Couverture du roman Quand la vérité te dévore

Quand la vérité te dévore

9.5 / 10.0
Après avoir hissé Romain au sommet, j'ai reçu la mort en cadeau. Mon mari m'a condamnée au froid pour les beaux yeux de Noémie, sa maîtresse. Alors que mon corps s'éteint, il ignore mes souffrances et sombre dans les mensonges. Il a oublié que je l'avais sauvé autrefois. Désormais, mon esprit reste enchaîné à lui, spectateur de sa chute inévitable. Je verrai l'empire que j'ai bâti s'écrouler tandis que la vérité le dévorera cruellement, sans aucun retour possible.

Quand la vérité te dévore Chapitre 1

J'ai consacré ma vie à faire de mon mari, Romain, l'homme le plus puissant.

En récompense, il m'a enfermée dans une chambre froide pour me laisser mourir de faim et de froid, tout ça pour sa maîtresse, Noémie.

Quand mon corps a été découvert, il a nié l'évidence, me traitant de comédienne et continuant sa vie comme si de rien n'était.

Son empire, que j'avais bâti pour lui, commençait à s'effondrer, mais il était trop aveuglé par les mensonges de Noémie pour le voir.

Il avait tout oublié. Il ne se souvenait même plus que j'étais la jeune fille qui lui avait sauvé la vie des années plus tôt.

Mais je ne suis pas vraiment partie. Mon esprit est resté prisonnier, lié à lui, forcé d'assister à sa descente aux enfers. Et maintenant, je vais regarder la vérité le dévorer tout entier.

Chapitre 1

Éloïse POV:

Mon mari, l'homme que j'avais aimé et aidé à s'élever, m'avait jetée dans les ténèbres d'une chambre froide. Il m'avait laissée mourir seule. Maintenant, mon esprit était prisonnier, forcé de regarder sa descente aux enfers, une tragédie que j'avais orchestrée sans le savoir.

La porte du bureau de Romain s'ouvrit avec fracas. Mon père avait toujours dit que le pouvoir changeait les hommes. Il n'avait pas menti.

Romain était assis derrière le grand bureau en acajou. Il n'avait même pas levé les yeux de ses documents.

« Où est-elle ? » Sa voix était un ordre sec.

Antoine Gagnon, le fidèle allié de ma famille, se tenait devant lui. Ses épaules étaient tendues, son visage pâle.

« Monsieur, Éloïse… » commença Antoine.

« Je ne t'ai pas demandé son état, Antoine. » Romain l'interrompit, son ton glacial. « Je t'ai demandé où elle était. »

Antoine déglutit difficilement. L'air dans la pièce était épais, lourd de la tension que Romain imposait.

« Elle est là où vous l'avez mise, Monsieur. » La voix d'Antoine était à peine un murmure.

Romain releva enfin la tête. Un sourire mince et cruel étira ses lèvres.

« Parfait. » Il se pencha en arrière dans son fauteuil. « J'espère que cette leçon lui fera comprendre. L'orgueil coûte cher, Antoine. »

Il regarda Antoine avec un air de supériorité.

« Elle pensait pouvoir me défier ? » Romain haussa un sourcil. « Elle s'est trompée. »

Je sentis une pointe de douleur transpercer mon esprit. Son arrogance était devenue insupportable.

« Mais Monsieur, la situation… » Antoine fit un pas en avant, hésitant.

« La situation est sous mon contrôle. » Romain le coupa net. « Éloïse a besoin de temps pour réfléchir à ses erreurs. Elle a besoin de solitude. »

Il y avait une satisfaction malsaine dans ses yeux. Il se croyait maître du monde, maître de ma vie.

« Mais cela fait plusieurs jours, Monsieur. » Antoine insista, sa voix tremblante. « Personne ne l'a vue. »

Un frisson traversa mon corps d'esprit. Antoine s'inquiétait. Lui, au moins, se souciait.

Romain haussa les épaules, un geste désinvolte.

« Elle est têtue. Elle préfère faire la morte plutôt que d'admettre qu'elle a tort. » Il ricana. « C'est tout Éloïse. »

Il y eut un bref instant. Une ombre passa dans les yeux de Romain. Un micro-tremblement dans sa main, posée sur le bureau.

Ce fut imperceptible, presque. Un éclair de quelque chose qui ressemblait à de l'inquiétude, ou peut-être juste de l'agacement.

Mais ce fut vite balayé. Son visage redevint une armure de glace.

« Qu'elle apprenne sa leçon. » Sa voix était dure. « Une femme comme elle doit savoir qui détient le vrai pouvoir. »

Antoine baissa les yeux, incapable de soutenir son regard.

