
Quand La Confiance Devient Trahison
Chapitre 3
Trois années ont passé. Trois années d'une tranquillité presque suspecte.
J'avais un nouvel atelier, plus modeste, mais le feu de la création brûlait à nouveau en moi. Isabelle était à mes côtés, mon soutien indéfectible, mon amour. Mes parents étaient sortis du coma, mais avec de lourdes séquelles. Ils vivaient dans un établissement spécialisé, et les voir me brisait le cœur à chaque visite. Mais ils étaient en vie. C'était tout ce qui comptait.
Ce soir-là, l'appartement que je partageais avec Isabelle baignait dans une lumière douce. J'avais préparé son plat préféré. Dans ma poche, une petite boîte en velours contenait une bague. Je voulais lui demander de m'épouser. Je voulais sceller ce nouveau départ, tourner définitivement la page sur l'horreur du passé.
Elle était dans son bureau, en appel téléphonique. Je me suis approché de la porte, un sourire aux lèvres, prêt à l'interrompre pour lui annoncer que le dîner était prêt. La porte était entrouverte. J'ai entendu sa voix, mais le ton était différent, plus dur, plus froid que celui que je lui connaissais.
Puis j'ai entendu un nom qui a glacé mon sang.
Sophie.
Elle parlait à sa sœur. Une curiosité malsaine m'a poussé à écouter.
« Il ne se doute toujours de rien ? » a demandé la voix lointaine de Sophie au téléphone.
Le cœur d'Isabelle a semblé se durcir. « Non, rien du tout. Il est complètement sous mon charme. L'idiot croit encore que je suis son ange gardien. »
Un rire. Un rire partagé entre les deux sœurs. Le même rire que j'avais entendu dans des centaines de dîners de famille, mais qui sonnait maintenant comme le glas de mon existence.
Je suis resté pétrifié, la main figée sur la poignée de la porte. Chaque mot était un clou de plus dans mon cercueil.
« Le plan a fonctionné à la perfection, » a continué Isabelle. « La chute d'Alexandre, la ruine de sa famille... tout s'est déroulé comme nous l'avions prévu. Tonton serait fier de nous. »
Tonton. Leur oncle. Un ancien créateur de mode, un rival de mes parents, mort des années plus tôt dans des circonstances que je croyais être un simple revers de fortune.
Tout s'est effondré. Les trois dernières années. Son soutien, ses larmes, ses baisers, ses promesses. Tout n'était qu'un mensonge. Une vaste, une monstrueuse mise en scène. J'étais sorti d'une prison pour tomber dans une autre, encore plus cruelle, car celle-ci était bâtie sur des fondations d'amour et de confiance. J'étais une marionnette, et elles tiraient les ficelles depuis le début. La colère a commencé à monter, brûlante, mais elle a été immédiatement étouffée par un sentiment de stupidité abyssale. Comment avais-je pu être aussi aveugle ?
J'ai reculé sans un bruit, le corps tremblant. Je me suis forcé à retourner dans le salon, à m'asseoir sur le canapé. La boîte en velours dans ma poche pesait une tonne. Je devais paraître normal. Ma vie en dépendait peut-être.
Quelques minutes plus tard, Isabelle est sortie de son bureau, un sourire radieux sur le visage. Le même sourire qu'elle m'offrait chaque jour. Un masque parfait.
« Ça va, mon amour ? Tu as l'air un peu pâle, » a-t-elle dit en s'approchant.
Sa main s'est posée sur mon front. Son contact, qui me réconfortait hier encore, me brûlait la peau. J'ai lutté pour garder une expression neutre.
« Oui, ça va. Juste un peu fatigué. Une longue journée. »
Elle m'a scruté un instant. J'ai vu une lueur fugitive dans ses yeux, une analyse froide et rapide, puis le masque de l'amour est revenu en place. Elle m'a cru. Ou a fait semblant de me croire.
« Alors, ce dîner ? J'ai faim, » a-t-elle dit d'un ton enjoué.
Elle s'est penchée pour m'embrasser. J'ai tourné la tête juste à temps pour que ses lèvres n'atteignent que ma joue. Elle a eu un léger froncement de sourcils, mais n'a rien dit.
Puis, en se dirigeant vers la cuisine, elle a lancé par-dessus son épaule, comme une évidence :
« On devrait bientôt se marier, non ? Il est temps de formaliser tout ça. »
C'était une affirmation, pas une question. Une façon de consolider son emprise, de s'assurer que sa marionnette ne lui échapperait pas. J'ai senti le piège se refermer sur moi, ses mâchoires d'acier broyant mes derniers espoirs.
J'ai dû répondre. Le silence aurait été un aveu.
« Oui, » ai-je dit, ma voix sonnant étrangement creuse à mes propres oreilles. « Tu as raison. Il est temps. »
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