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Couverture du roman Prisonnière d'un Mariage Arrangé

Prisonnière d'un Mariage Arrangé

Nadia Slime subit un mariage forcé avec le puissant Emmanuel Fournier, une union glaciale imposée par sa grand-mère. Méprisée par son époux, elle vit un drame absolu en perdant son enfant à cause de l'indifférence de ce dernier. Bien qu'elle tente de fuir ce calvaire, l'influence d'Emmanuel l'étouffe encore. Sa rencontre avec le Dr Yves, un espoir de réconfort, déclenche la fureur de son ex-mari. Entre menaces et manipulations, Nadia réalise qu'elle reste prise au piège de son emprise.
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Chapitre 1

Ma grand-mère avait ce cœur large qui la poussait toujours vers les autres. Un jour, en marchant dans une rue, elle croisa un gamin livré à lui-même, sale, maigre, sans foyer. Elle s'arrêta, le fixa avec une douceur qui lui était propre et, sans la moindre hésitation, se dit : Cet enfant sera le mien. À partir d'aujourd'hui, je l'élève comme mon fils.

Sa belle-famille protesta, bien sûr. Elle n'en fit qu'à sa tête, menaça même de quitter son mari et d'emmener son véritable fils – mon père – si le petit n'était pas accepté comme un membre à part entière. Elle n'avait aucune idée, à ce moment-là, qu'elle venait de changer le destin de toute une nation. Car ce gamin qui aurait pu mourir sur le trottoir, Benoît Fournier, finit par bâtir la plus grande entreprise du pays et devint l'homme le plus riche d'Algérie.

Il ne cessa jamais de témoigner sa gratitude à ma grand-mère, lui offrant monts et merveilles. Elle refusa toujours, digne et ferme. Je l'avais toujours vue comme une femme généreuse et désintéressée... jusqu'au jour où elle nous réunit tous dans sa chambre : moi, alors âgée de vingt-trois ans, Benoît, sa femme fière, leur fille, et leur héritier, Emmanuel Fournier. Son regard triste fit naître chez nous une culpabilité lancinante, puis elle prit la parole pour nous sermonner longuement. Et soudain, elle lâcha une bombe :

- Emmanuel épousera Nadia.

Oui, moi.

Je restai pétrifiée. Tout le monde aussi, sauf elle. Je jetai un coup d'œil à Emmanuel, droit et impassible derrière son père, et je me dis : Quelle hypocrite... Ma grand-mère est venimeuse.

Benoît, bouleversé, les yeux pleins de larmes, finit par proclamer avec force :

- J'accueillerai la fille de mon frère disparu comme la mienne. Nadia entrera dans notre famille.

C'est ainsi que je fus mariée à Emmanuel Fournier, l'homme le plus convoité du pays. Je ne l'aimais pas, lui non plus. Mais ma grand-mère sut me piéger avec ses larmes et ses menaces de mourir de chagrin si je refusais. Emmanuel, lui, céda uniquement parce qu'il risquait la disgrâce et la perte de son héritage. Il signa le contrat à contrecœur, sourcils froncés.

Ce fut la pire erreur de ma vie. Je n'étais jamais qu'une étrangère dans leur villa. Sa mère me rappelait sans cesse mes origines modestes et m'écartait de leurs mondanités. Emmanuel, froid comme la glace, trouvait mes gestes et mes paroles embarrassants, me corrigeait sèchement, insensible à ma peine. Je finis par le haïr. Le jour où, à cause de lui, je perdis mon enfant, ce fut la goutte de trop. Un an après notre mariage, je partis. Trois ans ont passé depuis.

Je croyais m'être libérée, mais leur ombre restait partout. Même chez le dentiste. J'attendais, un vieux journal entre les mains, tentant d'oublier ma douleur en lisant des nouvelles périmées. Mais la une ne parlait que d'eux, encore : la société Fournier, son PDG brillant, mon ex-mari.

- Quel bel homme ! s'exclama une vieille dame à côté de moi en pointant la photo.

Toutes les autres femmes se tournèrent vers le journal.

- Et si jeune pour réussir autant... Quelle est son activité déjà ? demanda l'une.

- Il dirige Fournier Corporation, expliqua une autre, sûrement de mon âge. Presque tout ce qu'on achète vient de leur usine. Mais le plus fou, c'est qu'il est encore célibataire...

Elles gloussaient, elles rêvaient. Moi, je serrais les dents. Ce "célibataire" restait mon mari, légalement et religieusement. J'avais le droit de partir, mais pas celui de divorcer. Et voilà que son visage s'imposait jusque dans ma douleur. Ma dent me lançait plus fort, ma patience s'effritait.

