
Prisonnières de L'Alpha
Chapitre 3
La nuit enveloppait le territoire de la meute, silencieuse et apaisante pour ceux qui, à cette heure, avaient regagné leur foyer. Mais pour l'Alpha, cette quiétude ne faisait qu'amplifier le tumulte qui régnait dans son esprit. Seul dans ses appartements, il sentait les souvenirs se faufiler entre les murs de sa conscience, intenses et vivaces, comme si cette nuit passée avec elle n'était pas un souvenir, mais un événement tout juste achevé.
Il la revoyait, son sourire timide éclairant la pièce, le son léger de son rire qui résonnait encore dans ses oreilles. La façon dont elle avait posé sa main sur la sienne, hésitante, avant de lui offrir une confiance totale, sans retenue. C'était la première fois qu'il s'était autorisé à s'ouvrir, à montrer sa vulnérabilité, et elle... elle l'avait accepté, l'avait écouté, et l'avait fait sentir comme un homme, pas seulement un Alpha.
Mais maintenant... Maintenant, elle affichait un visage qui lui était étranger, un masque de froideur et de distance. Comment cette femme douce et aimante avait-elle pu devenir celle qu'il avait affrontée plus tôt dans la soirée ? Quel genre de douleur, quelle trahison, l'avait poussée à ériger ces murs si solides entre eux ? Ces questions le hantaient, mais une chose restait immuable : il ne la laisserait pas l'éloigner sans se battre pour elle.
Il se leva, incapable de rester en place, et se dirigea vers la fenêtre. En contrebas, les lumières de la ville s'étendaient, scintillant comme mille petits feux dans l'obscurité. Parmi eux, il savait qu'elle était là, quelque part, vivant une vie qu'il ignorait encore, jouant un rôle auquel il n'avait jamais été invité. Le poids de cette ignorance lui fit serrer les poings. Comment avait-il pu passer à côté de tant de choses ? Comment cette femme qui semblait si vulnérable, si en retrait, avait-elle pu devenir cette figure influente au sein de la meute, sans qu'il n'en sache rien ?
Quelques heures auparavant, lorsqu'il avait appris sa présence au sein d'un rassemblement officiel, il avait d'abord cru à une erreur. Mais en la voyant là, au centre de l'attention, rayonnante et assurée, il avait pris conscience de sa méprise. Elle n'était plus cette jeune femme hésitante qu'il avait connue. Elle avait changé, s'était élevée, et s'était sculptée une nouvelle identité, un nouveau rôle, loin de lui. Cette prise de conscience lui faisait mal, et pourtant, il éprouvait une admiration presque douloureuse pour elle. Elle avait surmonté ses faiblesses, s'était reconstruite... mais à quel prix ?
Soudain, une voix au fond de lui murmura avec conviction : il devait la reconquérir. Non pas pour retrouver ce qu'ils avaient autrefois, mais pour découvrir qui elle était devenue. Il voulait comprendre les ombres qui obscurcissaient son regard, les raisons de sa fuite, et il voulait être celui qui lui montrerait qu'il était prêt à l'aimer, même avec les cicatrices qu'elle tentait désespérément de cacher.
Déterminé, il descendit les escaliers et quitta ses appartements, traversant la nuit en direction de la demeure de sa conseillère de confiance. Arrivé devant chez elle, il frappa doucement, jusqu'à ce que la vieille femme, bienveillante mais exaspérée d'être réveillée à cette heure, ouvre enfin la porte.
« Qu'est-ce qui peut bien te tracasser pour venir me trouver au milieu de la nuit, Alpha ? » demanda-t-elle d'un ton bourru, mais avec une étincelle de curiosité dans les yeux. Elle connaissait cet homme depuis assez longtemps pour comprendre que lorsqu'il venait à cette heure, c'était une affaire de cœur, bien plus que de politique ou de devoir.
