
PDG: Rupture du contrat de mariage
Chapitre 3
Le grand hall de la résidence Dorian brillait sous l'éclat des lustres en cristal. Les invités affluaient, vêtus de robes somptueuses et de costumes sur mesure, leurs rires et conversations légères résonnant sous les voûtes décorées d'or. Tout dans l'atmosphère respirait le luxe et la sophistication. La cérémonie de fiançailles des Dorian et des Beaumont devait être un événement grandiose, un symbole éclatant de l'union de deux familles puissantes.
Pour Alexis, cependant, chaque détail de cette soirée ressemblait à une trahison. Il déambulait parmi les invités, une coupe de champagne à la main, mais sans aucune intention de la boire. Son sourire était mécanique, ses salutations courtoises mais dépourvues de chaleur. Il se sentait comme un acteur dans une pièce dont il détestait le scénario. Chaque félicitation reçue, chaque main qu'on lui serrait était une corde supplémentaire qui l'enchaînait un peu plus à une vie qu'il n'avait pas choisie.
Au centre de la pièce, Claire Beaumont rayonnait. Son sourire était parfait, son allure impeccable, sa robe blanche rehaussée de perles la faisait briller comme une étoile parmi les convives. Elle incarnait tout ce que l'on attendait d'une future épouse dans leur monde : l'élégance, la discipline et la maîtrise de chaque regard ou geste. Alexis l'observait de loin, se demandant si elle, aussi, se sentait prisonnière de ce mariage arrangé, ou si elle jouait ce rôle avec autant d'aisance qu'elle le laissait paraître.
Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de la connaître. Ils s'étaient croisés lors de quelques réceptions, échangé des banalités, mais il n'y avait jamais eu entre eux cette étincelle, ce lien invisible qui unit deux âmes. Pourtant, là, devant la foule rassemblée, Claire souriait comme si cette union était tout ce qu'elle avait toujours désiré.
Un majordome s'approcha discrètement d'Alexis et lui indiqua que la cérémonie allait commencer. Il hocha la tête, ajusta son nœud papillon et se dirigea vers l'estrade où leurs familles l'attendaient. Les invités se regroupèrent autour d'eux, curieux d'assister au moment clé de la soirée. Lucien et Béatrice Dorian se tenaient fièrement à côté de leur fils, le visage impassible, tandis que les parents de Claire, tout sourire, murmuraient des remerciements à leurs invités.
Alexis monta sur l'estrade, ses pas lourds de réticence. Claire l'y rejoignit, son sourire toujours accroché à ses lèvres, et posa une main légère sur son bras, comme si elle pouvait ainsi sceller leur sort. Alexis se força à lui sourire en retour, mais à l'intérieur, il ressentait une mélancolie profonde, une tristesse qu'il n'avait jamais connue auparavant.
Le maître de cérémonie, un homme âgé aux cheveux blancs impeccablement peignés, prit la parole et invita Alexis à placer la bague de fiançailles au doigt de Claire. Le bijou, transmis de génération en génération dans la famille Dorian, était une bague en or ornée d'un diamant ancien. Sa mère l'avait portée autrefois, et avant elle, sa grand-mère. Le simple fait de voir ce symbole ancestral utilisé pour sceller une union qu'il n'avait pas voulue lui donna un goût amer dans la bouche.
Avec une lenteur presque douloureuse, Alexis prit la bague entre ses doigts. Son regard croisa celui de Claire. Elle souriait toujours, mais quelque chose dans ses yeux brillait – une lueur de satisfaction peut-être, ou une certitude inébranlable que tout cela était inévitable. Il hésita une fraction de seconde, espérant, sans se l'avouer, qu'un miracle viendrait interrompre ce moment. Mais rien ne se produisit.
Il glissa la bague au doigt de Claire, et une vague d'applaudissements éclata autour d'eux. Les invités se réjouissaient bruyamment, soulevant des coupes de champagne en leur honneur. « À l'union des Dorian et des Beaumont ! », s'exclama quelqu'un, et la foule répéta en chœur.
