Couverture du roman P'tit Louis

P'tit Louis

8.2 / 10.0
En juin 1962, une mère courageuse fuit l'Algérie avec ses trois jeunes enfants. Après deux semaines de calvaire à l'aéroport d'Oran, elle atteint Marseille, dénuée de tout mais portée par une détermination absolue. À travers ce récit, J.M Lenoir relate son propre parcours, marqué par cet exode historique et un amour maternel indéfectible. Ce témoignage vibrant rend hommage à une femme forte et préserve un patrimoine culturel précieux pour les générations futures.

P'tit Louis Chapitre 1

J’ai eu besoin d’écrire ce livre pour parler de ma maman admirable, des femmes de ma vie et aussi pour raconter mon histoire à mes enfants et petits-enfants.

J’ai voulu redonner vie à mon passé, à mon enfance, aux moments forts de mon existence. Parler des hommes et des femmes que j’ai aimés et qui ont cheminé à mes côtés pour faire de moi l’homme que je suis.

Sans doute une forme de thérapie, mais aussi pour permettre à mes proches de découvrir des facettes de ma personnalité qu’ils ne connaissent pas.

J’ai essayé aussi de « photographier » les lieux que j’ai traversés et où j’ai vécu durant mon parcours.

Les « pieds-noirs », les Lyonnais, et aussi les parents et les couples en général pourraient s’y retrouver ou se rappeler leur expérience.

J.M Lenoir

Des deux côtés de la Méditerranée

Mon prénom est Louis, mais enfant on m’a toujours appelé P’tit Louis, surnom que j’ai gardé, même si en grandissant j’ai atteint la taille respectable de 1,87 m.

Sidi Bel Abbes, au Sud et pas très loin d’Oran, c’est dans cette petite ville que cette histoire commence un 2 février 1935. Cette année-là, et jusqu’en 1962, cette commune faisait partie de ces lointains départements français d’Algérie, et tu naissais.

Seule fille d’une famille de quatre enfants, ta mère était couturière et ton père adjudant dans la Légion étrangère, les différents conflits qui agitent perpétuellement la planète l’avaient conduit dans le nord de l’Afrique depuis plusieurs années

Je sais peu de choses de ton enfance et adolescence, maman, sinon qu’elle n’a pas été rose d’après ce que tu m’as raconté. L’autorité naturelle de l’adjudant, chef de famille, ne s’exerçait pas que sur les terrains de manœuvre et le cocon familial avait souvent des airs de caserne. Tu étais la seule fille au milieu de tes trois frères, Ernest, Gérard, René et tu vivais mal cette éducation « à la dure ».

Dans les années 1938/1939, mémé tenait une épicerie boulevard Hippolyte Giraud et vous logiez au numéro 7. En 1939, vous êtes partis rejoindre pépé à la frontière allemande où la Légion avait été appelée et vous y resterez jusqu’à la fin de la guerre.

Temps très difficiles de ce périple, vous êtes restés bloqués trois mois, enfermés dans un camp à St-Germain en Laye, qui était sous occupation allemande.

Puis retour à Oran en 1945, rue de la Bastille ou mémé tient une conciergerie, pépé travaille à l’hôtel Galiani comme veilleur de nuit et toi maman tu vas à l’école Laurent Fouque. Cette période scolaire sera courte, jusqu’à tes 13 ans, quand la jeune Arlette entre en apprentissage rue Rino pour apprendre la couture. Pour Pâques, il était de coutume d’aller au cabanon de tata Marinette au Cap Falcon pour se retrouver entre cousins et cousines et profiter de la plage autour d’un déjeuner. De l’apéritif au café, rien ne manquait, chacun apportait ce qu’il avait préparé pour se régaler. Tes meilleurs moments…

Vous quitterez ensuite la rue de la Bastille pour la propriété de madame Bl., comtesse de Pr., mémé fait la cuisine et pépé s’occupe du jardin ; toi tu fais le service à table et tu es la femme de chambre. Vous y demeurez trois ans. Tu travailles ensuite boulevard Lescure au service de madame La. jusqu’en 1957, quand le 27 avril pépé te conduira à l’autel de la cathédrale Saint-Louis pour ton mariage.

Tu avais peut-être choisi de te marier avec ce garçon plus âgé que toi de dix ans, plus parce que tu y voyais une « issue de secours » à une jeunesse médiocre que par véritable amour ?

Le jeune couple loge alors rue Béranger et votre magasin « La matelasserie moderne » se trouve rue Alfred de Musset.

Tu as gardé la nostalgie de cette Algérie française comme beaucoup de « pieds-noirs ». Il est vrai que la description que vous en faites dépeint un endroit agréable à vivre où les relations entre Français et Algériens ne laissaient pas entrevoir l’issue guerrière et meurtrière pudiquement appelée les « évènements ». La plupart des habitants des villes, Alger, Oran ou Constantine et bien d’autres n’étaient pas des colons.