« J'ai besoin de ton aide, » murmura-t-il, la voix rauque, trahissant les émotions qu'il tentait de contenir. « Elle est revenue... mais elle m'échappe. Je dois savoir ce qu'elle a vécu durant son absence, savoir pourquoi elle a changé à ce point. »
La conseillère l'étudia un moment en silence, jaugeant la sincérité de ses propos, avant de soupirer doucement. « Tu sais que je ne suis pas une magicienne. Ce que tu cherches, c'est quelque chose que seule elle pourra te confier... si elle le désire. »
« Alors, aide-moi à lui faire comprendre que je suis prêt à l'écouter, prêt à tout entendre, » répondit-il d'une voix presque suppliante. « Aide-moi à la convaincre de me laisser entrer dans sa vie à nouveau. »
La vieille femme acquiesça, touchée par la détermination qui se lisait sur son visage. « Très bien, » murmura-t-elle enfin. « Je peux essayer de t'en dire plus sur ce qu'elle est devenue, sur ses réussites et ses nouveaux liens. Mais sache qu'il te faudra plus que des mots pour la convaincre de t'accorder une seconde chance. »
Au fur et à mesure qu'elle lui racontait la vie que cette femme avait construite depuis son départ, il se rendit compte de l'ampleur de sa transformation. Elle n'était plus seulement une femme parmi tant d'autres dans la meute ; elle était devenue une figure influente, respectée, admirée. Ses compétences, son intelligence et sa force avaient forgé une réputation qui la précédait désormais. Et pourtant, malgré toutes ses réussites, elle continuait de lui échapper, de le repousser.
Au petit matin, alors que le soleil pointait à l'horizon, l'Alpha retourna à ses quartiers avec une idée bien précise en tête. Peu importe combien elle tentait de le repousser, peu importe les obstacles qu'elle érigeait entre eux, il serait là, à chaque instant, prêt à briser les murs de glace qu'elle avait érigés.
Au cours des jours qui suivirent, il se montra omniprésent dans les mêmes cercles où elle évoluait. À chaque événement, il trouvait un moyen de la croiser, de l'observer de loin, de montrer qu'il n'était pas prêt à disparaître de sa vie. Parfois, il parvenait à croiser son regard, mais chaque fois, elle détournait les yeux, comme si elle s'efforçait de feindre son indifférence.
Lors d'un de ces événements, il s'approcha d'elle, ignorant les regards intrigués des autres invités. Il l'appela par son prénom, d'une voix douce mais ferme, la contraignant à s'arrêter. Elle lui lança un regard glacial, mais il s'approcha encore, refusant de reculer.
« Arrête de me fuir, » murmura-t-il, sa voix pleine de douleur. « Peu importe combien de fois tu dis que nous ne nous connaissons pas, je te reconnais. Et je sais que tu me reconnais aussi. »
Elle soutint son regard, le défiant du regard, avant de murmurer d'une voix coupante : « Vous vous trompez, Alpha. Le passé est derrière nous, et c'est ainsi que je compte le laisser. »
« Mais tu ne peux pas m'oublier, » répliqua-t-il, son regard intense rivé sur elle. « Tu peux prétendre tout ce que tu veux, mais je sais que tu as ressenti quelque chose, cette nuit-là. Tu n'es pas celle que tu prétends être, pas avec moi. »
Pour la première fois, il crut voir un éclat d'émotion traverser ses yeux, un instant fugace mais bien réel. Elle hésita, comme si elle luttait contre elle-même, puis elle détourna brusquement la tête, se composant à nouveau son masque impassible.
« Croyez ce que vous voulez, » murmura-t-elle, presque avec mépris. « Mais cela n'a plus aucune importance pour moi. »
Il la laissa s'éloigner cette fois, mais un sourire déterminé éclaira son visage. Peu importe combien elle tentait de le repousser, il avait senti cette faille, cet instant où elle avait hésité. Il y avait encore une part d'elle qui se souvenait, une part d'elle qui le reconnaissait, et il s'y accrocherait avec la ténacité d'un loup sur une piste.
Dans son cœur, il savait que cette femme n'était pas seulement un souvenir, mais son futur. Peu importe combien elle se montrait distante, combien elle tentait de l'oublier, il prouverait qu'il n'était pas juste un fragment de son passé. Il deviendrait celui qui l'accompagnerait dans sa nouvelle vie, celui qui saurait l'aimer, même avec ses ombres, ses secrets, et ses blessures.
La nuit tomba, mais cette fois, l'Alpha ressentit une nouvelle forme de paix. Il avait une mission, une cause pour laquelle il se battrait, et cette cause... c'était elle.
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