excuser pour ta conduite, comme d’habitude. Il m’énerve. Dans le séjour, mon père, assis par terre, joue avec les fils de son jean troué. Il lève les yeux quand il remarque ma présence. Je pose les affaires sur le bras du canapé. – Tu peux t’asseoir sur le canapé, tu sais. – Je... enfin, je ne voudrais pas le salir. Mon cœur se serre quand je vois la gêne s’afficher sur son visage. – Ne t’inquiète pas pour ça. Tu peux prendre une douche et je suis sûre qu’Hardin aura des vêtements à te prêter pour la nuit. – Je ne voudrais pas abuser. – Ce n’est rien, je t’assure. Je vais t’apporter du linge, va prendre ta douche. Tiens, voilà une serviette. Il me gratifie d’un pâle sourire. – Merci. Je suis si content de te revoir. Tu m’as tellement manqué. – Je suis désolée si Hardin s’est montré grossier avec toi, il est... – Protecteur ? – Oui, je pense qu’on peut dire ça. Il peut être très rustre, parfois. – Ce n’est rien. J’en ai vu d’autres. Il est sur la défensive et je le comprends. Il ne me connaît pas. Toi non plus d’ailleurs, bon Dieu ! Il me rappelle quelqu’un... Mon père s’arrête et sourit. – Qui ? – Moi. J’étais exactement comme lui. Il fallait faire ses preuves pour obtenir mon respect et je rentrais dans le premier qui se mettait en travers de mon chemin. J’avais la rage, comme lui. La seule différence, c’est qu’il a beaucoup plus de tatouages que moi. Il se marre et le bruit de son rire redonne vie à des souvenirs enfouis depuis longtemps. La sensation n’est pas déplaisante et je souris avec lui jusqu’à ce qu’il se lève et prenne la serviette. – Bon, je vais accepter ta proposition pour cette douche. – Je te poserai des vêtements de rechange devant la porte de la salle de bains. Quand je retourne dans la chambre, Hardin est toujours sur le lit, les yeux fermés et les genoux repliés devant lui. – Il prend une douche. Je lui ai dit qu’il pouvait t’emprunter des vêtements. Il se redresse. – Pourquoi t’as dit ça ? – Parce qu’il n’en n’a pas. Je m’avance vers le lit, les bras tendus pour le calmer. – C’est ça, vas-y, donne-lui mes affaires ! Et pourquoi pas mon côté du lit, pendant que tu y es ? – Arrête ça tout de suite. C’est mon père et j’ai envie de savoir ce que ça peut donner. Ce n’est pas parce que, toi, tu ne peux pas pardonner au tien que tu dois bousiller mes tentatives de renouer une relation. Hardin me regarde, sidéré. Il plisse ses yeux verts, je vois bien qu’il fait un énorme effort pour ne pas prononcer à haute voix les mots odieux qu’il me jette à la figure dans sa tête. – Tu es trop naïve. Combien de fois faudra-t-il que je te le dise ? Tout le monde ne mérite pas ta gentillesse, Tessa. – Mais toi, si. C’est ça ? Tu es le seul à qui je devrais pardonner et à qui je devrais accorder le bénéfice du doute. C’est plutôt égoïste de ta part. Je fouille dans son tiroir pour prendre un pantalon de survêtement. – Et tu sais quoi ? Je préfère être naïve mais capable de voir le bon côté des gens plutôt que de me conduire comme une conne avec tout le monde parce que je pense que le monde entier en a après moi. J’ajoute un t-shirt et une paire de chaussettes et je sors en claquant la porte. Quand je pose la pile de vêtements à l’extérieur de la salle de bains, j’entends la voix grave de mon père qui chante. Je colle l’oreille à la porte et souris. Ma mère trouvait ça insupportable, mais moi je suis fan. Je rallume la télé dans le séjour et pose la télécommande sur la table, si par hasard mon père voulait regarder quelque chose. Je débarrasse la cuisine et laisse quelques trucs sur le comptoir en cas de fringale nocturne. Depuis quand n’avait-il pas fait un vrai repas ? L’eau coule toujours dans la salle de bains, il doit apprécier la douche chaude, ce qui me laisse à penser qu’il n’a probablement pas pris de bain depuis un moment, non plus. Quand je retourne finalement dans la chambre, Hardin a le classeur en cuir que je lui ai offert posé sur les genoux. Je passe devant lui sans le regarder, mais il m’attrape par le bras. – Est-ce qu’on peut parler ? Il m’attire entre