
PDG : Emporter par les vagues
Chapitre 3
La zone centrale de l'événement était une explosion de vie. Les stands de nourriture, les kiosques de matériel de surf, les bénévoles qui distribuaient des bracelets colorés, tout contribuait à une atmosphère vibrante. Alex expliquait les différentes épreuves qui allaient avoir lieu, mais Camille peinait à se concentrer. Son esprit revenait sans cesse à l'échange tendu entre Sarah et Lucas.
« Tu m'écoutes ? » demanda Alex, levant un sourcil.
« Hein ? Oui, oui. »
Il lui lança un regard dubitatif avant de sourire. « Bien. Parce que tu vas participer. »
Elle ouvrit de grands yeux. « Pardon ? »
Il pointa un tableau où les noms des participants étaient inscrits. « Il reste des places pour la course des amateurs. Une vague, une chance. T'es là pour ça, non ? »
Camille se sentit défaillir. « Non, je... Je ne suis pas prête pour ça. »
Alex se pencha légèrement vers elle, son sourire devenant presque provocateur. « C'est quoi, le problème ? Peur de perdre ? »
« Pas du tout ! » répliqua-t-elle, piquée au vif.
« Alors prouve-le. »
Elle sentit le regard d'Alex sur elle, insistant, presque hypnotisant. Avant qu'elle ne réalise ce qu'elle faisait, elle était déjà en train de remplir le formulaire d'inscription.
***
Pendant ce temps, Sarah et Lucas s'étaient éloignés du tumulte principal. Ils marchaient le long de la plage, le vent salé soufflant entre eux comme un rappel de leur passé commun.
« Pourquoi es-tu là, Lucas ? » demanda Sarah, les bras croisés.
« Pourquoi pas ? » répondit-il, haussant les épaules.
Elle serra les dents. « Ne joue pas à ça avec moi. Tu savais que je serais ici. »
Lucas s'arrêta, plantant son regard dans le sien. « Peut-être. Ou peut-être que j'avais juste envie de revoir la mer. Tout ne tourne pas autour de toi, Sarah. »
Elle détourna les yeux, fixant l'horizon. « Tu as toujours su comment me faire sortir de mes gonds. »
Lucas esquissa un sourire triste. « Et toi, tu as toujours su comment fuir. »
Leur conversation resta en suspens, comme un livre dont les pages se tournaient toutes seules sans qu'aucune ne soit lue.
***
Sur l'eau, Camille se tenait sur sa planche, le cœur battant à tout rompre. La course allait commencer, et elle se retrouvait face à des surfeurs qui semblaient bien plus expérimentés qu'elle. Parmi eux, Alex, qui lui adressa un sourire taquin avant de se tourner vers la ligne de départ.
Les coups de pagaie furent donnés, et Camille se lança, luttant contre les vagues qui tentaient de la repousser. Elle se concentra sur chaque mouvement, essayant d'ignorer le bruit du public, la voix de l'arbitre, et surtout, la présence d'Alex juste devant elle.
La vague se forma enfin, une énorme masse d'eau qui semblait vouloir les avaler tous. Camille réussit à se hisser sur sa planche, son équilibre vacillant mais tenace. Alex, quant à lui, semblait danser sur l'eau, chaque mouvement fluide et naturel.
Elle donna tout ce qu'elle avait, mais au moment crucial, une erreur de jugement la fit déraper. Elle perdit le contrôle et fut engloutie par l'écume. Lorsqu'elle refit surface, Alex était déjà loin, franchissant la ligne d'arrivée sous les acclamations.
Elle retourna sur le rivage, essoufflée, trempée, et un peu humiliée.
Alex l'attendait, un sourire triomphant sur le visage. « Pas mal pour une première fois. »
Camille haussa un sourcil. « Tu te moques de moi ? »
« Pas du tout, » répondit-il, son ton étrangement sincère. « T'as du potentiel. Mais faudra travailler un peu ton timing. »
Elle roula des yeux, mais un sourire naquit malgré elle. Alex avait ce don irritant de la faire se sentir en colère et vivante en même temps.
Alors qu'il s'éloignait, elle sentit un mélange de frustration et d'excitation. Ce n'était que le début, et elle le savait.
Le lendemain de l'événement de surf, Camille se réveilla avec des courbatures dans tout le corps. Ses bras étaient en feu, ses jambes flageolaient rien qu'à l'idée de sortir du lit, mais une étrange satisfaction l'habitait. C'était comme si, pour la première fois depuis longtemps, elle avait fait quelque chose de totalement pour elle.
Elle passa la matinée à paresser, profitant de ce rare moment de répit. Mais vers midi, son téléphone vibra. Un message d'Alex s'afficha sur l'écran.
