
Quand L'Objet Devient Sujet
Chapitre 3
Le choc sur le visage de Marc était total, une toile blanche où se peignaient la confusion et une colère naissante.
« Maman ? » répéta-t-il, sa voix montant d'un cran. « C'est qui, ce gamin, Amélie ? »
Je me penchai et pris mon fils dans mes bras. Lucas passa ses petits bras autour de mon cou et posa sa tête sur mon épaule, intimidé par les deux étrangers.
Je le berçai doucement, mon regard fixé sur Marc.
« C'est mon fils, Lucas, » dis-je calmement, chaque mot étant clair et précis.
Les yeux de Marc s'écarquillèrent. Son esprit, incapable d'assimiler la vérité, chercha l'explication la plus scandaleuse.
« Ton fils ? » explosa-t-il. « Tu as eu un enfant ? Avec qui ? Tu as osé amener un bâtard dans la maison de mon père pendant mon absence ? »
Son accusation était si violente, si méprisante, qu'un frisson de dégoût me parcourut. Il n'avait même pas envisagé une autre possibilité. Pour lui, j'étais sa propriété, une chose qu'il avait laissée derrière lui et qu'il venait récupérer.
Chloé, voyant une opportunité, se hâta d'envenimer la situation.
« Oh mon Dieu, Marc ! » s'exclama-t-elle en portant une main à sa bouche, feignant l'horreur. « C'est une honte ! Pendant que tu te sacrifiais pour une cause humanitaire, elle te trompait ! Et dans ta propre maison ! C'est impardonnable ! »
Leurs accusations pleuvaient sur moi, mais elles ne m'atteignaient plus. Je tenais mon fils, mon trésor, et leur venin ne pouvait rien contre ça.
La gouvernante, Madame Martin, une femme d'une soixantaine d'années qui travaillait pour la famille Leclerc depuis toujours, sortit discrètement de la cuisine, alertée par les éclats de voix. Voyant la scène, elle pâlit.
« Monsieur Marc... » commença-t-elle d'une voix tremblante. « Ce n'est pas ce que vous croyez. Le petit Lucas est... »
« La ferme ! » la coupa Marc avec une brutalité qui la fit sursauter. « Personne ne t'a demandé ton avis, la vieille ! Retourne à tes fourneaux ! »
Madame Martin recula, les larmes aux yeux, humiliée par l'héritier qu'elle avait vu grandir.
Marc était parti il y a trois ans. Lucas avait un peu plus de deux ans. Un simple calcul aurait dû l'alerter, mais sa rage et son ego surdimensionné l'aveuglaient complètement. Il ne voyait que ce qu'il voulait voir : une trahison, une insulte à son honneur.
Son regard se posa de nouveau sur Lucas, blotti contre moi. Une lueur mauvaise s'alluma dans ses yeux.
« Ce bâtard... Il n'a rien à faire ici. Il souille le nom des Leclerc. »
Il fit un pas menaçant vers nous.
Mon corps se tendit. Je resserrai mon étreinte autour de mon fils, le protégeant de mon propre corps.
« N'avance pas, Marc, » dis-je d'une voix basse mais chargée d'un avertissement glacial.
Il eut un rire sarcastique.
« Tu me menaces ? Toi ? Après ce que tu as fait ? Tu n'as aucun droit ici, Amélie. Ni toi, ni... ça. »
Il désigna Lucas avec un mépris absolu, comme s'il parlait d'un objet répugnant.
La colère, froide et pure, monta en moi. La peur pour mon fils balaya toute autre considération.
« Je te le répète une dernière fois, » dis-je, mes yeux ne le quittant pas. « Ne le touche pas. »
Mon calme le déstabilisa plus que des cris. Il s'attendait à des pleurs, à des supplications. Pas à cette résistance tranquille et déterminée. C'était l'Amélie qu'il ne connaissait pas. L'Amélie que son père avait aidée à naître.
Mais son arrogance reprit vite le dessus.
« On va voir ça, » siffla-t-il entre ses dents, prêt à passer à l'acte.
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