
Promesse d'enfance
Chapitre 3
La soirée battait son plein. Petit à petit, la clarté du jour diminua. La pénombre enveloppa doucement l’endroit jusqu’à laisser place à la nuit. William et Nicolas s’éloignaient en direction de la buvette quand tout à coup un grand coup de trompette résonna faisant stopper net chaque personne à l’endroit même où elle se trouvait. Monsieur le maire, remonté sur l’estrade au milieu des musiciens, annonça à la volée :
— En cet instant, je m’adresse tout particulièrement à vous les enfants. Merci de ne plus courir dans tous les sens et de bien vouloir rester sagement aux côtés de vos parents. À vous les parents, merci de les maintenir dans un périmètre raisonnable pour éviter toute brûlure qui viendrait gâcher cette joyeuse soirée. Des personnes vont maintenant s’approcher afin d’allumer ce feu tant attendu de la Saint Jean, pour accueillir l’été qui commence. Puis, en se tournant vers ces dernières, il ajouta :
— OK messieurs vous pouvez y aller !
À ces mots, une dizaine d’entre eux, munis de grandes perches, au bout desquelles des torches étaient allumées, se rapprochèrent du bûcher et l’enflammèrentde tous côtés. Le feu embrasa tout d’abord la paille entassée au pied du bûcher puis se propagea progressivement aux poutres les plus élevées. On entendit le craquement du bois qui crépitait. Tout l’espace alentour s’illumina de jaune et de rouge. Les parents, par prudence, maintenaient fermement les plus jeunes à leurs côtés. Et devant ce spectacle flamboyant, toute l’assemblée poussa alors des cris de joie tout en applaudissant et en tapant des pieds.
Puis, petit à petit, au son d’une musique rythmée, quelques personnes se prirent par les mains, saisissant au passage leurs voisins ou voisines, jusqu’à former une grande ronde tout autour du bûcher, à une distance raisonnable pour ne pas risquer de recevoir une flammèche. Marie et Denise n’y n’échappèrent pas. Elles se trouvèrent entraînées malgré elles. Pendant plusieurs minutes, au son de cette musique, toute l’assemblée, parents, enfants, adolescents et même vieillards virèrent à droite, à gauche en formant une grande farandole. Pour les deux amies, impossible de se dégager ni de parvenir à retrouver du regard William et Nicolas avant que ne cesse cette ronde improvisée.
Une fois libérées de l’étreinte de leurs voisins, elles tentèrent de regagner la table autour de laquelle elles étaient assises quelques minutes auparavant. Mais, alors que leur but était quasiment atteint, là encore impossible d’aller plus loin, car les parents de Marie arrivèrent à leur hauteur. Sa mère tenait par la main son jeune frère Marc, tandis que son père, en retrait, crochait le bras de Margot.
— Marie ! lui déclara alors sa maman, nous avons attendu jusqu’à maintenant pour participer à l’embrasement du bûcher et faire plaisir à ces deux-là(elle désigna du doigt Marc et Margot), mais la nuit est bien tombée maintenant. Il sera bientôt onze heures et demain matin les vaches, elles, ne vont pas attendre pour qu’on vienne les traire. Elles se moquent bien de la fête. Nous devrons, comme chaque jour, fête ou pas, nous lever tôt. Nous allons donc rentrer. Pars-tumaintenant avec nous ou, comme promis, préfères-tuexceptionnellement rester encore un peu pour t’amuser avec Denise et les jeunes de ton âge ?
— Bien sûr maman. Je reste encore un peu. Je rentrerai en même temps que Denise. Ne ferme pas la porte à clef. Je ne ferai pas de bruit à mon retour.
— C’est entendu lui répondit sa mère. Mais attention, pas de bêtises, car les gens du village sauront bien nous en informer si c’est le cas. Et tu sais qu’alors, il ne seraitplus question de sortie sans nous. Ton père et moi te faisons confiance, mais attention à ne pas nous décevoir. C’est bien clair ?
Puis elle se tourna vers Denise.
— Denise, je te la confie. Fais bien attention à elle. Rentrez bien toutes les deux ensemble, du moins jusqu’aux embranchements des deux fermes. Mais attention, pas trop tard tout de même, car pour toi comme pour Marie, faire la fête c’est bien, mais après pas question de bâcler le travail. Demain, vous aussi aurez à vous lever tôt, fatiguées ou non. Le travail n’attend pas. D’accord ?
