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Couverture du roman Play-boy

Play-boy

Comblé par le succès mais brisé par un amour impossible, un homme sombre à nouveau dans les excès de la jet-set. Entre conquêtes éphémères et nuits de débauche, il s'est forgé une armure pour protéger son cœur meurtri. Alors qu'il semble définitivement inaccessible, le destin s'apprête à bouleverser son existence avec une révélation de taille. Redevenu un play-boy endurci, il ignore encore que la vie lui réserve un tournant totalement imprévisible.
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Chapitre 3

Assise sur ce banc, dans cette cour ensoleillée, je regardais sans vraiment voir, ce qui se passait autour de moi.

La maison était animée, loin de l'ambiance à laquelle j'etais habituée.

Des femmes lavaient le linge dans un coin, mes tantes pilaient le mil dans un autre, à un rythme qui m'a toujours impressionné, tandis que des enfants jouaient non loin de là.

La plupart de ces personnes étaient des membres de ma famille.

Cette demeure était un socle commun à toutes ces personnes qui y ont leur vie et leurs habitudes.

Quand j'ai foulé le sol de l'entrée, il y a quelques jours, j'ai compris que ce serait désormais mon quotidien, à moi aussi.

Vous est- il déjà arrivé d'avoir l'impression d' être dans un mauvais rêve et d'attendre, non plutôt d'esperer un reveil brutal qui vous ramènera à la réalité?

Peut- être bien que oui mais si vous n'avez jamais vécu rien de tel, que dieu vous en preserve.

Ma grand mère m'a accueilli assez froidement car mes parents l'ont mise au courant de la situation et elle m'en veut.

Jamais elle ne m'avait traité de cette manière, jamais, mais à quoi pouvais- je bien m'attendre?

Déception.

Ce mot, est le seul qui tourne en boucle dans ma tête.

J'ai déçu ma famille et je sais que j'ai fait une erreur.

Il n'etait pas dans nos intentions d'aller aussi loin.

Qu'est ce qui nous a pris ce soir là?

Ie désir? La tentation? Le goût de l'interdit?

Quoi que ce soit, cela a changé ma vie, notre vie, à jamais.

Eric.

Que doit- il penser?

Il fallait que je trouve le moyen de le joindre.

- hé, Nancy, que crois- tu faire comme ça? Tu crois que tu vas passer la journée à te prélasser au soleil. Lèves toi, on va au marché.

Je soupire avant de me tourner vers cette voix qui m'agaçait au plus haut point.

Koumba.

Qui d'autre?

- allez debout! Ici tu n'es pas la princesse à son père hein. On y va!

Elle se dandina jusqu'à la porte et se retourna pour me toiser.

Je me levais pour la suivre sans un mot.

Kouma est ma cousine et la soeur de Demba et comme vous pouvez le constater, entre elle et moi, ce n'est pas le grand amour.

Elle a toujours été provocatrice mais j'ai toujours pris le parti d'ignorer ses paroles désobligeantes à chacun de mes passages ici.

Le problème, c'est que, cette fois- ci, je ne suis pas seulement .... de passage.

Le trajet jusqu'au marché se fit en silence, du moins de mon côté.

Pendant que je contemplais les grands cailcédrats qui surplombaient le marché, Coumba elle, ne faisait que parler.

" je ne sais pas pourquoi tu es là mais tu es bizarre"

" on dirait que tu as perdu de ta superbe, tu es malade ou quoi?"

" tu es là jusqu'à quand d'ailleurs?"

- coumba peux- tu me laisser tranquille? Faisons ce qu'on est venu faire et allons nous en!

- tchiip tu es tellement impolie! De toute façon, tout se saura un jour ou l'autre. Tiens ça et va chercher des carottes et de la patate douce

Je lui arrachais le billet qu'elle me tendait avant de me diriger vers les étales et acheter ce dont on avait besoin.

Cette situation est inédite pour moi, aller au marché et préparer le repas... qui l'eut cru?

Les seules fois où je l'ai fait c'était en compagnie de ma mère.

