
Quand l'Injustice Mène à la Force
Chapitre 3
Quand Jeanne est finalement rentrée à l'appartement, bien après minuit, elle a entendu des rires étouffés derrière la porte.
La voix de Sophie.
Elle a pris une grande inspiration et a ouvert la porte. La scène qui s'est offerte à elle était pire que ce qu'elle avait imaginé.
Sophie était assise sur le canapé, blottie contre Marc. Elle lui montrait quelque chose sur son téléphone, et il riait, son bras nonchalamment posé sur le dossier derrière elle, ses doigts effleurant presque ses cheveux.
C'était une image de complicité, d'intimité. Une image qui lui a tordu les entrailles. La douleur était physique, aiguë. Ils ne l'ont même pas entendue entrer.
Elle a refermé la porte derrière elle. Le bruit les a fait sursauter. Marc a retiré son bras rapidement, l'air coupable. Sophie, elle, a levé les yeux vers Jeanne avec un sourire faussement innocent.
« Jeanne, te voilà enfin ! On s'inquiétait. »
Marc s'est levé.
« Où étais-tu passée ? Je t'ai appelée cent fois. »
« J'avais besoin de prendre l'air, » a répondu Jeanne d'une voix neutre.
Elle a posé son sac, évitant leurs regards. L'air dans la pièce était lourd, rempli de mensonges non dits.
Sophie s'est levée à son tour, s'étirant comme un chat.
« J'ai préparé le dîner. J'espère que tu as faim. Marc m'a dit que tu adorais ma blanquette. »
Jeanne se souvenait des fois où Marc lui avait dit que sa propre cuisine était la meilleure. Un autre mensonge. Tout était un mensonge.
Elle s'est assise à table sans un mot. Le dîner était une torture. Sophie parlait sans cesse de son mariage, des préparatifs, de la somptueuse réception qu'ils organisaient.
« Paul est tellement merveilleux. Il est attentionné, riche, puissant... Tout ce dont une femme peut rêver. Bien sûr, toi, Jeanne, tu es plus... simple. Tu ne dois pas comprendre ce genre de choses. »
La provocation était à peine voilée. Sophie a toujours aimé la rabaisser, la faire se sentir inférieure. Marc ne disait rien, se contentant de manger en silence, le regard fuyant.
Jeanne a piqué un morceau de veau avec sa fourchette. Elle l'a mâché lentement, son visage impassible.
Puis elle a posé sa fourchette.
« C'est un peu sec. »
Sophie a arrêté de parler, surprise.
« Pardon ? »
« La viande, » a répété Jeanne. « Elle est sèche. Et la sauce manque de sel. »
C'était un petit coup, mais il a touché sa cible. Sophie était fière de sa cuisine. Son visage s'est décomposé, une lueur de colère dans ses yeux. Marc a levé la tête, interloqué par l'audace inhabituelle de Jeanne.
Une petite victoire silencieuse. Un plaisir fugace.
Le téléphone de Jeanne a vibré sur la table. Un message de sa belle-mère.
« N'oublie pas la réunion de famille demain au domaine du lac pour finaliser les détails du mariage de Sophie. Sois à l'heure pour une fois. »
Jeanne a soupiré intérieurement. Une autre épreuve.
Après le dîner, alors que Jeanne faisait la vaisselle, elle a entendu Marc et Sophie chuchoter dans le salon.
« On sort prendre un verre ? J'ai besoin de me détendre, » a dit Sophie d'une voix forte, pour que Jeanne entende bien.
« Bonne idée, » a répondu Marc.
Quand Jeanne est revenue dans le salon, ils mettaient leurs manteaux.
« On ne sera pas longs, » a dit Marc, sans la regarder.
Ils sont partis, la laissant seule dans l'appartement silencieux, avec la vaisselle sale et le goût amer de la trahison.
Elle était délibérément exclue. Humiliée.
La colère froide en elle a commencé à durcir, à se transformer en une détermination de glace.
Ils allaient le regretter. Tous.
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