— Oui madame. Ne vous faites pas de soucis. Tout ira bien et le travail n’en pâtira pas demain, c’est promis.
— Alors, bonne fin de soirée à vous deux. Nous rentrons. À tout à l’heure. Soyez prudentes.
Toute la famille quitta les lieux dans la pénombre pour rejoindre la ferme. Les deux amies poussèrent un grand ouf de soulagement. Elles allaient enfin pouvoir regagner leur banc laissé de force quelques minutes plus tôt, en espérant y retrouver leurs deux chevaliers servants. Leur désir fut rapidement exaucé puisque quelques minutes suffirent aux deux garçons pour les rejoindre, les mains bien chargées de crêpes et de boissons. Ils les posèrent immédiatement sur la table, mais avant que Marie ne saisisse elle-mêmeun des verres, William s’empressa de lui en tendre un directement.
— Prend celui-ci. Un bon jus de pommes bien frais, rien de tel après la ronde endiablée à laquelle vous avez participé autour du feu. Tu dois avoir la gorge bien sèche.
Nicolas répartit les autres verres avant de présenter à chacune des amies une crêpe délicatement posée sur une serviette papier. William profita de ce moment pour se tourner vers les deux amies.
— Au fait ! Nous nous sommes présentés. Mais pas vous. Avecqui avons-nousl’honneur de passer ces agréables moments Mesdemoiselles, leur demanda-t-ild’un ton flatteur ? Nous ne connaissons pas vos prénoms sauf si vous souhaitez rester incognito bien sûr.
Marie que ce beau jeune homme avait littéralement envoûtée à la fois par sa prestance et par son langage choisi, s’empressa de répondre.
— Oh ! Non ! Pas du tout. Voilà Denise et moi c’est Marie. Nous sommes très amies toutes deux. Vous pouvez bien sûr nous appeler par nos prénoms.
— Bien ! rétorqua William. Maintenant que les présentations sont faites, nous pouvons trinquer et boire à cette merveilleuse soirée en votre compagnie Mesdemoiselles.
Marie commença la première à boire.
— Ce jus de pommes est réellement toujours aussi frais, mais je le trouve plus piquant au goût que celui que nous avons consommé jusqu’ici. Pas toi Denise ?
Cette dernière la regarda avec étonnement.
— Attend. Je goûte le mien.
Elle but une gorgée de son verre et regarda son amie profondément étonnée.
— Non ! Je ne trouve pas. Il manque peut-êtreun peu de sucre, mais je ne le trouve pas vraiment différent de celui d’avant. Le fait d’être assoiffée a dû t’irriter la gorge et c’est pour cela que tu le trouves légèrement piquant.
À ces mots, William, lui aussi, porta son verre à ses lèvres.
— Oui Marie, Denise a raison. Il est très bon et surtout très frais. Et le tien Nicolas ?
Ce dernier en avala une bonne moitié de verre.
— Effectivement, il l’est. Tu peux le boire sans arrière-penséeMarie. Tu dois évidemment avoir besoin de bien te désaltérer après avoir participé à cette ronde improvisée.
— Bon ! rajouta alors William. Maintenant, goûtons à ces bonnes crêpes. Le sucre de dessus remplacera celui qui manquait peut-êtreau jus de pommes !
Marie ne posa plus de question. Elle finit de boire son verre tout en dégustant les crêpes. Une fois son verre vidé, elle se leva.
— Bien. Il est temps à présent de retourner sur la piste de danse. Acceptez-vousde nous servir de cavaliers messieurs ?
William échangea discrètement un clin d’œil avec Nicolas avant de tendre son bras à Marie pour l’inviter à le suivre.
— Bien entendu Mademoiselle. Allons-y. Mais attention à mes pieds, ils sont fragiles. Nicolas, je te laisse le soin d’inviter Denise.