« Mais… l'entrepôt… » dit Antoine. Sa voix était plus faible.

Je me souvins de l'endroit. Un vieux hangar désaffecté. Froid, humide, sombre.

« Quoi, l'entrepôt ? » Romain fut impatient. « Ce n'est pas un hôtel cinq étoiles, c'est une cellule de méditation pour les têtes brûlées. »

« Il y a… des signes, Monsieur. » Antoine fit un effort visible pour parler. « Elle… elle ne bouge plus. Et il y a… une odeur. »

Le cœur de Romain ne rata pas un battement. Ses yeux ne montrèrent aucune émotion.

« Des signes ? » Son ton était moqueur. « Elle a toujours été douée pour la comédie. Elle se roule dans la poussière pour attirer l'attention. C'est son genre. »

Il me rabaissait. Encore. Même dans ma non-existence, il trouvait le moyen de me salir.

« Monsieur, ce n'est pas une blague. » Antoine était désespéré. « Je crois qu'elle… »

« Assez ! » Romain frappa la table.

Sa voix résonna dans la pièce.

« Je vais la laisser mariner encore un peu. » Il fixa Antoine. « Demain matin. Si elle n'a pas encore retrouvé la raison d'ici là, tu iras la chercher. »

Romain se leva, mettant fin à la conversation. Il balaya Antoine du regard, un geste de renvoi.

Antoine s'inclina, impuissant, et quitta le bureau.

Puis, Romain se tourna. Son regard s'adoucit instantanément.

Noémie Mathieu se tenait dans l'embrasure de la porte, le regard baissé, l'air fragile. Des larmes perlaient au coin de ses yeux.

« Romain… » Sa voix était un souffle.

Mon estomac d'esprit se tordit. La manipulatrice.

Romain se précipita vers elle, son visage transfiguré par l'inquiétude.

« Noémie, ma chérie. » Il prit son visage entre ses mains. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle le regarda, ses grands yeux bleus embués de larmes.

« C'est juste… Éloïse. » Elle renifla, se serrant contre lui. « J'ai tellement peur pour elle. »

Une lueur de triomphe passa dans son regard, si rapide que seul mon esprit pouvait la déceler. Une lueur que Romain ne verrait jamais.

« Elle m'a abandonnée, Romain. » Noémie serra sa chemise. « Elle m'a laissée seule, face à ces hommes… Je… je ne sais pas si je m'en remettrai un jour. »

Romain la serra fort contre lui.

« Chut, ma douce. » Il embrassa ses cheveux. « Tu es en sécurité maintenant. Éloïse paiera pour ce qu'elle t'a fait. »

Il me haïssait. Il me haïssait pour un mensonge qu'il avait avalé tout entier.

« Elle n'a aucune pitié. » Noémie leva des yeux innocents vers lui. « Elle est si froide, si cruelle. »

Romain acquiesça, le visage dur. Il caressa le dos de Noémie.

« Je sais. » Sa voix était remplie d'une colère sourde. « Elle l'a toujours été. »

Alors, c'était ça. Pour lui, j'étais la dure, la cruelle. Et Noémie, la pure, l'innocente.

Mon esprit, transparent et invisible, se mit à rire. Un rire amer, sans son.

Personne ne m'entendit. Personne ne me vit.

Je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais plus rien faire.

Mon corps était mort.

Mon corps gisait, froid, dans cette chambre noire. La chambre froide désaffectée, au fond de l'entrepôt B, à l'écart de tout.

J'y avais passé des jours. Des jours et des nuits interminables. Sans eau, sans nourriture.

Le froid avait commencé par engourdir mes membres. Puis, il avait rampé, inexorable, dans mes veines.

Ma gorge était sèche, à vif. Chacune de mes respirations était une lame qui déchirait mes poumons.

Je m'étais recroquevillée sur moi-même, essayant de retenir la dernière parcelle de chaleur. Mais il n'y avait plus rien.

Mes doigts étaient bleus, mes lèvres gercées. Mes yeux s'étaient voilés.

Les hallucinations avaient commencé. Des ombres dansaient dans le noir. Des voix lointaines.

J'avais senti comme des petites bêtes se faufiler sur ma peau. Des serpents invisibles, froids et gluants, s'enroulant autour de mes jambes, de mes bras.

Puis, la sensation de fourmillements. Des milliers de minuscules mâchoires, me dévorant, morceau par morceau. Une armée d'insectes affamés, se gorgeant de ma chair, de mon sang.

Mon corps était devenu un festin.

J'avais poussé un dernier soupir. Un râle rauque, brisé par le froid et la soif.

Et ma conscience s'était élevée. Libérée. Mais non, pas vraiment. Attachée.

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