Les odeurs, les mouches volant d'étal en étal ne me donnaient pas vraiment envie d'y retourner.

La cuisine? C'etait pas mon fort, je faisais le minimum pour aider ...du moins, jusqu'ici.

La preparation du repas a été pour moi, une vraie corvée.

Entre les allées et venues sous ce soleil ardent, sans compter la chaleur etouffante qui émanait de l'enorme marmitte, je ne donnais pas cher de ma peau.

Une fois, tout ceci expédié, je ne pensais pas pouvoir avaler grand chose vu que les odeurs m'indisposaient au plus haut point.

Plus d'une fois, j'ai cru que j'allais rendre tout ce que j'avais dans le ventre, c'est à dire pas grand chose.

Il a fallu ensuite repasser un coup de balai dans la veranda où nous avons mangé, une fois que tout fut débarrassé.

Pensant en avoir enfin fini et esperant pouvoir retourner dans la chambre que je partageais avec ma très chère Koumba pour une petite sieste, je fus surprise d'entendre grand mère m'interpeller.

Elle me convoqua dans l'endroit qui etait jadis ma pièce preferée dans cette maison: sa chambre.

Cette pièce avait toujours le don de me rassurer mais aujourd'hui, j'aurai tout donné pour éviter d'y pénetrer.

Je m'asseyais à même le tapis en baissant la tête.

- Habibatou Nancy!

Son ton me fit sursauter, ce qui m'obligea à lever la tête aussitôt

- oui...

- je n'ai pas besoin de te dire ce que tu sais déjà car tu n'es plus une enfant. Ce que tu as fait a déshonoré notre famille. Ton père ne m'a jamais désobéi mais vous les enfants d'aujourd'hui n'en faites qu'à votre tête!

-.....

- je ne t'ai rien dit depuis que tu es là pour eviter de te traiter de tous les noms devant la famille mais je n'en pense pas moins. Écarter tes cuisses pour un homme, de surcroit un blanc? A quoi tu pensais petite sotte!

- grand mère......

Mes larmes commençaient à couler et une boule se forma dans ma gorge.

- ton père est dans une telle colère.....

Elle soupira avant de continuer

- sache que ta mère est en train de plaider en ta faveur pour que ton père accepte de te laisser continuer ton année scolaire ici mais...

Je n'en croyais pas mes oreilles, mon coeur battait la chamade

- ... ne te fais pas d'illusion, je ne crois pas qu'il acceptera car pour le moment, il ne veut même pas entendre parler de toi. Tu continueras donc à participer aux tâches menagères et apprendre à faire la cuisine. Même ça, ta mère a été incapable de le faire correctement!

Mon coeur se serra à ces mots en pensant à maman et à tout le tort que je lui causais.

Je sortis de cette chambre, le coeur meurtri et traversais la veranda pour retrouver le silence de la chambre quand je surpris Koumba en train de s'acharner sur ce pauvre petit.

- va jouer de l'autre côté, allez! Tu n'ecoutes jamais ou quoi? J'en ai vraiment marre de toi!

Essuyant rageusement mes larmes, je me dirigeais d'un pas ferme vers eux.

- tu ne peux pas le laisser tranquille? Ce n'est qu'un enfant, il n'a que 3 ans et tu ne lui laisses aucun repit!

- ce n'est pas de ma faute si ce petit a l'air de ne rien comprendre! Mais à quoi peut- on s'attendre de l'enfant d'une folle dingue, hein?

- comment peux- tu être si méchante? Tu crois que c'est de sa faute si sa mère est malade?

- malade? Elle est internée à l'hôpital psychiatrique, je te signale!

Voyant que cela ne servait à rien de discuter avec elle, je la plantais là et allais voir ce pauvre petit qui etait recroquevillé dans un coin et pleurait doucement.

Je m'agenouillais auprès de lui et lui caressais doucement la tête.

- hé, viens avec moi Elimane. Ne pleures pas. Viens tata va te donner du jus de bissap. Tu aimes ça?