Ce disant, il éclata de rire déclenchant, par la même occasion, celui des deux amies totalement conquises par le charme de ce jeune homme qui leur parlait comme s’il s’adressait à des personnalités. Les voilà tous lancés sur la piste, obligés parfois de jouer des coudes pour se faufiler parmi les autres couples de danseurs. Les deux amies se sentaient particulièrement fières de danser aux bras de ces deux beaux et séduisants jeunes gens surtout devant les regards envieux que leur lançaient les autres jeunes filles présentes à la fête.
Mais régulièrement et discrètement, sans en aviser Denise et Nicolas, William entraîna Marie vers les tables et les bancs. Et à chaque arrêt, faisant courtoisement patienter cette dernière, il se chargealui-mêmed’aller chercher les boissons. Marie se sentait honorée d’une telle galanterie. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, elle se sentait de plus en plus légère, heureuse, gaie. Elle riait à chaque parole prononcée par William oubliant jusqu’à la présence de son amie. Elle était totalement subjuguée par son beau cavalier. Elle ne parvenait plus à penser à personne d’autre que lui. Chaque parole qu’il prononçait lui procurait une joie immense. Les minutes défilèrent. L’horloge de l’église sonna douze coups indiquant que minuit était arrivé. Alors que William et Marie s’apprêtaient une nouvelle fois à se lancer sur la piste, Denise, suivie de Nicolas parvint à leur hauteur.
— Marie, dit-elle, la soirée est bien avancée. Je crois qu’il est temps maintenant de rentrer. Tu sais qu’il nous faut un minimum de repos avant de nous lever demain matin pour nos travaux journaliers. Nous allons donc dire un grand merci à ces deux jeunes gens pour cette charmante soirée passée en leur compagnie et nous allons retourner nous coucher. Suis-moi. Comme promis à tes parents, nous devons rentrer sagement toutes les deux.
Mais Marie ne sembla pas décidée du tout à lui obéir. Elle se sentait si bien, légère, aérienne. Elle avait la sensation d’être une plume soulevée par le vent, prête à danser, virevolter toute la nuit et comptait donc profiter encore un peu de ces instants magiques, merveilleux qu’elle n’avait jamais ressentis jusque-là. Peu lui importait les dires de son amie. Elle en avait d’ailleurs quasiment oublié la présence. Elle s’appuya fermement sur les coudes en enfonçant ses poings serrés sur ses joues pour lui montrer sa détermination, et lui répondit, d’un ton sec, pour lui confirmer son refus catégorique de la suivre.
— AH ! Non alors. Je reste ici.
William, contrarié dans ses projets, fixa Denise pour donner plus de poids dans ses propos.
— Non comme vient de te le dire Marie, pas question de partir tout de suite. Si tu veux t’en aller, n’hésite pas. Pars ! Nicolas pourra même te raccompagner si tu le désires, mais nous, nous restons encore ici, n’est-ce pas Marie ?
Denise fronça les sourcils et serra les dents pour montrer son désaccord à William, puis s’adressa de nouveau à son amie
— Marie, ce n’est pas ce qui était prévu. Viens avec moi ! Nous devons obéir à tes parents et rentrer ensemble toi et moi. Il est déjà tard. Nous avons bien profité de cette soirée. Maintenant, il faut être raisonnables. Suis-moi.
Mais rien à faire. Marie ne cédapas. Son visage s’assombrit. Ses lèvres se crispèrent. Elle lança son bras, poing serré méchamment vers son amie.
— Toi rentre, si tu veux, mais moi je reste. Que tu sois contente ou pas, c’est pareil ! Je suis assez grande pour savoir ce que j’ai à faire. Tu peux dégager. Je n’ai pas besoin d’un chaperon. William me raccompagnera bien lui-même. N’est-ce pas William ?
Ce dernier n’en attendait pas tant. Il avait gagné la partie. Marie allait rester avec lui et c’est ce qu’il souhaitait. Denise écarquilla de grands yeux, furieuse de la réaction assez vive de son amie de toujours. Puis elle tourna les talons sans lui dire au revoir et s’éloigna à grandes enjambées. Nicolas lui emboîta le pas. Il comprenait sa colère après l’attitude de Marie à son égard, et il ne voulait pas la laisser rentrer seule. Doucement, pour ne pas sembler lui forcer la main, il lui demanda.
—Acceptes-tuque je te raccompagne Denise et que nous fassions ce bout de chemin ensemble ?