ses jambes et repousse rapidement son classeur sur le côté. – Vas-y, parle. – Je m’excuse d’être aussi con, ok ? C’est juste que je ne sais pas quoi penser de tout ça. – Tout quoi ? Il n’y a rien de changé. – Si, justement. Cet homme que nous ne connaissons vraiment ni l’un ni l’autre se trouve chez moi, et il veut devenir intime avec toi après toutes ces années. C’est chelou. Ma première réaction, c’est de me méfier, tu le sais. – Je peux le comprendre, mais tu as été vraiment odieux avec moi. Comme quand tu l’as traité de clodo. J’ai trouvé ça blessant. Il prend ma main en me tirant contre lui. – Excuse-moi, Bébé, je suis vraiment désolé. Il porte ma main à ses lèvres et ma colère se dissipe à ce contact si doux. Je hausse un sourcil. – Tu promets d’arrêter avec tes commentaires cruels ? – Oui. Il retourne ma main, paume ouverte, et en suit les lignes du bout des doigts. – Merci. J’observe ses doigts remonter sur mon poignet puis redescendre jusqu’aux extrémités. – Fais attention, quand même ? Parce que je n’hésiterai pas à... – Il a l’air plutôt sympa, non ? Je veux dire, il est chouette. Les doigts d’Hardin interrompent leur mouvement. – Je n’en sais rien. Ouais, il est plutôt sympa, c’est vrai. – Ce n’était pas le cas quand il était jeune. Les yeux d’Hardin lancent des éclairs, mais il me parle d’une voix douce. – Ne me parle pas de ça quand il est dans les parages, s’il te plaît. Je fais tout mon possible pour rester calme, mais il ne faut pas me chercher. Je monte sur ses genoux et il s’allonge en me tenant contre lui. – Demain, c’est le grand jour, soupire-t-il. – Ouais. Je me blottis contre lui. Hardin, qui a cassé la figure de Zed dans l’enceinte de la fac, est menacé de renvoi. L’audience est prévue pour demain, et ça tombe plutôt mal pour nous. Tout à coup, je repense au texto que Zed m’a envoyé, et que j’avais complètement oublié après avoir croisé mon père. Une légère sensation de panique m’agite. Quand nous attendions Steph et Tristan, mon portable a vibré dans ma poche et Hardin m’a regardée en silence pendant que je le lisais. Heureusement, il n’a rien demandé. IL FAUT QUE JE TE PARLE DEMAIN MATIN, SEULE, S’IL TE PLAÎT. Je ne sais pas quoi en penser. Je ne sais même pas si je devrais lui parler, étant donné qu’il a dit à Tristan qu’il allait porter plainte contre Hardin. J’espère que c’était seulement pour l’impressionner, pour ne pas perdre la face. Qu’est-ce que je ferai si Hardin a des ennuis vraiment sérieux ? Je devrais répondre à ce message, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée de voir Zed seul à seul. Hardin a bien assez de problèmes comme ça, ce n’est pas la peine que j’en rajoute. Soudain, Hardin me donne un coup de coude qui m’arrache au confort de ses bras. – Tu m’écoutes ? – Non, excuse-moi. – À quoi tu penses ? – À tout ça, demain, la plainte, le renvoi, l’Angleterre, Seattle, mon père... tout ça. Je soupire. – Tu viendras avec moi ? Pour l’annonce du verdict ? Il parle d’une voix douce, mais sa nervosité est perceptible. – Si tu veux. – J’ai besoin que tu sois là. – Alors oui. Il faut que je change de sujet. – Je n’en reviens toujours pas que tu te sois fait tatouer ça. Fais voir. Il me repousse gentiment pour pouvoir se retourner. – Soulève mon t-shirt. Je relève complètement son t-shirt noir pour dénuder son dos, et je tire le pansement qui recouvre les mots nouvellement gravés sur sa peau. – Il y a un peu de sang sur la bande. – C’est normal. Mon ignorance l’amuse. Du doigt, je suis le contour de la surface tout en observant les mots parfaitement tracés. « Je ne veux plus jamais être séparé de vous. » Ce tatouage qu’il s’est fait faire pour moi est mon préféré maintenant. Ces mots ont tellement de sens pour moi, et pour lui aussi, apparemment. Mais le plaisir est altéré par la nouvelle que j’ai choisi de lui cacher : mon départ pour Seattle. Je lui dirai demain, dès que nous saurons pour le renvoi. Plus j’attendrai, plus il sera furieux. – Ça te va comme engagement, Tessie ? Sinon je peux y retourner et me faire tatouer