Il leva les yeux vers moi et hocha la tête.

Son regard me fendit le coeur.

Je le serrais alors contre moi et lui donnais comme promis du jus bien frais avant qu'il ne parte jouer, le sourire aux lèvres.

Depuis ce jour là, on s'est lié d'affection lui et moi.

La mère d'Elimane etait une femme qui travaillait pour grand mère Daado et qu'elle avait décidé de recueillir car elle avait un handicap mental.

Elle etait venue chercher du travail disant qu'elle se retrouvait seule avec un bébé alors que son mari venait de mourir.

Personne ne voulait l'engager en la voyant avec son enfant sur le dos mais ma grand mère le fit.

Au fil des années, son état avait malheureusement empiré.

Grand mère a fait ce qu'elle a pu pour elle, n'ayant jamais voulu qu'on l'interne à cause du petit Elimane mais elle lui a causé beaucoup de stress, disparaissant parfois durant des jours et des jours.

Elle reapparaissait ensuite ayant faim, soif et dans un état pitoyable.

D'après ce que j'ai compris de l'histoire, sa dernière disparition dura plusieurs mois durant lesquels, la famille l'a cherché partout, faisant des communiqués en tous genres.

Alors que les gens commençaient à perdre espoir, elle réapparut aussi soudainement qu'elle avait disparu.

Sous la pression familiale, grand mère dû se resoudre à céder et la faire interner pour son bien.

Personne n'a jamais su qui etait le père du petit Elimane, ni qui était sa vraie famille mais la question ne se posait plus puisque cet enfant ne connaissait aucune autre famille que la nôtre.

Et moi, où en etais- je?

Au même point.

J'ai essayé de contacter Eric, un jour où je me suis introduite dans la chambre de grand mère et composé à toute vitesse le numéro de son domicile que je connaissais par coeur mais par manque de chance, il n'etait pas chez lui.

Laisser un message?

A part donner mon prénom, que pouvais- je dire d'autre?

Il m'etait impossible de laisser le numero de téléphone de la maison que je ne connaissais d'ailleurs même pas mais à quoi bon de toute manière?

La première personne qui saura que je suis en contact avec lui dans cette maison n'hésitera pas à me dénoncer.

La mort dans l'âme, refusant jusqu'à diner ce soir là, je me refugiais alors auprès de mon meilleur ami, mon baladeur cd.

Ma seule préoccupation, le temps que mon sort soit définitivement scellé, etait d'avoir toujours des piles pour pouvoir écouter de la musique.

Ma deuxième bouée de sauvetage fut l'ecriture.

Je me noyais dans cet ocean de mots qui se bousculaient dans ma tête et qui devait en sortir au risque que je devienne folle.

J'imaginais alors ce que je dirai à Eric s'il était en face de moi, à mon père, ma mère, et même Racine.

Mon grand frère Fadel?

Je n'avais pour le moment pas le coeur de parler de lui.

2 jours après mon arrivée à Kolda, il a appelé du Canada alors que nous étions sur le point de nous coucher.

Dès que Koumba a entendu que c'etait Fadel qui appelait, elle a couru comme une demeurée se saisir du téléphone.

Elle minaudait et faisait des manières en tous genres, oubliant qu'elle était au téléphone et que par conséquent, personne d'autre que moi ne la voyait faire son numéro de charme.

Là où je voulais en venir, c'etait que ce coup de fil etait loin d'être ce que j'esperais.

A peine, le combiné aux oreilles, j'en pris plein la figure et mon grand frère que je croyais plus ouvert d'esprit et auprès de qui je pensais trouver une oreille attentive, me traita de tous les noms.

Cela m'a rendu malade des jours durant.

La surprise à laquelle je ne m'attendais pas par contre, c'etait de voir ma mère et Racine débarquer sans crier gare, quelques jours plus tard.

J'ai couru comme une malade me jeter sur eux de manière spontanée, sans arrière pensée mais l'accueil glacial qui me fut reservé, me ramena brutalement à la réalité.