Je finis par aller supplier la réceptionniste :

- Je vous en prie... laissez-moi passer avant, je ne tiens plus.

- Je suis désolée, mademoiselle, mais sans rendez-vous...

Je n'entendis pas la fin. La douleur me transperça, ma vision se brouilla, et je m'écroulai.

Quand je repris conscience, un homme d'une trentaine d'années se tenait devant moi. Pas un Apollon, mais un visage agréable, des yeux rassurants, un nez fin. Il portait une blouse blanche.

- Vous allez mieux ? demanda-t-il.

- Ça va... mais j'ai affreusement mal à la dent. Pouvez-vous m'aider ?

Il eut un petit rire, m'aida à me relever.

- Venez, je vais vous examiner.

Sous le regard jaloux des autres patients, je le suivis jusqu'au cabinet. Une femme attendait déjà, anesthésiée d'un côté du visage. Elle nous lança, intriguée :

- Mais qu'est-ce qui se passe ?

- Rien, répondit-il calmement. Cette dame a eu un malaise.

La patiente se pencha vers moi, intarissable :

- Un malaise ? Vous êtes enceinte ? Ou diabétique ? Vous savez, on peut mourir en tombant dans les pommes ! Mon voisin est resté dans le coma après...

Ses lèvres engourdies bougeaient de travers, ses histoires m'angoissaient plus encore.

- Les jeunes, vraiment... aussi fragiles que des citrons ! Vous allez vous évanouir encore ?

À ce moment précis, mes jambes flanchèrent de nouveau. Mais le dentiste me rattrapa dans ses bras puissants avant que je ne touche le sol. Son odeur, sa force, me rappelèrent brutalement Emmanuel. Le souvenir me fit frissonner. Je le repoussai aussitôt, glaciale :

- Ça va, pas besoin de m'aider.

Il s'écarta, contrarié. Je pris place sur une chaise, les mains tremblantes, tentant de retrouver mon souffle. Puis je me tournai vers la femme bavarde :

- J'ai une phobie de la douleur. J'en fais des crises rien qu'en y pensant. Je ne suis pas faible ni malade, mais vos histoires me rendent malade.

Le médecin, cette fois sérieux, posa enfin la bonne question :

- Vous avez pris quelque chose contre la douleur ?

Ma grand-mère possédait une générosité sans bornes, une disposition naturelle à tendre la main à quiconque en avait besoin. Un après-midi, alors qu'elle traversait une rue poussiéreuse, son regard se posa sur un garçon famélique, couvert de crasse, livré à la rue. Elle s'arrêta net, observa ses yeux perdus, et dans un élan irrévocable murmura en elle-même : Celui-là, je le recueillerai. À partir d'aujourd'hui, il sera mon enfant.

Les protestations fusèrent aussitôt dans son entourage. Ses beaux-parents s'indignaient, son mari hésitait. Elle, inébranlable, déclara qu'elle partirait avec son propre fils – mon père – si l'on refusait d'accueillir ce petit. Elle ignorait alors que ce geste impulsif allait bouleverser l'histoire de tout un pays. Car le gamin abandonné, Benoît Fournier, devint plus tard l'architecte de l'empire industriel le plus prospère d'Algérie et l'homme le plus fortuné de la nation.

Jamais il n'oublia ce sauvetage. À mesure que sa fortune croissait, il tentait d'inonder ma grand-mère de richesses et de cadeaux. Elle déclinait toujours avec une dignité inébranlable. Pour moi, elle incarnait le désintéressement absolu, jusqu'au soir où elle convoqua toute la famille dans sa chambre. J'avais vingt-trois ans. À ses côtés se tenaient Benoît, sa femme altière, leur fille, et leur héritier, Emmanuel Fournier. Son regard assombri nous mit tous mal à l'aise avant même qu'elle ouvre la bouche. Puis elle nous accabla d'un long discours moralisateur, et finalement, sa voix trancha :

- Emmanuel épousera Nadia.

Nadia, c'était moi.

Le silence nous cloua. Mon sang se glaça. Seule elle demeurait implacable. Derrière son père, Emmanuel restait raide, impénétrable, et je pensai : Quelle manipulation cruelle... Ma grand-mère dissimule du poison derrière ses larmes.

Benoît, bouleversé, la gorge serrée, finit par déclarer avec une ferveur tremblante :

- J'accueillerai l'enfant de mon frère disparu comme sienne. Nadia appartiendra à notre maison.

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