ton portrait juste en dessous. – Non, ne fais pas ça. Je secoue la tête, et il rigole. – Tu es sûre que ça te suffira ? Il s’assied et tire sur son t-shirt. – Pas de mariage. – Ah bon ? Un tatouage pour un mariage ? Je ne sais pas trop quoi penser de ça. – Non, pas exactement. Je me suis fait tatouer parce que j’en avais envie. Et puis, ça faisait pas mal de temps que j’en voulais un nouveau. – C’est une pensée délicate. – C’est pour toi aussi, pour te montrer que c’est ce que je veux. Il prend ma main dans la sienne. – Quelle que soit la nature de notre relation, je sais que je ne veux jamais la perdre. Je l’ai perdue une fois, mais je suis sûr qu’aujourd’hui on est sur la bonne voie. Sa main est chaude. – Alors, une fois de plus, j’ai repris à mon compte les mots d’un homme bien plus romantique que moi pour faire passer le message. Son sourire est éclatant, mais je discerne la peur qu’il dissimule. – Darcy serait horrifié par ton adaptation de sa citation. – Moi, je crois qu’il m’en taperait cinq. Je m’esclaffe. – Fitzwilliam Darcy ne ferait jamais ça. – Tu crois qu’il est au-dessus de ça ? Pas du tout, il s’assiérait ici et boirait une bière avec moi. Nous tomberions d’accord pour trouver les femmes de nos vies affreusement butées. – Vous avez de la chance, tous les deux, de nous avoir, Dieu sait que personne d’autre ne pourrait vous supporter. – Ah, tu crois ça ? – C’est évident. – Tu dois avoir raison. Mais je t’échangerais contre Elizabeth sans la moindre hésitation. Je pince les lèvres en haussant les sourcils, dans l’attente d’une explication. – Ne serait-ce que parce qu’elle partage mon opinion sur le mariage. – Elle se marie pourtant, je te rappelle. Dans un geste qui ne lui ressemble pas du tout, il me prend par les hanches et me fait tomber sur le lit. Ma tête atterrit sur la pile de coussins qu’il déteste – un fait qu’il ne manque jamais de me rappeler. – Ça suffit ! Darcy peut vous avoir toutes les deux. Nous partons d’un même éclat de rire. Ces intermèdes pendant lesquels nous nous disputons à propos de personnages de fiction, et où il rit comme un enfant, valent bien l’enfer que nous nous imposons l’un à l’autre. Ces moments me font oublier les dures réalités que nous avons traversées depuis le début de notre relation, et tous les obstacles qui nous attendent encore. – Apparemment, il est sorti de la salle de bains. – Je vais aller lui dire bonsoir. Je m’arrache à l’étreinte d’Hardin en lui posant un baiser tendre sur le front. Dans le séjour, ça me fait tout drôle de voir mon père avec les vêtements d’Hardin, mais ils lui vont plutôt mieux que ce que j’aurais cru. – Encore merci pour les habits. Je les laisserai là en partant demain matin. – Ça va, tu peux les garder si tu en as besoin. Il s’assied sur le canapé et pose les mains sur mes genoux. – Tu as déjà fait beaucoup pour moi, je ne mérite pas tant. – Ça va, je t’assure. – Tu es beaucoup plus compréhensive que ta mère. – Je ne suis pas sûre de comprendre quoi que ce soit pour le moment, mais j’aimerais essayer en tout cas. – C’est tout ce que je demande, juste un peu de temps pour faire connaissance avec ma petite... enfin ma grande fille. – Ça me plairait. Mon sourire est un peu crispé. Je sais qu’il a du chemin à faire, et je ne vais pas lui pardonner du jour au lendemain. Mais c’est mon père, et je n’ai pas l’énergie de le détester. J’ai envie de croire qu’il peut changer. Ça s’est déjà produit. Le père d’Hardin, par exemple. Il a remis sa vie complètement sur pied, même si Hardin ne parvient toujours pas à tourner la page de leur passé douloureux. Hardin a changé, lui aussi. Et vu que je connais peu de gens qui soient aussi butés que lui, je me dis que tout n’est pas perdu pour mon père, même s’il est tombé très bas. – Hardin me déteste. C’est loin d’être gagné avec lui. Son sens de l’humour est contagieux et je rigole. – Ça, tu peux le dire. Je regarde mon petit ami au bout du couloir, tout de noir vêtu, qui nous observe d’un œil suspicieux. 

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