Moi qui esperait, ne serait- ce qu'un instant qu'ils etaient revenus sur leur décision de me laisser à Kolda, dechantais très vite en voyant qu'ils avaient ramené avec eux des valises.

- ton père a donné son accord pour que tu continues ta scolarité ici. C'est une chance pour toi. Nous t'avons ramené tes cours et tes affaires.

Ma mère avait le visage fermé et me paraissait tellement inaccessible.

Grand mère et elle s'enfermèrent dans la chambre me laissant seule avec mon petit frère.

C'etait l'occasion ou jamais.

- Racine......

Il avait le visage tourné me signifiant qu'il ne voulait pas me parler.

- Racine, stp, je sais que tu m'en veux mais c'est moi Nancy, ta soeur et je suis toujours la même.....

La main posée sur la sienne, je le voyais agité et mal a l'aise signe qu'il voulait quand même m'ecouter

- stp, dis moi si tu as vu Eric....

Il tourna brusquement la tête vers moi en retirant sa main

- c'est tout ce qui t'interesse en fait! J'y crois pas!

- je t'en prie je veux savoir comment il va! Il doit être très inquiet et a dû demander de mes nouvelles, et...

- non il n'a pas demandé de tes nouvelles! Il vit sa vie tranquillement comme avant avec sa bande de potes! Qu'est ce que tu croyais hein? Que tu étais le centre de son univers? Eh bien tu as eu tout faux! Ton Eric se porte comme un charme!

- qu..quoi? Ça ne peut pas être vrai....il a forcément dû....

- dû quoi? Hein?

- attends stp.... peux- tu...

Je courus aussi vite que je pus dans ma chambre pour en ressortir avec un bout de papier que j'essayais de lui remettre tant bien que mal

- mais qu'est ce que tu fais Nancy? Lache moi!

- je t'en supplie Racine, donne lui ça , c'est tout ce que je te demande, je t'en supplie

- non, je ne le ferai pas!

On se debattait, moi voulant lui remettre le papier de force et lui ne voulant rien savoir.

La porte de la chambre de grand mère qui s'ouvrait nous fit sursauter tous les deux et j'en profitais pour fourrer la lettre dans la poche de son pantalon.

- qu'est ce qui se passe ici?

- rien dis- je précipitamment en le suppliant du regard de ne rien dire

Ma mère nous scruta à tour de rôle, puis s'adressa à mon frère

- allons y

Ces mots qui annonçaient leur départ imminent me fit comme un electrochoc.

Leur départ sans moi signifiait pour moi, rester ici, loin de tout, de ma famille, de mes amis, de mon amour....

Dans un acte non prémédité, je me jetais à terre m'accrochant aux pieds de ma mère

- neené je t'en supplie ne me laisse pas ici. Ramène moi à la maison, je

t' en supplie neené, pardonne moi. J'ai fait une erreur mais je ne suis pas une mauvaise fille

Etouffée par mes sanglots, je sentais qu'on me tirait en arrière mais je m'accrochais désespéremment et de toutes mes forces ne pouvant me résoudre à les laisser partir.

Quand mon regard croisa celui de ma mère et que je vis ses larmes couler sur ses joues, la seule chose que je voulais était ...mourir.

- estime toi heureuse d'avoir encore un toit sur la tête. Beaucoup de jeunes filles dans ta situation se sont retrouvées à la rue......

Elle s'essuya le visage, tira le bras de Racine et ils se dirigèrent vers la sortie.

Mes pas me guidèrent à leur suite, sur le pas de la porte où j'assistais impuissante au départ de la voiture disparaissant au loin.

Ces mêmes pas me guidèrent dehors, où ils sillonèrent les rues, les unes après les autres, sans but précis interrompant toute communication avec mon cerveau.

Les regards que je sentais sur moi me laissaient indifférente.

Je me rendais compte de l'évidence qui s'imposait à moi.

Oui, maintenant, j'ai compris.... oui ....j'ai compris que désormais, je ne pourrai plus compter que sur moi même.

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