
PDG : un pacte pour aimer à nouveau
Chapitre 3
Le premier jour de travail sur la fresque débuta dans un silence presque solennel. La lumière du matin passait à travers les vitraux de la chapelle, projetant des ombres colorées sur le sol froid. L'atmosphère, bien que paisible en apparence, portait un poids étrange, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.
Clara m'avait rejoint peu après l'aube, visiblement nerveuse. Elle s'affairait à ranger les outils et les matériaux de restauration que j'avais soigneusement disposés la veille.
« Vous avez bien dormi ? » me demanda-t-elle tout en cherchant une boîte d'éponge qu'elle semblait avoir égarée.
Je haussai les épaules, évitant son regard. « Pas vraiment. Cet endroit... Il a une façon particulière de jouer avec l'esprit, tu ne trouves pas ? »
Elle émit un petit rire nerveux. « Oh, absolument. Les premières nuits ici, j'ai cru entendre des voix. Mais je suis sûre que c'était juste le vent. »
Un silence gênant s'installa, seulement interrompu par le bruit de ses gestes maladroits. Mon attention était entièrement absorbée par la fresque devant moi. Elle semblait différente ce matin-là, comme si la lumière changeante révélait des détails qui m'avaient échappé la veille.
Je m'approchai, lentement, effleurant du bout des doigts la surface craquelée. Les motifs qui entouraient la femme masquée me semblaient étrangement familiers, comme une mélodie que l'on reconnaît sans pouvoir l'identifier. Des arabesques, des symboles que je ne comprenais pas, mais qui semblaient s'adresser directement à une partie oubliée de moi-même.
Clara interrompit mes pensées. « Ça doit être fascinant de travailler sur une œuvre comme celle-ci. Vous croyez que ça a été peint par un artiste célèbre ? »
Je pris un moment avant de répondre, mes yeux toujours rivés sur le masque. « Peut-être. Ou peut-être que l'artiste voulait rester anonyme. Parfois, l'art parle pour lui-même, sans qu'on ait besoin de savoir qui l'a créé. »
Elle hocha la tête, même si je pouvais voir qu'elle ne comprenait pas vraiment.
La matinée passa rapidement, rythmée par le frottement des pinceaux et le grattement léger des outils. À mesure que je nettoyais les couches de saleté et de suie accumulées au fil des siècles, les couleurs de la fresque se révélaient peu à peu. Chaque nuance semblait soigneusement choisie, chaque détail porteur d'un message que je n'arrivais pas encore à déchiffrer.
Ce fut en début d'après-midi que Lucien Moreau fit son apparition. Je l'entendis avant de le voir, sa voix grave résonnant dans le couloir.
« Ah, voilà donc notre restauratrice en chef ! » lança-t-il en entrant dans la chapelle.
Il était grand, avec des cheveux poivre et sel impeccablement coiffés, et un manteau qui semblait hors du temps, tout droit sorti d'un autre siècle. Ses yeux pétillaient d'un mélange d'intelligence et d'espièglerie, mais il y avait aussi quelque chose de plus sombre, difficile à cerner.
« Lucien Moreau, historien local et... disons, gardien des secrets de cette abbaye, » se présenta-t-il en tendant une main.
Je la serrai brièvement, intriguée par son choix de mots. « Isolde Valmer. Enchantée. »
Il observa la fresque avec un respect presque religieux. « Une œuvre fascinante, n'est-ce pas ? Vous savez, cette chapelle est entourée de légendes. Certains disent qu'elle renferme des secrets que personne ne devrait jamais découvrir. »
Clara, qui avait écouté en silence, ne put s'empêcher de poser une question. « Des secrets ? Comme quoi ? »
Lucien sourit, mais ce sourire ne parvint pas à masquer une certaine gravité dans son ton. « La légende la plus connue parle d'un pacte. Il y a plusieurs siècles, une nonne aurait fait appel à des forces... disons, peu conventionnelles, pour protéger quelque chose de précieux. Certains disent qu'il s'agissait d'un trésor, d'autres d'un savoir interdit. »
Je fronçai les sourcils, intriguée malgré moi. « Et la fresque, elle, que représente-t-elle dans cette histoire ? »
Il hésita un instant avant de répondre, comme s'il pesait soigneusement ses mots. « Cela dépend à qui vous posez la question. Certains pensent que la femme masquée est la nonne elle-même, piégée dans un pacte qu'elle ne pouvait briser. D'autres disent qu'elle représente une muse, une inspiration divine... ou diabolique. »
Un frisson me parcourut, mais je m'efforçai de ne rien laisser paraître. « C'est fascinant. Et vous, qu'en pensez-vous ? »
Lucien me regarda longuement, comme s'il cherchait quelque chose dans mes yeux. « Moi ? Je pense que certains mystères doivent rester irrésolus. Mais vous êtes là pour restaurer, pas pour résoudre des énigmes, n'est-ce pas ? »
Il partit peu après, laissant derrière lui une atmosphère encore plus lourde. Clara, qui était restée inhabituellement silencieuse, finit par murmurer : « Cet homme me donne la chair de poule. »
Je ne répondis pas, trop absorbée par mes propres pensées. Les mots de Lucien résonnaient dans mon esprit, mêlés aux souvenirs flous que la fresque semblait raviver en moi.
La journée s'acheva dans un mélange de fatigue et d'agitation. Après un dîner rapide, je me retirai dans ma chambre, espérant trouver un peu de répit dans le sommeil. Mais ce ne fut pas le cas.
Dans mon rêve, je me retrouvai dans la chapelle, seule. La fresque était vivante, ses couleurs pulsant comme un cœur battant. La femme masquée s'animait, ses yeux me suivant où que j'aille.
« Isolde... » murmura-t-elle d'une voix douce mais terrifiante.
Je voulais lui répondre, mais aucun son ne sortit de ma bouche. Elle tendit une main vers moi, et je sentis une force irrésistible m'attirer vers elle.
Je me réveillai en sursaut, le souffle court et le cœur battant. Pendant un instant, je restai immobile, essayant de calmer mes nerfs. Mais un bruit dans le couloir me fit sursauter à nouveau.
C'était un grincement, suivi de pas légers. Je tendis l'oreille, retenant mon souffle. Les pas s'arrêtèrent juste devant ma porte.
Puis, un chuchotement. Faible, presque imperceptible.
« Isolde... »
Mon sang se glaça.
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