
Poignardée par l'homme que j'aimais
Chapitre 3
LYS CHARRIER POV:
Le lendemain matin, une enveloppe de démission. Ma main tremblait légèrement en la tendant à mon chef. C'était fait. Le premier pas.
"Lys ? Qu'est-ce que c'est que ça ?" Monsieur Dubois a froncé les sourcils, ses lunettes glissant sur son nez. "Tu plaisantes, j'espère ? Tu es notre meilleure photographe, personne ne gère la lumière comme toi."
Il a tenté de me retenir, de me convaincre de rester. "On peut parler d'une augmentation, de plus de responsabilités. Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"C'est personnel, Monsieur Dubois," ai-je répondu, ma voix un peu raide. "J'ai besoin de changer d'air."
Il a soupiré, se frottant le menton. "Je comprends. Un nouvel amour, n'est-ce pas ? Nicolas te gâte tellement, il est temps de fonder ta famille."
Un nouvel amour. Nicolas te gâte tellement. J'ai senti une pointe d'amertume. Si seulement il savait. Si seulement ils savaient tous.
J'ai failli exploser, leur dire la vérité. Que Nicolas n'était plus mon protecteur, mais mon bourreau. Que sa "gâterie" était une cage dorée dont je m'échappais à peine. Mais à quoi bon ? Ils étaient aveuglés par l'image parfaite qu'il projetait.
"Oui, Monsieur Dubois," ai-je dit, mon sourire un peu forcé. "Quelque chose comme ça."
Je voulais juste que la journée se termine, que je puisse faire mes adieux et disparaître. Le plus vite possible.
"Félicitations, alors ! Je suis sûr que Nicolas doit être fou de joie," a-t-il ajouté, me tapotant l'épaule.
J'ai hoché la tête, un son inaudible s'échappant de ma gorge.
Alors que je quittais son bureau, l'assistante, une jeune femme pleine d'enthousiasme, m'a interpellée. "Lys ! Nicolas est là ! Il t'attend dehors !"
Mon cœur a fait un bond. Non. Pas maintenant.
J'ai jeté un coup d'œil par la fenêtre. Sa voiture, un modèle luxueux, était garée devant l'immeuble. Et à l'intérieur, des fleurs. Des dizaines de roses rouges, entassées sur le siège passager.
"Oh, des fleurs !" s'est exclamée une de mes collègues. "Il est si romantique ! Il t'apportait toujours des fleurs quand vous sortiez ensemble."
Les souvenirs m'ont assaillie. Les bouquets de Nicolas, les petites attentions, les mots doux. C'était une autre époque. Une autre vie. L'ironie était si amère que j'ai eu envie de vomir.
"Nicolas !" ai-je appelé, ma voix coupante.
Il a levé la tête. Son expression était neutre, presque ennuyée.
"Je voulais m'excuser pour ma réaction hier soir," a-t-il dit, sa voix basse. "J'étais fatigué."
Une excuse. Pas pour ce qu'il m'avait fait, mais pour sa "réaction".
"Et tu t'attends à quoi, Nicolas ?" J'ai croisé les bras. "Que je te remercie ?"
Il a soupiré. "Lys, ne sois pas si dramatique. Je suis venu te chercher. Sienna a besoin de toi pour les préparatifs du mariage."
Les préparatifs du mariage. Les fleurs. Ces fleurs, pour elle.
Un rire sec m'a échappé. "Tu penses vraiment que je vais me prêter à ça ?"
"Ne fais pas l'enfant, Lys," a-t-il répondu, ses yeux se durcissant. "C'est notre famille. Tu dois être là."
Famille. Le mot sonnait creux, vide de sens.
"Tu es sérieux, Nicolas ?" ai-je demandé, ma voix tremblante de rage. "Tu penses que je vais photographier votre mariage après tout ça ?"
Il a levé un sourcil, comme si ma question était absurde. "Et pourquoi pas ? Tu es la meilleure."
La rage m'a submergée. J'ai ouvert la bouche pour crier, pour déverser toute ma douleur, toute ma colère. Mais je me suis ravisée. À quoi bon ? Il ne comprendrait pas. Il ne comprendrait jamais.
"Laisse-moi tranquille, Nicolas," ai-je dit, ma voix étranglée. "Pars."
Il est resté un instant, immobile, puis il a démarré sa voiture sans un mot de plus. Les roses rouges ont scintillé au soleil, mockant ma douleur.
Mes collègues m'ont regardée avec des yeux ronds. "Ça va, Lys ? Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"Rien," ai-je dit, les dents serrées. "Retournez travailler."
Ma collègue la plus proche, une jeune stagiaire, a timidement demandé, "Les fleurs... on peut en prendre ?"
J'ai senti une douleur lancinante dans ma tête. "Non," ai-je dit, ma voix à peine audible. "Laissez-les."
De retour à mon bureau, mon téléphone a vibré. Un message de Sienna. Une photo. Elle, dans les bras de Nicolas, un sourire provocateur sur les lèvres. Et sur l'épaule de Nicolas, ma robe de chambre, celle que je portais tous les matins. Accompagné d'un message : "Nico adore mes nouvelles tenues. On dirait que tu avais raison sur mes goûts."
Une seconde plus tard, le message a disparu. "Oups, fausse manip ! Scuze !"
J'ai fermé mon téléphone, un calme étrange s'installant en moi. Elle n'était pas subtile. Mais j'avais vu. J'avais tout vu.
Il n'y avait plus rien pour moi ici.
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