
PDG : Mon nouveau patron
Chapitre 3
Le soir tombait lentement sur la ville, drapant les rues d'une lumière orange pâle. Élisa se tenait dans son salon, les bras croisés contre sa poitrine, le regard perdu par la fenêtre. Elle n'entendait même pas les rires timides de Chloé et Nathan qui jouaient dans leur chambre. Tout ce qu'elle voyait, c'était ce foutu message de Samuel qui brillait encore sur l'écran de son téléphone posé sur la table basse.
« Élisa, il faut qu'on parle. - Samuel »
Ces mots tournaient en boucle dans son esprit, ravivant des souvenirs qu'elle avait tenté d'enterrer au plus profond d'elle-même. Samuel Valmont. L'homme qui avait été son premier grand amour... et sa plus grande déception.
Son souffle se fit plus court alors qu'un flot d'images défilait devant ses yeux. Elle revoyait leur première rencontre dans cette librairie cosy du centre-ville, lui avec son costume impeccable, les yeux pétillants d'intelligence et cet air charmeur qui faisait tomber toutes les défenses. À l'époque, elle travaillait encore comme libraire, nourrissant en secret le rêve d'ouvrir sa propre boutique. Ils avaient parlé littérature, échangé des blagues sur leurs auteurs préférés, et Samuel l'avait invitée à prendre un café sans attendre.
Leur histoire avait été aussi intense qu'imprévisible. Des dîners romantiques improvisés, des nuits blanches à discuter de tout et de rien, des escapades inattendues en bord de mer... Samuel était tout ce qu'Élisa avait toujours cherché sans jamais oser espérer.
Mais leur bonheur avait éclaté comme une bulle de savon.
Élisa sentit ses mains trembler en se souvenant de la scène qui avait mis fin à leur histoire. Elle avait surpris Samuel en pleine conversation avec une cliente influente de son cabinet, une femme à l'élégance glaciale. Des murmures ambigus, une tension palpable, et surtout cette main qu'il avait posée sur l'épaule de l'autre femme, comme s'ils partageaient un secret.
Le cœur en lambeaux, Élisa avait fui avant même d'entendre la fin de la conversation. Samuel avait tenté de la retenir, de lui expliquer qu'il n'y avait rien de ce qu'elle imaginait. Mais elle n'avait jamais voulu écouter.
Cette trahison - ou du moins ce qu'elle avait pris pour une trahison - l'avait brisée.
Aujourd'hui, le revoir à l'enterrement de Thomas avait fait resurgir toutes ces émotions qu'elle avait tant peiné à refouler.
Un bruit de pas derrière elle la ramena brutalement à la réalité.
« Mamaaan ! Chloé m'a piqué mon dessin ! » cria Nathan en courant dans le salon.
« C'est même pas vrai ! Il ment ! » protesta Chloé en déboulant derrière lui.
Élisa prit une profonde inspiration, chassant ses pensées tourmentées.
« Hé, ça suffit vous deux ! Venez ici. »
Les enfants se figèrent, hésitant à poursuivre leur querelle. Élisa les attira contre elle, sentant leur chaleur réconfortante lui donner la force de rester debout.
« Je sais que c'est pas facile en ce moment... pour personne. Mais on doit rester une équipe, d'accord ? »
Chloé baissa les yeux, honteuse, tandis que Nathan hochait vigoureusement la tête.
« Allez, on fait la paix ? »
« Oui, maman... » marmonna Chloé.
Ils se serrèrent maladroitement dans une étreinte enfantine, et Élisa sentit son cœur se serrer. Ces petits êtres étaient tout ce qui lui restait de Thomas et Clémence. Elle ne les laisserait jamais partir, quoi qu'il en coûte.
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Plus tard dans la soirée, après avoir couché les enfants, Élisa attrapa son téléphone et composa le numéro de Nina, sa meilleure amie. Elle avait besoin de parler à quelqu'un avant que ses pensées ne la dévorent.
« Élisa ? » répondit la voix enjouée de Nina à l'autre bout du fil.
« Salut... T'as une minute ? »
« Bien sûr ! T'as pas l'air dans ton assiette, qu'est-ce qui se passe ? »
Élisa se mordit la lèvre, hésitant à se livrer. Mais elle savait que Nina était la seule personne à qui elle pouvait tout dire sans être jugée.
« Samuel est de retour... » lâcha-t-elle finalement.
Un silence stupéfait s'installa.
« Attends... Le Samuel ? Ton ex ultra sexy qui t'a brisé le cœur en mille morceaux ? »
Élisa roula des yeux malgré elle.
« Oui, celui-là... »
Nina émit un sifflement. « Eh ben, c'est carrément la cerise pourrie sur le gâteau de merde, hein ? Il t'a parlé ? »
« Oui, rapidement. Il m'a juste présenté ses condoléances. Mais ce qui me stresse, c'est qu'il m'a envoyé un message pour me dire qu'on devait parler. »
Nina soupira. « Et toi, t'as envie de lui parler ? »
« Honnêtement ? Pas du tout. Mais avec la bataille juridique qui se profile pour la garde des enfants, j'ai pas vraiment le choix. Il est avocat, Nina... Et un foutu bon avocat en plus. »
« Oh... Je vois le tableau. Il va sûrement vouloir s'impliquer d'une manière ou d'une autre. Et toi, t'as peur de quoi ? De le revoir ou de ce qu'il pourrait vouloir te proposer ? »
Élisa serra le téléphone contre son oreille.
« Les deux. Mais surtout... J'ai peur de replonger. Il m'a fait tellement de mal, Nina. Et pourtant, juste le voir aujourd'hui, c'était... »
« Électrique ? » suggéra Nina avec un ton taquin.
Élisa grogna.
« C'est pas drôle ! »
« Oh si, un peu quand même. Écoute, ma belle. T'es une femme forte. Samuel est peut-être canon, mais il t'a pas détruite, tu t'es relevée. Et là, tu vas encore le faire. Pour toi et pour les enfants. »
Élisa soupira.
« T'as raison... Merci, Nina. »
« Toujours là pour toi. Et si jamais tu veux qu'on se bourre de glace en insultant les hommes, appelle-moi. »
Élisa rit malgré elle. « Promis. »
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Quelques minutes après avoir raccroché, le téléphone vibra de nouveau. Cette fois, c'était Samuel.
Elle prit une grande inspiration avant de décrocher.
« Élisa ? » Sa voix grave lui fit l'effet d'une décharge électrique.
« Oui. »
« Merci de répondre... Je sais que ce n'est pas le moment idéal, mais j'ai besoin de te parler. C'est important. »
Elle sentit une pointe de méfiance monter en elle.
« Concernant les enfants ? »
« Oui. Mais pas seulement. On peut se voir demain ? »
Élisa hésita. Chaque fibre de son être lui criait de refuser, mais elle savait qu'elle n'avait pas ce luxe.
« D'accord. Au café du square à dix heures. »
« Merci. À demain. »
La conversation fut brève, mais l'impact qu'elle laissa était immense. Élisa resta immobile, le téléphone toujours à la main. Une appréhension sourde lui nouait l'estomac.
Revoir Samuel, parler avec lui... Elle savait que cela risquait de rouvrir des blessures à peine cicatrisées.
Mais il était temps d'affronter son passé.
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