Cette dernière acquiesça d’un simple signe de tête sans pouvoir s’exprimer tant elle était encore irritée des propos et de la manière de se comporter de son amie. Il lui fallut encore plusieurs minutes avant de réagir.
— Oui ! Bien sûr. Parler un peu me fera du bien. Je suis encore stupéfaite de la réaction de Marie. Nous avions passé tant de temps toutes les deux aujourd’hui à préparer joyeusement cette soirée. Nos parents avaient accepté exceptionnellement que nous demeurions un peu plus longtemps ce soir, mais il ne fallait tout de même pas abuser. Elle était tout à fait d’accord. La soirée avait bien débuté puis nous vous avons rencontrés. Nous étions ravies toutes les deux que vous nous ayez choisies comme cavalières. Et puis tout a basculé. Petit à petit, elle a changé. Que s’est-il passé ? Nous avons tant dansé toi et moi que je n’ai pas pensé à m’occuper d’elle. Ton copain William a certainement quelque chose à voir avec cela. Au fond, nous ne savons même pas qui vous êtes vraiment. Toi je t’ai déjà aperçu plusieurs fois au village, mais sans te connaître. Qui es-tu ? D’où viens-tu? Comment êtes-vousvenus ici ce soir ? Qui est ce William ? Que fait-il?
Devant une telle avalanche de questions, Nicolas resta perplexe tout en continuant de marcher tranquillement à ses côtés.
— Tu as raison. Eh bien voilà. Je suis le fils du propriétaire du grand haras sur la route de Caen. Tu l’as peut-êtredéjà vu si tu es passée devant. Nous avons nos propres chevaux de course, mais nous en gardons également d’autres appartenant à des particuliers qui nous payent pour les entretenir et les entraîner pour eux. J’ai connu William au lycée où nous sommes pensionnaires la semaine. La fin de l’année scolaire arrive bientôt, nous n’avons plus beaucoup de travail à faire. Comme il semble passionné par les chevaux je l’ai invité chez moi, au haras, pour quelques jours. Nous avons en pension de superbes étalons et de belles pouliches à lui montrer. Nous possédons un superbe domaine dans lequel il pourra pratiquer l’équitation durant son séjour. Nous avons appris qu’une fête avait lieu ici, dans votre village, ce soir. Nous avions envie de nous amuser un peu, après une année difficile et nous sommes venus à bicyclette jusqu’ici. Voilà ai-je répondu à toutes tes questions ?
— Oui excuse mon attitude à ton égard, mais je suis encore très en colère après la réaction de Marie. Jamais elle ne m’avait parlé ainsi. Je ne la reconnais pas. Nous avions tout prévu ensemble et subitement elle me rejette et m’insulte presque. Elle ne semble plus dans son état normal. Elle semblesubjuguée par William et je ne suis pas sûre qu’elle soit en sécurité avec lui. Je m’inquiète de devoir les laisser seuls, mais je n’ai pas le choix. Demain matin, on peut même dire ce matin, vu l’heure qu’il est déjà, je dois me lever tôt pour faire mon travail à la ferme. Je ne suis pas une privilégiée comme vous les garçons.
— Je crois que tu peux rentrer tranquillement. Je suis sûr qu’elle ne risque rien. Nous ne sommes pas des voyous. Juste des jeunes gens comme toi et Marie. Nous aimons nous distraire un peu, de temps en temps, pour décompresser d’une année d’étude. Aucune crainte à avoir. Crois-moi. Tu ne dois pas t’angoisser. Marie va rentrer un peu tard, certes, et demain matin, tout comme nous tous, elle aura beaucoup de mal à sortir de son lit. Je conçois que pour nous les garçons ce ne sera certainement pas si tôt. Ses travaux matinaux vont vite la remettre sur pied et la journée va sûrement lui sembler bien longue, mais elle se sera bien amusée. N’est-ce pas le principal ?
Denise, un peu confuse de lui avoir fait sentir à quel point lui et son ami appartenaient à une caste différente de la leur, se radoucit légèrement.