**"T'as survécu à la vague ? Si t'es partante, on peut bosser sur ta technique. Cet aprèm, même plage. Alex."**
Camille hésita, son doigt flottant au-dessus du clavier tactile. Accepter ou refuser ? Une part d'elle voulait lui prouver qu'elle pouvait faire mieux, qu'elle n'était pas qu'une amatrice maladroite. Une autre, plus prudente, se méfiait encore de cet Alex si sûr de lui, si mystérieux.
Finalement, elle répondit un simple : **"Ok."**
***
En début d'après-midi, elle arriva sur la plage avec sa planche sous le bras. Alex était déjà là, assis dans le sable, les pieds nus enfouis dans les grains dorés. En la voyant, il se leva, souriant comme s'il savait déjà qu'elle viendrait.
« Salut ! T'as ramené ta motivation, ou juste ton orgueil ? » lança-t-il, moqueur.
« Un peu des deux, » rétorqua-t-elle en haussant un sourcil.
Ils entrèrent dans l'eau, Alex prenant le temps de lui expliquer quelques astuces qu'elle n'avait jamais apprises. Comment lire une vague, comment ajuster son poids, comment anticiper les mouvements de l'océan. Sa voix, habituellement moqueuse, était étrangement douce et concentrée.
Après quelques essais, Camille réussit à se redresser sur sa planche, glissant sur une vague modérée sans tomber. Elle poussa un cri de triomphe, et Alex, depuis l'eau, leva un poing en signe de victoire.
« Voilà ! C'est ça ! » cria-t-il.
Quand elle revint sur le rivage, épuisée mais euphorique, il lui tendit une bouteille d'eau.
« Alors ? Ça valait le coup de sortir de ton confort ? » demanda-t-il, un sourire en coin.
« Peut-être, » répondit-elle en essayant de ne pas trop montrer sa satisfaction.
Mais avant qu'elle ne puisse poser d'autres questions, son téléphone sonna. Le nom de Sarah s'afficha. Camille soupira et décrocha.
« Camille, t'es où ? Papa veut qu'on dîne tous ensemble ce soir. C'est important, apparemment. »
Camille leva les yeux au ciel. Un dîner de famille, avec tout ce que ça impliquait de tensions latentes et de conversations forcées. Mais elle savait qu'elle ne pourrait pas y échapper.
« Ok, j'arrive. »
Elle raccrocha, puis se tourna vers Alex. « Merci pour la leçon. À bientôt peut-être. »
Il la regarda partir, une lueur indéchiffrable dans les yeux.
***
Le dîner de famille se déroulait dans un silence tendu, comme si chacun marchait sur des œufs. Camille, assise à côté de Sarah, essayait de se faire oublier en sirotant son verre d'eau. Mais lorsque Lucas entra dans la pièce, tout changea.
Sarah se raidit immédiatement, son regard devenant dur comme de la pierre. Pierre, leur père, sembla ravi de voir Lucas.
« Ah, Lucas ! Entre, entre ! C'est toujours un plaisir de te voir. »
« Merci, monsieur Almilton, » répondit Lucas avec un sourire poli.
Camille sentit la tension monter d'un cran. Sarah fixait leur père avec une expression de pure indignation.
« Tu plaisantes, papa ? Pourquoi est-ce qu'il est là ? »
Pierre haussa un sourcil, visiblement surpris par l'hostilité de sa fille. « Lucas est un vieil ami de la famille, Sarah. Je ne vois pas où est le problème. »
Sarah éclata de rire, mais ce rire n'avait rien d'amusé. « Le problème ? Tu veux vraiment qu'on parle du problème, Lucas ? »
Lucas croisa les bras, son sourire disparaissant. « Sarah, ça fait des années. Peut-être qu'il est temps de passer à autre chose. »
« Passer à autre chose ? » Sarah se leva brusquement, sa chaise raclant le sol. « Après ce que tu as fait ? Après avoir détruit ma confiance et menti à tout le monde ? »
Pierre intervint, levant une main apaisante. « Ça suffit, Sarah. On est là pour dîner, pas pour régler des comptes. »
Mais Sarah n'écoutait pas. Elle pointa un doigt accusateur vers Lucas. « Tu n'as jamais changé. Toujours à manipuler tout le monde pour obtenir ce que tu veux. »
Lucas ne répondit pas. Il se contenta de soutenir son regard, ses yeux brillants d'une colère contenue.
Camille, mal à l'aise, regarda sa montre. Elle voulait fuir, mais elle savait que partir maintenant ne ferait qu'empirer les choses.
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