
Piégé dans sa toile de manipulation
Chapitre 2
Le texto de Maxime a fait vibrer mon téléphone : « T'es où ? Au café de la fac ? »
J'ai répondu : « Je viens de finir mon cours. Je vais rejoindre Manon au foyer des étudiants. » Mes doigts ont hésité au-dessus du bouton d'envoi. J'avais encore la boule au ventre depuis ce matin.
Un instant plus tard, il était là. Pas au café, mais traversant la cour principale, ses yeux balayant la foule. Quand il m'a repérée, un léger sourire a effleuré ses lèvres, et il m'a fait un signe de la main. Il s'est approché, a ignoré ma main tendue et a attrapé mon poignet, sa prise ferme.
« Je me disais qu'on pourrait aller à cette petite galerie d'art en Presqu'île », a-t-il suggéré, sa voix étonnamment douce. « Tu as toujours dit que tu voulais voir la nouvelle expo. »
J'ai cligné des yeux. Une galerie d'art ? Maxime ? D'habitude, il considérait tout ce qui sortait de ses recherches comme « futile ». *Il essaie de se faire pardonner, Léna. Tu vois comme il est adorable ?* Les Voix applaudissaient déjà.
Mais une petite partie de moi, rebelle, s'est souvenue de la dernière fois que j'avais suggéré la galerie. Il avait été trop occupé, trop absorbé par son travail, me laissant errer seule dans les rues que je ne connaissais pas, me sentant perdue et déplacée.
J'ai essayé de libérer ma main, un petit geste de résistance. « Oh, je ne sais pas, Maxime. J'ai vraiment dit à Manon que je la rejoignais. »
Son sourire s'est effacé, une lueur d'irritation dans ses yeux. Il a resserré sa prise, son pouce appuyant sur mon pouls. « C'est pas grave, tu n'as qu'à lui envoyer un texto. C'est important. » Il a commencé à m'entraîner, son pas rapide.
Le soleil était chaud sur ma peau, mais sa main était comme un étau de glace. Je détestais cette sensation, celle d'être traînée. La chaleur de sa peau contre la mienne, habituellement un réconfort, me semblait maintenant une cage.
« Je suis désolé, Léna », a-t-il dit en s'arrêtant brusquement. Sa voix était sincère, ses yeux fixés dans les miens. « Pour ce matin. Et pour avoir été si occupé ces derniers temps. C'est juste que... le doctorat est exigeant, tu sais ? Mais je te promets, je prendrai plus de temps pour nous. Je garderai même mes distances avec Chloé si c'est ce que tu veux. Elle n'est qu'une collègue. Toi, tu es ma copine. »
Ses mots sonnaient si sincères, si convaincants. *Il est sérieux cette fois ! Il tient vraiment à toi !* criaient les Voix avec joie. Mais un murmure glacial venu du plus profond de moi m'a rappelé toutes les autres fois où il avait fait ces promesses, chacune se brisant un peu plus que la précédente. Il avait toujours dit qu'il « prendrait plus de temps », pour que je le retrouve ensuite en train de déjeuner avec Chloé, ou de travailler tard au labo avec elle, ignorant mes appels.
Mes yeux ont cherché partout. Là, près de la fontaine, se tenait Manon, agitant son écharpe aux couleurs vives. Je lui ai fait un petit signe de tête urgent.
« Je ne peux pas, Maxime », ai-je dit, en essayant de garder ma voix stable. « J'ai vraiment promis à Manon. On a des projets. Tu sais comment elle est. »
Il a de nouveau eu l'air surpris, puis sa prise sur ma main s'est intensifiée, ses jointures devenant blanches. « Léna, ne sois pas ridicule. Dis-lui juste qu'un imprévu est arrivé. »
« Non ! » J'ai arraché ma main, me frottant le poignet. « Je vais avec Manon. » Je me suis retournée et j'ai pratiquement couru vers mon amie, le laissant planté là, seul, au milieu de la cour.
En me dépêchant de rejoindre Manon, j'ai repensé à cette galerie d'art. J'y étais allée seule ce jour-là, exactement comme il l'avait prévu. J'avais fini par pleurer dans les toilettes, fixant mon reflet dans le miroir bon marché. L'art était devenu flou à travers mes larmes, un méli-mélo de couleurs et de formes. Ça avait été l'un des après-midis les plus solitaires de ma vie, un rappel brutal que même quand je faisais des choses que j'aimais, le vide de son absence me suivait toujours. Ce souvenir était une pierre froide et dure dans ma poitrine.
Vous aimerez aussi