— Tu as certainement raison. Mais c’est mon amie. Tu comprends ? Enfin, je te fais confiance. D’ailleurs tout en parlant, nous voilà quasiment parvenus chez moi. Ma ferme se trouve juste là au bout de ce petit chemin. Je te laisse. Je rentre me coucher. Ravie d’avoir fait ta connaissance et merci pour cette soirée inoubliable passée en ta compagnie. Tu n’as plus qu’à aller récupérer ton vélo et qui sait ? Nous nous croiserons peut-êtreun jour prochain au village ? Également merci de m’avoir raccompagnée jusqu’ici. Bon retour à toi et bonne nuit.
— Bonne nuit à toi aussi et peut-être à un de ces jours.
Ils partirent chacun de leur côté. Nicolas revint assez vite rejoindre William et Marie. Mais il n’avait plus le cœur à s’amuser ce soir. Il avait passé de bons moments en compagnie de Denise et décida de rentrer lui aussi. Il s’approcha du couple et interpella William.
— Bon, il est tard maintenant. Je crois qu’il est l’heure de rentrer nous aussi. Nous avons un petit bout de chemin à faire pour regagner, à vélo, le haras. Nous pourrions ensemble ramener Marie chez elle sur le cadran d’une de nos bicyclettes et reprendre ensuite le chemin du retour. Qu’en penses-tu?
Avant même que Marie s’insurge des propos de Nicolas, William prit la parole.
— Non. Non. Si c’était le cas, nous aurions pu tout à l’heure ramener de la sorte les deux filles. Je n’ai aucune envie de partir maintenant. Marie non plus. Nous restons encore. Mais ne t’inquiète pas. Tu peux prendre ton vélo et rentrer tout seul. Je suis capable de retrouver le chemin du haras sans toi. Le temps d’arriver, ton père et les palefreniers seront debout et ils pourront m’ouvrir pour gagner ma chambre. Nous nous reverrons au petit déjeuner ou même directement au repas du midi. Bon retour.
Nicolas resta sans voix. Denise avait un peu raison. Le comportement de William était étrange. Il se demandait s’il ne devait pas rester ici en l’attendant, mais la fatigue commençait à le gagner et il ne se voyait pas rester inactif au bout de la table en attendant que son copain décide de partir. Il dit donc au revoir au couple et regagna sa bicyclette.
William était ravi de demeurer enfin seul à seul avec Marie. Il pouvait continuer tranquillement à atteindre son objectif
— Bon ! Nous allons arroser cela. Tu as bien fait de tenir tête à Denise tout à l’heure. Tu es bien assez grande pour prendre tes décisions toute seule. Elle est enfin partie. Nicolas, lui, préfère retrouver son lit. Tant mieux. Ne bouge pas. Je vais nous chercher un autre verre.
Marie resta assise sans broncher. Sa tête devenait peu à peu embrouillée. Je vais boire et retourner ensuite sur la piste de danse se dit-elle. Dès le retour de William, elle avala une bonne gorgée qui cette fois lui brûla encore davantage la gorge.
— Vraiment ! Je ne vais pas faire de compliment à celui qui a pressé ce jus, car il me semble de moins en moins bon.
— Ce n’est rien, lui rétorqua William. Simplement, à force de danser tu te fatigues. Tu respires surtout la bouche ouverte d’où cette impression que tu as de gorge qui pique, crois-moi ! Pour moi aussi, je t’assure, il me semble plus irritant, mais c’est normal.
— Oui ! Tu as certainement raison.
Ils repartirent pour quelques tours de piste quand brusquement Marie ne se sentit pas bien. Sa tête tournait. Ses jambes flageolaient. Elle avait beaucoup de mal à se concentrer sur tout ce qui l’entourait. Elle s’accrocha fortement au bras de William et regagna difficilement le banc le plus proche.
— Je veux partir. Denise avait raison. Il est l’heure d’aller dormir. En plus, le temps devient de plus en plus lourd. Il ne serait pas étonnant qu’un orage éclate.
Elle se leva un peu chancelante. La tête lui tournait davantage de minute en minute. William lui agrippa alors le bras pour la soutenir.
— OK. Viens. Je vais te raccompagner. Nicolas m’a dit que ta ferme est un peu à droite en sortant du village. C’est bien cela ?
— Oui. Oui. Merci à toi. Rentrons maintenant.
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