Alexis se força à sourire tandis que Claire levait leur main entrelacée pour montrer la bague à l'assemblée. La pierre scintillait à la lumière des lustres, comme pour souligner l'importance de ce moment. Mais tout ce qu'Alexis voyait, c'était le poids de cette bague, un poids invisible mais écrasant, qui lui broyait le cœur.
Une fois les applaudissements retombés, le maître de cérémonie prononça quelques mots sur l'importance de l'engagement, du respect mutuel et du devoir familial. Chaque mot sonnait faux aux oreilles d'Alexis, comme une leçon apprise par cœur, vidée de toute sincérité. Il regarda brièvement ses parents, espérant y trouver un semblant de compréhension, mais ils restaient impassibles. Ils avaient gagné.
Après la cérémonie, les invités se dispersèrent pour reprendre leurs conversations et danser. Alexis descendit de l'estrade, l'esprit engourdi. Claire restait près de lui, échangeant des sourires et des salutations avec les invités, parfaitement à l'aise dans son rôle.
« Tu es sûr que tout va bien ? » murmura-t-elle en se penchant légèrement vers lui.
Il hocha la tête, incapable de formuler une réponse honnête. Comment pouvait-il expliquer ce qu'il ressentait sans briser l'image parfaite de cette soirée ? Il préféra garder le silence.
La soirée continua, les heures s'étirant dans un tourbillon d'élégance et de superficialité. Alexis se sentait de plus en plus détaché, comme s'il flottait en dehors de son propre corps, observant la scène de loin. À plusieurs reprises, il crut apercevoir, à travers la foule, une silhouette étrange – une femme vêtue d'une robe simple mais lumineuse. Elle était là un instant, puis disparaissait dans la masse des invités.
Ce n'était probablement qu'une illusion, se dit-il, une projection de son esprit tourmenté. Mais à chaque fois qu'il croyait la voir, une étrange sensation l'envahissait, comme si cette femme représentait une échappatoire, une promesse de liberté.
Lorsque minuit sonna et que la foule commença à se disperser, Alexis se retrouva seul, appuyé contre une balustrade surplombant les jardins illuminés. Le vent frais caressait son visage, mais il ne parvenait pas à apaiser le tumulte en lui. Il sentit une présence à ses côtés et se tourna légèrement.
Claire était là, tenant une coupe de champagne. Elle le regarda avec une douceur feinte, ou peut-être sincère – il n'en savait rien. « Ça a été une belle soirée, non ? » demanda-t-elle doucement.
Alexis haussa les épaules. « Si tu le dis. »
Elle posa une main légère sur son bras. « Je sais que ce n'est pas ce que tu voulais. Mais je crois qu'on peut essayer de faire en sorte que ça marche. »
Il la regarda, cherchant une trace d'authenticité dans ses paroles. Était-elle aussi prisonnière que lui, ou jouait-elle simplement son rôle à la perfection ? Il n'avait pas la réponse, et à vrai dire, il n'avait même plus la force de chercher.
« On verra », murmura-t-il finalement.
Claire lui adressa un dernier sourire avant de s'éloigner, le laissant seul avec ses pensées.
Alexis resta là encore un moment, fixant l'horizon. La soirée s'était déroulée exactement comme ses parents l'avaient prévu, mais au fond de lui, il savait qu'il ne pourrait pas continuer ainsi. Il avait accepté ces fiançailles parce qu'il n'avait pas eu d'autre choix, mais quelque part en lui, une petite voix murmurait qu'il devait encore trouver une issue.
Alors qu'il se tournait pour rentrer à l'intérieur, il crut une dernière fois apercevoir cette femme mystérieuse, au loin, près des jardins. Elle le regardait, immobile, avant de disparaître dans l'obscurité.
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