Les « vrais »colons, il y en avait environ 12 000 dont 300 étaient très riches et une dizaine, excessivement riches (plus riches que tous les autres réunis). Avec leurs familles, ces 12 000 colons constituaient une population d’environ 45 000 personnes sur 1 042 000 (recensés à l’époque), les autres, près d’un million, étaient des ouvriers, des infirmières, des enseignants, artisans ou commerçants qui partageaient avec les Algériens des lieux de vie et des activités dans un climat d’entente, d’amitié, de sérénité et n’étaient pas des « conquérants »asservissant les autochtones sous leur joug.

Extrait « Les Français d’Algérie » de J. Verdès-Leroux

J’ai vu beaucoup de photos sur les albums de famille ou chez des amis ; les vues d’Alger ou d’Oran montraient de belles avenues, comme on peut en voir à Lyon ou Paris, des perspectives d’immeubles et magasins, de grandes places entourées de belles façades, des jardins, tout ça sur fond de palmiers et inondé de soleil. Les Français sont à Oran depuis les années 1840.

Comme la plupart des villes d’Algérie, Oran est peu connue en métropole et l’idée qu’on s’en fait n’est pas la réalité et très éloignée de la carte postale exotique, avec des marchés arabes et des chameaux, qui pouvait laisser croire que les Français habitaient dans des huttes et se nourrissaient de figues.

On peut discuter ce fait, mais les Français avaient transformé les grandes villes algériennes en cités européennes, enseignes de marchands, restaurants et cafés remplis de femmes, de soldats, de gamins comme on pouvait en voir à Paris.

Oran était une grande et belle cité ouverte sur un littoral bleu azur entre le village de Canastel, agréable station climatique, et le cap Falcon avec son phare et ses dunes.

Entre mer et montagne se succédaient les plages de sable de Bouisseville, Deauville, Albert plage et Claire fontaine. En empruntant le sentier de Caminico, on accède au fort de Santa Cruz où le jeudi de l’ascension se déroulait le traditionnel pèlerinage de la vierge qui reste dans le souvenir de tous les Oranais.

Après la cérémonie, on pique-nique en famille et on peut jouir du magnifique panorama sur la ville et le port.

Autour de la place Foch, la mairie et son large escalier décoré de deux lions de bronze, le théâtre municipal et les grands boulevards Maréchal Joffre, Clemenceau, la rue des Jardins qui descend vers la vieille ville et la rue Philippe en forte pente. La rampe Capitaine Vales qui mène au port et qui longe les murs de la forteresse du Châteauneuf, construction militaire qui fut la résidence des gouverneurs espagnols puis celle des beys d’Oran avant de recevoir le siège de la division d’Oran et divers services de l’armée.

Cette forteresse était entourée d’un parc, la promenade de l’étang, planté de ficus, de pins et de platanes qui embaumaient toutes les senteurs méditerranéennes.

Ces grandes artères, le boulevard Gallieni bordé de palmiers et d’immeubles cossus, de grands hôtels, de banques où le boulevard Clemenceau avec ses cafés et ses grands magasins étaient le cœur de la ville.

Mais aussi les rues commerçantes, grouillantes de vie comme la rue Alsace-Lorraine avec la brasserie de Provence ou le cinéma Empire ou encore la rue d’Arzeu bordée en partie d’arcades restaient des lieux incontournables des Oranais. Au niveau de la cathédrale on trouvait le square Gardel et le palais de justice et la rue de Mostaganem qui conduisait au quartier Saint-Eugène ; le boulevard Marceau lui débouchait sur la gare Centrale d’où convoyaient des agrumes, des céréales et du vin et qui desservait Alger, Sidi Bel Abbes, Tlemcen ou Colomb-Béchar.

On ne peut pas parler d’Oran sans évoquer le boulevard Front de mer, qui n’est pas sans rappeler la baie des Anges ou la Croisette, des endroits où les « pieds-noirs » se sont retrouvés après la guerre, d’où on pouvait contempler les couleurs changeantes du massif du Murdjadjo et de Santa Cruz au coucher du soleil.

La ville comptait sur le plan intellectuel et artistique grâce à son université et ses établissements scolaires comme les lycées Lamoricière, Ardaillon ou l’école Normale de garçons et de filles.

On y trouvait aussi le palais des beaux-arts qui abritait le musée Demaeght et la bibliothèque municipale.

Curieux hasard de l’histoire et de ma vie, les deux villes d’Oran et de Lyon, importantes pour moi, ont failli être jumelées. En novembre 1956, quelques mois avant sa mort, Édouard Herriot, le maire de Lyon envisagea le jumelage de ces deux villes ; ses parents reposaient au cimetière d’Oran et M. Fouques Duparc, alors maire d’Oran, avait lui des origines lyonnaises.

Malheureusement, les « évènements » ne permirent pas à ce projet de voir le jour

Aujourd’hui encore, plus de cinquante après l’indépendance de ce pays, certaines blessures ne sont pas cicatrisées et beaucoup de français d’Algérie ne l’ont pas oublié.

L’atmosphère orientale et méditerranéenne, un climat particulier, une ambiance et les bruits, la lumière, les parfums, les senteurs, le souvenir revient par les odeurs, de miel, d’épices, de fruits bien mûrs ; la douceur de vivre. Un monde disparu…

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Table des matières de P'tit Louis

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
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Ch. 7
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Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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