
Quand Hériter Devient un Fardeau
Chapitre 3
Après deux semaines d'entraînement intensif, nous touchions enfin au terme d'une nouvelle séance. Ces derniers jours, Ronk m'avait soumis à une multitude d'exercices si variés que je peinais à me concentrer sur un seul. Chaque muscle de mon corps était douloureux, mais il s'adaptait progressivement à chaque épreuve. Mon corps devenait plus solide, et l'aura intimidante de Ronk se faisait un peu moins pesante. Sans doute commençait-il à me faire davantage confiance. Cela dit, il ne ménageait jamais mes efforts. Même lorsqu'il savait que je pouvais réussir facilement, il continuait à me pousser, refusant que je perde une seule seconde. Mais je n'avais pas l'intention de céder. Il fallait que je progresse.
Le lendemain, il nous conduisit près d'une grande cascade. Il désigna l'endroit et dit simplement :
- Aujourd'hui, ton entraînement se fera ici.
L'eau tombait en trombe depuis un plateau élevé, glaciale comme à chaque fois. Je compris que le défi serait rude : passer sous la cascade nue.
- Et que devons-nous faire exactement ? demandai-je.
- Déshabille-toi et traverse la cascade, répondit-il calmement.
Rester sous cette chute d'eau gelée ne me tentait pas du tout, mais je n'avais pas le choix. C'était une partie de l'apprentissage.
- Pourquoi ? insistai-je.
- Pour tester ta patience et ta résistance. Tu feras confiance à tes sens, pas à tes yeux. L'endurance et la patience sont essentielles. Tu ne peux avancer sans elles.
Je pris une grande inspiration, retirai mes vêtements et me glissai sous le courant glacé. Chaque goutte frappait ma peau comme de petites aiguilles de glace, et mes habits mouillés m'empêchaient de me réchauffer. Je m'assis sur un rocher, tremblante, et fermai les yeux, suivant les consignes de Ronk :
- Ne bouge pas avant que je te le dise. Concentre-toi sur les sons, oublie la douleur.
J'essayai de me calmer, mais le froid me secouait toutes les secondes, et la nausée me gagnait. Peu à peu, le défi dépassa la simple cascade : Ronk commença à me lancer des pierres sans prévenir.
- Écoute ! Ne bouge pas tant que tu n'as pas bloqué la pierre !
- Mais... je ne peux pas les éviter !
- Tu dois te faire confiance !
Le cœur battant, je tentai malgré tout d'esquiver, sauter, m'accroupir ou m'allonger. Les cailloux fonçaient sur moi comme des projectiles. Après un long moment, j'y parvins enfin. À chaque pierre bloquée, je sentais une force nouvelle en moi. Une énergie que je n'avais jamais ressentie. Je répétais l'exercice, encore et encore, jusqu'à ce que Ronk siffle :
- Assez pour aujourd'hui.
Je sortis de l'eau, trempée et épuisée, mais avec une étonnante sensation de progrès. Ronk hocha la tête :
- La prochaine fois sera encore plus difficile.
Alors que la nuit tombait, nous reprîmes le chemin de la forêt. La peur me saisit à nouveau lorsqu'un bruit inquiétant surgit parmi les arbres. Ronk scruta les environs et murmura :
- Reste près de moi et fais attention.
Soudain, il sortit sa hache, qui se mit à luire et à émettre de petites flammes. Une créature massive jaillit de l'ombre, un géant orc, accompagné de quatre loups menaçants. Ronk créa un immense brasier pour me permettre de fuir, et je m'élançai aussi vite que possible. Mais deux loups me poursuivirent, et à bout de forces, je grimpai à un arbre pour me mettre à l'abri. Mon souffle était court, mes muscles tétanisés. Les loups me cherchaient, grognant et frappant l'arbre. Quand l'un d'eux, le Loup Noir, me vit, il s'arrêta et, contre toute attente, se montra protecteur, repoussant ses compagnons.
Ronk arriva enfin, couvert de sang, et s'approcha. Je tentai de l'avertir :
- Hé ! Ronk ! Ne l'attaque pas, il ne m'a rien fait !
Mais il ne s'arrêta pas, testant mon pouvoir sur le Loup Noir. Ce dernier réagit instinctivement pour me protéger, et Ronk annonça :
- Félicitations, tu viens d'activer l'un de tes pouvoirs.
- Un de mes pouvoirs de loup ?
- Oui, le Contrôle du Loup. Il fonctionne uniquement sur les chefs de meute et te permettra de demander leur aide dans les situations les plus difficiles.
Nous rentrâmes à la maison, le Loup Noir nous suivant. Je lui donnai un nom : Max. Il sembla comprendre et accepter le lien immédiatement. Ronk, bien que mécontent, se tut, m'incitant à me concentrer sur l'apprentissage.
Assis près du feu, il m'expliqua les trois pouvoirs principaux que je devais développer : le Contrôle du Loup, la Griffe de Brutalité et le Hurlement Éternel. Chaque capacité avait ses risques et son utilité : la Griffe de Brutalité ne se manifestait qu'en cas de blessures graves et pouvait me transformer en prédateur incontrôlable, tandis que le Hurlement Éternel conférait une survie exceptionnelle grâce à trois cœurs. Le Contrôle du Loup, quant à lui, permettait de manipuler les chefs de meute et de bénéficier de leur soutien.
Il me parla aussi des autres lignées existantes : dix-sept au total, dont certaines plus puissantes que la mienne, et des plus dangereuses : Loup, Destruction et Dragon. Je compris alors que ma solitude pouvait devenir une force si je l'acceptais et l'utilisais pour m'entraîner davantage.
Je le fixai avec détermination :
- Ronk, je développerai tous mes pouvoirs, quoi qu'il arrive.
Il me regarda un instant et se contenta de répondre :
- On verra bien.
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